La gestion de l’eau dans les stations de ski

 

Depuis de nombreuses années, les stations de ski françaises cherchent à multiplier leurs efforts pour avoir une gestion plus  raisonnée de l’eau. Voici en détails les mesures proposées par ce secteur, enclin à faire évoluer son mode de fonctionnement.

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Il suffit d’entendre des mots pour comprendre une évolution. Voyons voir, on ne dit plus canon à neige mais enneigeur. La raison ? « Un terme trop connoté », explique Géraldine Gallice, responsable environnement dans la station alpine d’Arêches-Beaufort. Pour d’autres éléments de vocabulaire, l’erreur n’est pas permise. Evoquer la neige artificielle au lieu de neige de culture est presque une hérésie : « En France, on n’utilise pu d’adjuvants chimiques pour la composition du manteau blanc, seulement de l’eau et de l’air », ajoute-t-elle.                                                             ©andywebgallery

Prélever l’eau au Printemps

Décidément, gare à la sémantique qui ferait du hors-piste. Chaque terme a son importance. Tenez, aux Arcs, cela fait bien longtemps qu’on ne parle pu de consommation, quand on utilise l’eau pour la transformer en neige de culture.

Selon Cédric Perretier, directeur des pistes et de la sécurité de cette station, on évoque « le prélèvement, car la ressource minérale  subit un cycle vertueux, qui permet de ne pas la gaspiller ». Ainsi aux Arcs l’eau est prélevée au printemps à la fonte des neiges, quand celle-ci  se retrouve en abondance  dans le milieu.

Elle alimente un lac de retenue collinaire ayant une capacité de stockage de 400 000 m3. Un bassin servant l’été de lac d’agrément pour les activités halieutiques. Ce lac de retenue évite de puiser l’eau directement dans les rivières ou torrents.

Eviter le pompage de l’eau

A Arêches Beaufort dans le massif du Beaufortain, on utilise la technique du forage pour récupérer l’eau issue du barrage de Roselend.

Par le biais d’une conduite forcée et le creusement de plusieurs galeries souterraines, l’eau est acheminée vers le réseau des enneigeurs grâce à ce barrage situé plus en altitude, à 1557 mètres. Le captage via la pression gravitaire de l’eau évite l’action du pompage, en sachant que l’eau est récupérée sur un même versant.

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D’autres systèmes d’alimentation en eau existent pour enneiger les pistes. Dans la vallée de Chamonix, on récupère l’eau des glaciers. A l’aide de prises d’eau souterraines, la ressource captée est acheminée à la centrale hydroélectrique des Bois, gérée par EDF.

Le problème ? Le recul du glacier de la mer de Glace. Les équipements de captage qui étaient sous cet immense réservoir d’eau sont dorénavant à l’air libre. Des travaux sont actuellement en œuvre pour sécuriser l’alimentation en eau glaciaire. Pour l’instant, décision a été prise de remonter le captage 1000 mètres plus haut.

 

« Optimiser les plans d’enneigement »

 

On le voit, la fourniture d’eau pour les besoins des pistes, reste un enjeu primordial. Difficile pour autant de modifier le processus de captage. Reste alors à économiser l’eau par le biais de mesures plus rationnelles et intelligentes.

Comme mettre en place un « plan d’enneigement et de production rigoureux », selon Cédric Perretier. L’idée, c’est de réduire la densité de neige diffusée par les enneigeurs.

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Depuis quelques années, aux Arcs, un pilotage innovant permet grâce aux dameuses à neige équipées de radars et de GPS, de pouvoir calculer l’épaisseur de celle-ci, de remplir l’espace là où c’est nécessaire ou de régénérer la neige en profondeur à l’aide de fraises à dent.

Les techniques peuvent être parfois plus rudimentaires mais efficaces.
A La Plagne, l’établissement de planches horizontales en bois brut non traité,  de 3 mètres de hauteur et de 50 mètres de largeur, permettent de stocker la neige sur les crêtes de montagne. Avec comme avantage d’éviter la formation de congères, propices aux avalanches.

 

« Récupérer l’eau de pluie et des fontes des neiges »

Dans les stations de ski, de plus en plus de cuves sont installées pour récupérer l’eau de pluie et des fontes des neiges. Cela permet de limiter le recours au réseau potable et de recycler l’eau à des fins diverses (lavage des pièces mécaniques, des dameuses…).

A la Plagne, des cuves installées au sommet de la télécabine de  la Roche de Mio, peuvent stocker 32 500 litres d’eau afin d’alimenter les sanitaires de la station notamment. Comme au sommet de l’Aiguille Rouge, où l’on fond la neige pour fournir les toilettes d’altitude, grâce à la résistance électrique des cuves. Dans la station de La Plagne, 9 toilettes sèches ont été installées sur le domaine skiable.

D’autres équipements sont aussi concernés par ce type de démarche. A Chamonix, une tour de refroidissement permet de réintroduire l’eau en récupérant les calories, par le biais de la vaporisation. Ce système a pour vocation de répondre aux besoins de la patinoire et de ses surfaceuses. A moins que les patinoires suivent l’exemple d’Auris en Oisans, les patins glissent sur des plaques en polyéthylène, 800 m3 d’eau sont économisés par an.

 

Améliorer la qualité de l’eau

63% des stations de ski ont une station d’épuration adaptée à la capacité d’accueil de la station*. Des efforts sont donc à réaliser dans ce domaine.

Certaines stations d’épuration ont été rénovées à l’image de la station des Houches, dans la vallée de Chamonix. Equipé d’un traitement biogaz, ce système permet d’éliminer la pollution organique au moyen de bactéries. Elle produit ainsi  2200 tonnes de boues, dont 1800 sont incinérées et 400 sont compostées.

Un mode de traitement des eaux plus efficace, qui répond à une demande toujours plus importante et qui ne se limite plus au traitement physico-chimique.

 

Etudes et actions collectives

Ces initiatives en faveur de la préservation de l’eau s’inscrivent dans les faits et les textes. Arêches Beaufort peut se targuer d’être la première à avoir signé la charte nationale de développement durable, qui comprend un volet sur l’eau. A l’échelle d’une vallée, les stations de ski s’engagent à travers des contrats de rivière pour entreprendre des actions communes.

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Dans le cadre du SIVOM (Syndicat Intercommunal à Vocations Multiples du Pays du Mont-Blanc), Chamonix et d’autres communes traitent la pollution domestique et mettent en place des dispositifs contre la pollution industrielle, comme dans le bassin de Cluses.

Comme « mettre en place des études géologiques sur quelques périmètres, cibler des périmètres de protection en fonction des activités (élevage, tourisme…) », indique Bernard Perret, responsable de la gestion des pistes de ski de fond de Chamonix. Une station qui travaille en ce moment sur la mise en place d’un schéma directeur d’alimentation en eau potable, pour améliorer la gestion du bassin de l’Arve d’ici quinze ans.

 

Conseiller des éco gestes simples

« Difficile de sensibiliser les touristes, on essaye surtout de toucher les populations locales ici à Chamonix en ajoutant dans les facturations, des conseils afin d’éviter les fuites de chasse d’eau par exemple », explique Bernard Perret.

A Arêches Beaufort, des messages environnementaux s’affichent sur les pistes ou des animations insistent sur les gestes qui peuvent paraître simples. Les stations de ski font aussi preuve de plus en plus de transparence, les sites web se dotant de plus en plus de pages consacrées aux actions entreprises en terme environnemental.

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*Données Mountain Riders

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