La pêche durable de cabillauds en Norvège

On vous expliquait il y a quelques jours comment bien choisir votre poisson. On vous propose aujourd’hui une interview de Maria Grimstad, chef de projet France et Royaume-Uni au Centre des Produits de la Mer de Norvège. Elle explique à NEOPLANETE la pêche durable de cabillauds mise en place par le gouvernement norvégien. Propos recueillis par Delphine Rabasté.

Comment se répartissent les stocks de cabillauds en Norvège ?
Le cabillaud est présent sur trois zones : un petit stock, géré par l’Union Européenne, qui se trouve dans la mer du Nord, un autre, très fragile, le long de la côte jusqu’au 62° Nord et le troisième, à l’extrême nord de la Norvège vers la frontière russe, qui se trouve dans la mer de Barents. C’est le plus gros stock de cabillauds au monde.

Ce stock est-il menacé ?
A la fin des années 80, la Norvège a connu une baisse très importante de son stock de cabillaud, sûrement à cause du dérangement des zones de reproduction, du trafic de bateau ou de l’augmentation de la température de l’eau qui change la nourriture disponible. Les scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme et les politique ont mis en place une pêche durable. La pêche, arrêtée pendant quelques années, a été petit à petit autorisée de nouveau. Certains pêcheurs ne pouvaient plus travailler, c’était assez dramatique. Mais en suivant les quotas recommandés par les scientifiques, le stock s’est reconstitué. Il est aujourd’hui au niveau des années d’après-guerre. Ces dernières années, il a même progressé de façon importante : en 2010, les quotas recommandés par les scientifiques ont augmenté de 18% par rapport à l’année d’avant, soit 703 000 tonnes pêchées pour la mer de Barents.

Comment expliquez-vous cette hausse ?
L’instauration de quotas y est pour beaucoup. Le gouvernement travaille avec l’Institut de recherche marine, un organisme qui étudie les ressources et l’écosystème marin. Les scientifiques de cet institut établissent des quotas et imposent une limite de capture selon la taille et l’âge du poisson, ferment certaines zones à forte densité de juvéniles, etc. Il faut dire que la Norvège compte 12 000 pêcheurs pour 6 000 bateaux, donc une grande majorité de petits bateaux. Les méthodes de pêche plus intensives sur les chaluts ne représentent que 30% des prises. Aujourd’hui, on sait aussi que l’augmentation de la température de la mer est favorable à la population de poissons dans la mer de Barents, mais pas à celle de la mer du Nord.

Outre les quotas, comment se traduit la pêche durable en Norvège ?
Le gouvernement a mis en place des contrôles forts, effectués par les garde-côtes. Ils surveillent l’état du matériel, car une taille minimale de mailles a été instaurée pour éviter de pêcher les poissons jeunes qui n’ont pas encore pu se reproduire, regardent la longueur des poissons pour connaitre leur âge, les probabilités que le bateau ait pêché dans la zone indiquée, et si le pêcheur a pris des espèces protégées par un quota…. Les bateaux ont aussi l’interdiction de rejeter en mer leur pêche non-désirée. Toutes les prises, même celles d’espèces non-ciblées, doivent être ramenées. Un système électronique enregistre également les prises ramenées à bord et les garde-côtes vérifient que la cale et le journal s’accordent. Ce type de contrôle peut durer entre 6 et 48 heures ! Si un ensemble de violations est constaté, les pêcheurs sont amenés à la police. Ils peuvent perdre leur licence de pêche, leurs quotas, le droit de revenir dans les eaux norvégiennes… Beaucoup d’amendes sont aussi distribuées.

Vous partagez la pêche dans la mer de Barents avec la Russie.  Les pêcheurs russes acceptent-ils les quotas ?
Depuis la fin de la Guerre Froide, la Norvège a plutôt de bons rapports avec les Russes, même au niveau de la pêche. Jusqu’au début des années 2000, nous avions de sérieux problèmes, surtout en matière de pêche illégale : on estimait qu’elle représentait 50% des quotas légaux ! Notre chance, c’est d’avoir la majorité des poissons adultes dans la zone économique norvégienne. Ce sont donc les garde-côtes norvégiens qui contrôlent les stocks.

Quels sont les débats actuels autour de la pêche dans ces mers ?
Le débat le plus important est de savoir si l’on doit exploiter ou non le pétrole dans cette zone, car le potentiel pour l’industrie pétrolière est énorme, mais l’écosystème est fragile et beaucoup de poissons fraient. Pour le moment, rien n’est décidé, mais il ne faut pas le faire avant d’avoir les technologies qui nous permettront de ne pas déranger les stocks de poissons.

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