L’accès à l’eau, un problème multisource

A l’origine du projet « Aqua tu penses ? », ils étaient quatre : Philippe, Jasmin, Nicolas et Cédric. Etudiants sortant de l’ESSEC, grande école de commerce, ils avaient « envie de voyager sans commencer tout de suite (leur) vie professionnelle. » Parce qu’ils voulaient s’intéresser à quelque chose de nouveau, ils se sont lancés dans un voyage de recherche sur l’accès à l’eau dans les grands centres urbains des pays en développement.

S’il travaille aujourd’hui à 33 ans en « costard-cravate », on imagine sans peine Cédric Baecher dix ans plus tôt dans les quartiers pauvres et bidonvilles d’Amérique latine, d’Afrique ou encore d’Asie. « A l’époque, on commençait seulement à comprendre que l’eau dans les pays pauvres était un défi planétaire. Les entreprises comme Veolia Environnement, qui nous ont soutenus, ne connaissaient pas bien l’univers des grandes villes dans les pays en développement », se souvient-il.

Lui et son équipe ont donc apporté leur pierre à l’édifice. La conclusion ? « Il faut une approche interdisciplinaire des questions liées à l’eau. Ce n’est pas seulement sous un angle technique qu’il faut réfléchir, mais aussi socioéconomique, comprendre comment fonctionne l’économie de l’eau dans les quartiers urbains défavorisés et comment les populations locales inventent leurs propres solutions pour accéder à la ressource, parfois à travers des actions de piratage ou encore la structuration de réseaux de distribution informels autour des porteurs d’eau. » Chaque zone a son propre fonctionnement, on ne peut y calquer un modèle unique préalablement défini en Europe ou ailleurs dans le monde. Cédric et son équipe s’en sont bien rendu compte. Ils avaient préparé des questionnaires pour étudier le rapport des populations à l’eau…mais ont vu qu’ils devaient d’abord comprendre le fonctionnement de la ville et adapter leurs questions.

Un des problèmes majeurs selon lui : la propriété foncière. Les bidonvilles autour des grandes villes des pays en développement s’organisent et se formalisent de fait, sans que la question de la propriété foncière ne soit réglée. « Si les collectivités locales ne comprennent pas à qui appartient le sol, il est d’autant plus difficile pour elles de viabiliser ces quartiers et de développer l’accès aux services essentiels, notamment l’eau et l’assainissement, indique Cédric. La problématique de l’eau est liée à l’urbanisme mais aussi plus largement à la citoyenneté : quelqu’un qui n’a pas d’adresse, ne peut recevoir de branchement ou de facture d’eau. » Un partenariat entre tous les acteurs, publics, privés et issus de la société civile, doit donc s’établir.

Regrouper ces partenaires et les acteurs concernés, pour Cédric, c’est le but des événements comme la Journée Mondiale de l’eau ou le prochain Forum de l’eau qui se tiendra à Marseille en 2012. « L’eau n’est surtout pas qu’une affaire d’experts ! Les choses changent et c’est important de continuer à parler des problèmes de l’eau, précise Cédric. Ces rendez-vous sont un pas en avant vers l’échange et la discussion pour agir. »

Aujourd’hui, Cédric et son ami Nicolas sont associés. Ils ont monté Nomadéis, une entreprise de conseil en environnement qui épaule les entreprises, les collectivités locales et les associations dans leurs démarches de développement durable.

Leurs prochains projets ? L’associatif avec la création d’« Environnement solidaire », qui impliquera les universités dans les discussions sur l’environnement, et « ScenaRio 2012 », un projet qui donnera la parole à 10 000 jeunes citoyens et 100 personnalités de différents pays pour amener quelque chose de neuf à Rio, lors du prochain Sommet de la Terre en 2012.


Pour plus d’infos : www.aquatupenses.com et www.nomadeis.com

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