La vulnéraire, une plante d’hiver

Certains d’entre nous aiment slalomer entre les sapins, surfer sur la crête des congères et s’envoler vers le soleil. Le tout dans une lumière telle, que les UV emprisonnés entre ciel et neige n’ont plus que la peau du skieur pour s’exprimer. Leur agressivité brûlante sera vite calmée par une crème de calendula (Calendula officinalis) ou de millepertuis (Hypericum perforatum), tandis que douleurs et ecchymoses seront soulagées par la pommade d’arnica.

Par Jean-Pierre Nicolas Anthropologue – Ethnobotaniste – Président et fondateur de l’association Jardins du monde.

 

 

 

Mais si notre skieur prend froid et que son nez coule, il devient urgent de passer à la vulnéraire  (Hypericum nummularium). Cette boisson cordiale vous réchaufferait un moribond. Elle est le résultat de la macération de brins de vulnéraire dans un alcool de fruit. Comme cette fleur est victime de son succès, tout comme l’arnica, sa cueillette est soumise à des réglementations strictes.

Une origine des plus mystérieuses

Particulièrement prisée pour ses propriétés médicinales qui la font entrer dans les recettes de liqueurs des chartreux, cette plante de la famille du millepertuis nous étonne à bien des égards. Elle fait partie des espèces qui ont trouvé refuge dans les Alpes, au moment de la glaciation. Sa distribution dans deux centres de répartition (la Chartreuse pour les Alpes et les Pyrénées franco-espagnoles de l’Ariège jusqu’à la Cantabrique) reste inexplicable. Elle laisse penser à une recolonisation éventuelle faite par un petit passereau à bec effilé, le tichodrome échelette, fouillant dans les parois rocheuses, à la recherche d’insectes. Cependant, l’analyse chimique note l’existence d’une énigmatique substance que l’on trouve uniquement dans les fleurs.

Cette molécule est connue sous le nom de « glande de Dufour », présente chez une abeille d’Amérique du nord. La fleur de vulnéraire de Chartreuse produit ainsi une substance d’origine animale jouant un rôle d’attrait sexuel  pour un insecte… une surprise ! Cet exemple nous invite à l’humilité et au respect face au monde dont nous sommes encore très loin de comprendre l’intimité du fonctionnement et dont le potentiel se révèle indispensable à la survie de l’humanité.

Cet article est extrait du magazine Néoplanète n°26 (février 2012).

 

 

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