La pilule fait de la résistance !

Ses utilisatrices sont moins nombreuses, mais la pilule fait de la résistance ! C’est la conclusion d’une enquête Fécond-Inserm-Ined, publiée cet automne. C’est surtout la tranche d’âge des 20-24 qui perd 10 points dans le recours à ce mode de contraception. Doit-on s’en inquiéter ? Nous avons posé la question à 2 gynécologues : Michèle Scheffler et Georges Perez.

 

Docteure Michèle Scheffler, présidente de la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale.

A quoi attribuez-vous cette baisse dans la prise de la pilule chez les 20-24 ans ?

Je vois 3 raisons : l’ambivalence du désir d’enfant qui se décide un peu à cette période, les difficultés à accéder à une consultation gynécologique, et aussi l’approche financière. Je suis très troublée par le comportement des jeunes : ils ont leur premier rapport tôt puis se mettent entre parenthèses. Ils sont pris par leurs études, préoccupés par l’avenir et ne cherchent pas de relation stable ou à tomber amoureux. Du coup, les jeunes femmes, qui ont peu de vie sexuelle, vont se tourner vers le préservatif ou la contraception d’urgence -quand elles sont informées-, et se disent qu’elles n’ont pas besoin de prendre des contraceptions au long court. Malgré tout, elles sont plus souvent enceintes, puisque c’est cette génération là qui est confrontée à l’IVG (Interruption volontaire de grossesse).

Justement, comment réagir face à ce constat : rembourser l’IVG ou la contraception ?

Comme toujours, c’est compliqué car il s’agit de regarder chaque femme et non d’appliquer des idées globales. Faciliter l’accès aux soins, développer la gynécologie ou les centres de santé sexuelle où se rencontrent la prévention des IST (Infections sexuellement transmissibles) et la contraception… oui, ça me semble indispensable pour que cette génération puisse se trouver face à des interlocuteurs rodés sur la contraception et la vie sexuelle.

Y a-t-il des risques liés à la prise de la pilule ?

Oui. Le premier, c’est le risque thromboembolique (inflammation de la paroi des veines). Ensuite, elle peut engendrer une déprime morale et une baisse de la libido. C’est inscrit sur les boîtes, et ça fait partie des choix de contraception, d’où l’importance de communiquer avec les patientes et d’adapter les dosages pour choisir la meilleure contraception.

La pilule bloque la vie hormonale de la femme. Elle a un effet de freination/substitution : on donne une dose d’hormone, ce qui va empêcher l’ovulation, freiner les ovaires dans leur activité ovulatoire et hormonale, et du coup, on va substituer la vie hormonale.

pilule règles femmes contraceptionPrendre la pilule permet à certaines femmes de gérer l’arrivée de leurs règles voire même de les supprimer. Est-ce dangereux ?

Non, ça n’a aucune incidence. C’est même protecteur du cancer de l’endomètre ! Le stérilet hormonal Mirena, déjà en vente, se laisse en place pendant 5 ans, période pendant laquelle les femmes n’ont pas de règles. Ce stérilet ne bloque pas l’ovulation (contrairement à la pilule), il est donc plus « naturel ». Il délivre de la progestérone dans l’utérus, ce qui va empêcher la muqueuse endométriale de proliférer, toujours sous l’effet des hormones de cette femme. Quand arrive le moment du cycle où elle devrait avoir ses règles, il n’y a rien ou peu à saigner. D’ailleurs, les contraceptions orales hormonales de demain permettront aux femmes d’être réglées tous les 3 mois.

Au-delà de la pilule, le stérilet est-il à recommander ? A partir de quel âge ?

Il y a des courants qui poussent vers la pose de stérilets, mais cela doit être un choix réfléchi pour la femme parce que cela lui correspond à ce moment-là, et non un effet de mode qui encourage à cela. Après, il n’y a pas vraiment d’âge pour en poser un, mais le risque infectieux préoccupe les gynécologues. Chez une jeune femme qui va très souvent changer de partenaires, le stérilet, « corps étranger », peut conduire à une infection sévère, à moins d’y associer le préservatif à chaque fois. Il est donc recommandé dès que la femme est stable sur le plan affectif, mais pas avant.

 

En page suivante : l’avis de Georges Perez, gynécologue en région parisienne.

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