La corrida, Patrimoine immatériel français ?

Le 23 avril dernier, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a inscrit au Patrimoine immatériel français la tauromachie. Peut-on cautionner que la mise à mort d’un animal dans une arène soit reconnue comme pratique culturelle française ? Le sujet fait polémique.

30 000 € d’amende et deux ans d’emprisonnement, voilà ce que risquent les personnes s’adonnant à la corrida. Pratiquée dans quatre régions du sud de la France où, chaque année, des spectacles sont organisés, la tauromachie est désormais intégrée au Patrimoine immatériel de la France, pays qui la condamne dans son code pénal, sauf lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. « D’autant que la corrida a été introduite en France il y a 160 ans. Ce n’est donc en aucun cas une tradition française ! », rappelle Claire Starozinski, fondatrice d’Alliance Anticorrida.

En prenant cette décision, la France semble avoir suivi un chemin dont tout le monde s’éloigne : si le sénateur-maire de Fréjus Élie Brun a mis fin à la corrida dans sa ville, la Catalogne l’a abolie en juillet 2010 et 75 députés français se sont regroupés pour demander son abolition.

Dans un communiqué, Jean-Pierre Garrigues, vice-président du CRAC (Comité Radicalement Anti Corrida) Europe, soulève aussi un autre problème : le financement. « Les éleveurs, les écoles taurines, les organisateurs de spectacles taurins pourront recevoir des subventions de l’État même. Vous paierez, nous paierons tous, alors que les trois quarts de la population française sont pour l’abolition pure et simple de cette barbarie d’un autre temps », explique t-il.

Mais tout le monde n’est pas d’accord. Cette décision a d’ailleurs été bien accueillie par les membres de l’association Culturaficion, des passionnés de Tauromachie et de culture hispanique. « Nous comprenons parfaitement que des personnes n’apprécient pas cette culture et nous respectons leur position, précise Vincent Blondeau, le président. Mais, en retour, nous les prions de croire que la passion pour la Tauromachie n’a rien à voir avec la caricature grotesque, manichéenne et insultante trop souvent proposée. »

Car d’après l’Observatoire national des cultures taurines, la corrida « participe des arts du spectacle vivant, des activités rituelles et festives et constitue en outre le noyau de nombreuses fêtes locales. » Réunissant des centaines de milliers de passionnés, la corrida « est fondée sur la mise en valeur de l’instinct offensif du taureau et sur le respect de cet animal, élevé en liberté sur de vastes étendues (…). Elle contribue par là même à maintenir des traditions et des savoir-faire liés à la campagne et à l’élevage. »

A l’instar de Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, qui a écrit une lettre à Frédéric Mitterrand où elle s’étonne « qu’un ministre de la République prône […] une activité archaïque qui véhicule la culture de la mort et le goût pervers de la souffrance », Brigitte Bardot, fondatrice de la Fondation éponyme, a écrit une lettre ouverte au ministre :

« Monsieur le ministre de l’Inculture,

En inscrivant « la tauromachie à l’inventaire du patrimoine culturel de la France », vous venez de faire la plus grosse connerie de votre vie ! Si vous êtes porté aux nues par une poignée d’aficionados qui vous ont manipulé vous venez de vous mettre à dos la majorité des Français. A peu de temps des présidentielles, vous avez probablement voulu vous mettre au diapason du minable gouvernement qui vous emploie auquel vous venez de porter « l’estocade » définitive et sans appel. (…) »

A Claire Starozinski de conclure qu’ «(…) il s’agit là d’une décision totalement arbitraire et partisane qui donne une image rétrograde de la France. » Et vous, qu’en pensez-vous ?


Le CRAC Europe organise une manifestation unitaire place du Palais-Royal à 15 heures samedi 28 mai 2011.

L’association 30 Millions d’Amis a lancé une pétition.

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