« Etre gentil, c’est se débarrasser du ‘tout à l’ego’ »

coeur gentillesseQu’est-ce qui rend heureux les Français dans leurs rapports aux autres ? 38% d’entre eux mettent en avant la gentillesse (Ifop pour Dimanche Ouest France – nov. 2011). Pour la Journée mondiale de la gentillesse, Néoplanète a rencontré Emmanuel Jaffelin, agrégé de philosophie qui enseigne au lycée Lakanal de Sceaux, et auteur du « Petit éloge de la gentillesse »*.

 

Emmanuel JaffelinÊtre gentil aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ?

La gentillesse se trouve dans une situation ambigüe qui oscille entre 2 extrêmes : la crédulité et la bienveillance. Selon moi, être gentil consiste à rendre service à quelqu’un qui vous le demande, sans être intrusif. Sinon, on tombe dans la sollicitude, comme Amélie Poulain qui veut le bonheur des autres malgré eux.

Vous écrivez « La démocratie, qui s’oppose viscéralement à l’esclavage et à toute forme d’inégalité, considère la gentillesse comme une attitude négative ». Est-ce facile d’être gentil de nos jours ?

En France, on pratique la gentillesse sous le manteau. Tout le monde s’en méfie. C’est facile d’être gentil, mais difficile de l’assumer. Depuis la Révolution française de 1789, les Français sont viscéralement opposés à l’idée de servitude. Loin d’accomplir l’égalitarisme, la révolution a métastasé la monarchie faisant de chacun de nous un roi. Et la démocratie marchande n’a rien arrangé en installant le règne du consommateur-roi. Notre société centre les individus sur eux-mêmes, alors que la gentillesse les ouvre sur autrui.

Justement, la situation de crise que nous connaissons encourage-t-elle à la gentillesse ?

Je conçois que la crise renforce les rapports sociaux, mais pour moi, ça ne suffit pas à nourrir la gentillesse. Cette vertu n’est pas conjoncturelle. Être gentil, c’est se débarrasser du « tout à l’ego ». Ce n’est pas un devoir, mais un « pouvoir », c’est-à-dire qu’on est gentil quand on le veut et non quand on le doit.

Vous parlez de « gain de la gentillesse ». Retire-t-on quelque chose à être gentil ?

Le gain, c’est la perte de soi, la sortie de l’égoïsme. La société fait de nous des prédateurs alors que la force de l’humanité se révèle lorsqu’elle donne. On n’est pas gentil pour son propre « bien-être », mais tout simplement pour « être ».

 

*(François Bourin Éditeur – 2011)

Dernier ouvrage publié : « Petite philosophie de l’entreprise » (François Bourin Éditeur – 2012)

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