L’Amazonie péruvienne : « Un paradis de la médecine »

En Amazonie péruvienne, le collectif Pur Projet mène un vaste projet de reforestation. L’objectif : lutter contre le réchauffement climatique mais aussi protéger la biodiversité et les traditions locales. De quoi redonner espoir à Wilfriedo Machiavelo, guérisseur qui pratique la médecine traditionnelle depuis 40 ans dans le village de Santa Rosa, sans successeur à ce jour.

Quel type de plantes médicinales trouve-t-on en Amazonie ?
L’Amazonie péruvienne est le paradis de la médecine ! Mais ce jardin botanique à ciel ouvert est délaissé par les autorités. C’est dommage car on pourrait encore y faire des découvertes. Ici, presque toutes les plantes ont des vertus. Ce n’est pas toujours aussi rapide que la médecine chimique, mais cela marche et c’est bien moins cher. Cette petite plante, juste-là,  les gens pensent que c’est une mauvaise herbe. Or, c’est de la « pampa oregano ». Infusée, elle coupe presque tous les maux d’estomac. A côté, nous avons « la griffe de chat », qui soulage l’arthrite et les rhumatismes ou le « sang de dragon », une résine cicatrisante. Cet arbre, l’ubos, aide à soigner les ulcères. Là, encore, le Shiric  Sanango : le roi de la médecine du Pérou. Il faut le prendre avec des précautions, mais il peut presque tout soigner!

Comment avez-vous été formé ?
A l’âge de vingt ans, j’ai été très malade. J’ai passé trois mois alité. Les médecins me donnaient pour mort. C’est là qu’un grand maitre de la médecine naturelle est venu à mon chevet. Grâce à ses soins et à ma volonté de vivre, j’ai guéri. Quand je lui ai demandé de m’apprendre son art, il a ri et m’a rétorqué que cela demandait de grands sacrifices. L’initiation est difficile. On vit seul dans la jungle pendant un an, avec une diète très sévère, sans sel, ni sucre. Le maitre nous enseigne l’usage des racines, des résines, des infusions, qen les expérimentant nous mêmes. Il faut aussi apprendre les nombreux « ikaros », des incantations sacrées qui permettent  de transmettre les pouvoirs des plantes, car ici, en Amazonie, nous pensons que ces plantes ont un esprit. Quand j’ai commencé, nous étions une vingtaine d’élèves. J’ai été le seul à résister. Aujourd’hui, les jeunes ne veulent plus se soumettre à cela. Ils préfèrent faire la fête ! Et ne peuvent pas toujours se permettre d’arrêter leur travail pour s’initier.

Comment transmettre ce savoir ?
J’ai toujours eu un rêve doré : qu’ici, au Pérou, se crée un jour une université nationale de médecine tropicale. Il y a quelques années, lors d’une convention à laquelle ont participé de nombreux politiques, j’ai pu prendre la parole pour demander la création d’une telle école. Ils semblaient bien disposés. Mais le dossier dort toujours du sommeil du juste. Quand j’ai rencontré Tristan Lecomte, patron de Pur Projet et fondateur d’Alter Eco, je lui ai fait part de mon idée. Il m’a écouté et ainsi est né l’idée de créer un jardin botanique de médecine amazonienne. Nous allons planter une centaine d’arbres pour notre usage mais aussi pour transmettre notre savoir. Bientôt, des élèves de l’école de médecine de Tarapoto devraient recevoir des bourses pour venir étudier nos traditions.

Article faisant suite au reportage au Pérou dans Néoplanète n°18

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