Série Monsanto : L’aspartame, peur infondée ou vrai danger ?

L’édulcorant E 951 est présent dans une grande partie des aliments que nous consommons chaque jour. Controversé lors de son autorisation, il continue d’être décrié aujourd’hui par plusieurs associations et chercheurs malgré le nombre impressionnant d’études le jugeant inoffensif. Quatrième épisode de la série Monsanto : l’aspartame.

©Sarah (Rosenau) Korf
©Sarah (Rosenau) Korf

L’édulcorant artificiel (E 951) est découvert en 1965 par la filière pharmaceutique G.D Searle, rachetée en 1985 par Monsanto qui crée par la suite Nutrasweet (vendu en 2000 à J.W. Childs) et Equal (vendu la même année à Merisant) pour commercialiser d’additif. L’aspartame est très peu calorique et dispose d’un pouvoir sucrant jusqu’à 200 fois plus important que celui du saccharose. Il est composé d’acides aminés, d’acide aspartique, de phénylalanine ainsi que d’une petite quantité de méthanol. Ainsi, il constitue un substitut dans la composition de bon nombre de denrées alimentaires mais aussi de médicaments. À ce jour, il est présent dans plus de 6 000 produits, sous différentes marques, et consommé par plus de 200 millions de personnes. Autorisé à la vente à partir de 1981, son innocuité a pourtant été remise en cause par plusieurs associations. D’après elles, les conditions d’approbation seraient obscures au sein de la FDA (Food and Drug Administration) et tendraient à confirmer une possible toxicité du produit. Mais pour démêler le vrai du faux, il faut fouiller dans les archives.

Comment l’aspartame a été approuvé

La compagnie G.D Searle présente pour la première fois l’édulcorant à la FDA dans les années 70. Celle-ci le valide en 1974 avant de se rétracter, faute d’études approfondies sur les risques cancérigènes au niveau du cerveau. Après réévaluation, il est finalement autorisé en 1981 en tant qu’édulcorant de table, dans les chewing gums, les céréales de petit déjeuner et comme base sèche pour certains aliments. La controverse débute à ce moment, axée autant sur les possibles risques sanitaires que sur les conditions de l’accord, avec en figure de proue, le docteur Betty Martini, fondatrice de Mission Possible International qui a notamment tenté de d’alerter plusieurs fois la FDA. Selon elle, Donald Rumsfeld, deux fois secrétaire à la Défense des États-Unis et président de G.D Searle de 1977 à 1985, aurait joué de son influence auprès du gouvernement de transition de Ronald Reagan (qui est entré en fonction en janvier 1981) pour faire autoriser l’aspartame. La nomination en avril 1981, d’Arthur Hull Hayes Jr,venu de l’industrie pharmaceutique, au poste de commissionnaire de la FDA par le gouvernement, met fin à la suspension de l’édulcorant. Par la suite, en 1983, la FDA donne son accord pour étendre l’utilisation de l’aspartame aux boissons gazeuses et en base de sirop de ces dernières, puis en 1996, pour tout type de produits de table excepté les préparations pour gâteaux car le composé perd son goût sucré au contact de la chaleur.

Un édulcorant dangereux pour la santé ?

Le chercheur en neuroscience, Docteur John Olney, a tenté d’empêcher l’autorisation de la FDA en écrivant notamment une lettre au sénateur Howard Metzenbaum, en 1987, pour dénoncer certains composants nocifs de l’aspartame. En 1969, ce scientifique découvre le processus d’excitotoxicité, qui se traduit par une destruction neuronale, résultant d’une hyperactivité de l’acide glutamique et d’autres analogues dont l’acide aspartique. Selon le Docteur Olney, ce dernier est présent à 50% dans l’édulcorant qui se décompose complètement dans l’organisme. Le chercheur a également publié une étude en 1996, qui montre une corrélation entre des tumeurs au cerveau et l’ingestion d’aspartame. Ces conclusions ont été reprises par plusieurs études de l’European Ramazzini Foundation (ERF), qui y incluent un risque élevé de cancer du système lymphatique et de leucémies. Ces dernières analyses, publiées en 2005, ont relancé la polémique, pourtant essoufflée au vue des très nombreuses recherches montrant le caractère inoffensif de l’aspartame. Les résultats de l’ERF ont été controversés par la FDA ,qui a déclaré ne pas avoir eu un accès complet au dossier, en plus d’imperfections relevées dans ce qu’elle a pu analyser.

Depuis, la débat est encore loin d’être terminée. Une analyse du chercheur danois Thorhallur Halldorsson, publiée en 2010, a montré un risque chez la femme enceinte. À quatre canettes de soda light consommées par jour, l’aspartame augmenterait les risques d’accouchement prématuré de 78%. L’autorité européenne de sécurité des aliments a cependant annoncé fin 2013 que l’additif ne représentait pas de danger pour l’homme, ingéré à une certaine quantité. La dose journalière acceptable est de 40 mg par kilo de poids corporel. Par exemple, si un enfant de 20kg boit tous les jours un litre et demi de soda artificiel, il ne dépassera pas la dose maximale. Cette limite a servi à contrer toutes les études alarmistes sur le sujet. En effet, selon la plupart des agences de sécurité sanitaire, l’absorption pourrait être dangereuse, seulement si la dose indiquée est dépassée.

Une tranche de la population commence néanmoins à se tourner vers un autre édulcorant naturel cette fois-ci, la stévia, une plante originaire du Paraguay. Une alternative, dont la production industrielle apporte cependant des problèmes, quant à la qualité du produit.

Pour mieux comprendre, lisez notre article à ce sujet : De la stévia transgénique dans nos sodas ?

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Victoria Putz

Née dans la petite bourgade tranquille de Saint-Cloud, Victoria a vite aspiré aux voyages. Étudiante en journalisme et disciple de la presse écrite, elle roule sa bosse entre web magazines spirituels, culturels et généralistes. Après avoir passé deux mois à l’hebdomadaire TelQuel dans la très animée Casablanca au Maroc, elle entre à Néoplanète pour assouvir sa soif de culture environnementale.