La Norvège, couleur saumon

Très prisé des Français, le saumon norvégien est issu, dans 97 % des cas, de fermes d’élevage. Nourriture, conditions de vie… quel est l’impact environnemental de ces exploitations ? Direction le sud-ouest de la Norvège, près de Bergen, deuxième ville du pays.










C’est à trois heures de bateau de Bergen que la ferme de Skredstivik, propriété de Marine Harvest, une entreprise d’aquaculture qui gère un quart de la production de saumon en Norvège, a été créée en 2003. À la surface de l’eau flottent sept cages conçues pour ne pas abîmer les fonds marins. Elles permettent de ne pas capturer d’espèces sauvages et empêchent que les saumons d’élevage, inadaptés au milieu naturel, ne s’échappent. D’une quinzaine de mètres de profondeur, chacune accueille 200 000 individus. Des filets, visant à repousser les volatiles trop curieux, les recouvrent. « Si on réduit leurs mailles, les oiseaux peuvent se blesser, voire se tuer, explique Ingrid Lundamo, de Marine Harvest. Les ONG nous le reprochent. » Des épouvantails ont donc été posés en complément. Au centre de surveillance adjacent où, coutume oblige, on retire ses chaussures à l’entrée, cinq employés gèrent l’exploitation et donnent à manger aux saumons grâce à des tuyaux alimentant un bras tournant installé sur les cages.

MAIS QUE MANGENT-ILS ?

Leur nourriture ? Des granulés composés à 40 % de protéines animales et 30 % d’huile de poisson et de vitamines, le reste incluant des minéraux et des pigments, tel le carotène, pour donner au saumon sa couleur rosée. « Désormais, la gestion des ressources est plus durable, constate Ole Torrissen, chercheur à l’Institut de recherche marine. Auparavant, les fournisseurs et les fermes ne se préoccupaient pas que l’on intègre des poissons de fourrage dans l’alimentation des saumons d’élevage. » Mais, depuis peu, les producteurs de granulés cherchent à diminuer la proportion de protéines animales (poissons sauvages non commercialisés ou têtes et queues de harengs, de maquereaux…) dans la fabrication de leurs produits. « Cela nous permet de mieux maîtriser les prix et de réduire notre dépendance aux ressources marines », précise Trygve Berg Lea, responsable chez Skretting, une société qui élabore ce type d’aliments. Les scientifiques, membres du projet Aquamax, assurent d’ailleurs
que ces méthodes sont meilleures pour notre santé, puisqu’elles limitent le recours aux ressources marines souvent polluées et pleines de dioxine ou de PCB. Et les résultats sont au rendez-vous : moins d’un kilo de poisson sauvage sert à produire un kilo de saumon d’élevage.

QUEL BILAN ?

Un bilan apprécié par les associations comme le WWF, qui ne manquent pourtant pas de rappeler que le changement dans l’alimentation du saumon n’est pas sans conséquences. Par exemple, il rejette plus d’excréments, ce qui participe à la pollution des eaux. D’autres problèmes associés à l’utilisation de soja ou de tournesol du Brésil apparaissent : réquisition de terres agricoles pour l’élevage, lourd bilan carbone
lié au transport et risque de présence d’OGM actuellement interdits. D’autant que ce n’est pas le seul point décrié par les ONG qui jugent que la concentration du nombre d’individus dans les élevages favorise l’apparition de poux de mer, qui sucent le sang des poissons, ou les propagations de virus, telles que celles qu’ont connues les exploitations chiliennes en 2009. Pour minimiser ces risques, des vaccins sont administrés aux saumons lorsqu’ils sont transvasés de l’eau douce à l’eau salée, à la fin de leur première année. Les antibiotiques ?Ils ne sont plus utilisés depuis la fin des années 1990. « Certaines mesures préventives peuvent également être adoptées, ajoute Ole Torrissen. Comme d’implanter les fermes près des fjords, des milieux d’eau douce où les poux ne se développent pas, ou d’intégrer, dans celles des vieilles communes, des poissons qui se nourrissent des poux. » En Norvège, les conditions d’élevage du saumon semblent donc plutôt avantageuses pour la planète et notre santé. De quoi réjouir les papilles des Français qui en consomment, chaque année, 2,3 kg par personne et les exportateurs norvégiens qui nous en fournissent près de 75 %.

Poissons bio ou certifiés ?

En Norvège, les trois quarts des pêcheries de saumons sauvages sont certifiées MSC (Marine Stewardship Council), label né d’un partenariat entre WWF et Unilever en 1997, qui valorise les pratiques écologiques et responsables. Le saumon d’élevage fait, lui, l’objet d’un projet
de labellisation Aquaculture Stewardship Council, qui tiendra compte de l’impact environnemental des fermes. Ce label, également initié par le WWF, est déjà rejeté par des organisations comme Fair-Fish ou World Rainforest Movement qui déplorent l’absence de critères sur le bien-être animal et la trop grande permissivité quant à l’intégration de poissons sauvages dans son alimentation. Et le saumon bio ? La demande augmente mais reste encore faible. Chaque année, près de 2 000 tonnes y sont produites, et le pays espère atteindre les 7 000 tonnes d’ici à trois ans.

Les fermes d’élevage en Norvège

Sur ses 21 000 km de côtes, la Norvège compte six cent quarante-neuf fermes d’élevage. En dix ans, leur nombre a diminué de 40 %, mais leur taille a augmenté. En cause, des licences d’exploitation coûteuses (1 million d’euros), mais aussi un investissement initial proche de 3,5 millions d’euros. Le gouvernement norvégien plafonne ainsi le nombre de licences à neuf cent cinquante pour limiter les conflits d’intérêts et les problèmes de pollution engendrés par une trop grande population de saumons.

De nouvelles mesures pour limiter les échappées

En 2008, la Norwegian Seafood Federation (FHL) recensait 112 000 saumons échappés, soit 0,04 % de la production. Lâchés dans la nature, ils peuvent non seulement répandre des maladies contre lesquelles les populations sauvages ne sont pas immunisées, mais surtout modifier leur patrimoine génétique. Plusieurs mesures ont donc été proposées par la FHL : utilisation de caméras de surveillance pour les opérations à risques, traçage des poissons pour distinguer l’espèce sauvage à celle d’élevage et repérer l’entreprise responsable, renforcement des opérations de récupération des évadés…










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