Rapport de RSF :

Journaliste environnemental, un métier dangereux ?

Dans son dernier rapport, Reporters Sans Frontières prête une attention particulière sur les atteintes à la liberté d’information concernant les questions environnementales. Pas facile d’être journaliste dans ce milieu ! D’après RSF, ce serait même « prendre le risque de vivre en climat hostile et d’affronter des ouragans dévastateurs ».

Pollution à Richmond, au Canada.
Pollution à Richmond, au Canada.

Les journalistes de guerre ne sont pas les seuls à travailler à leurs risques et périls. Le métier de journaliste en lui-même est un choix de vie à prendre en connaissance de cause : la vérité n’est pas toujours bonne à entendre et ne plaît pas forcément à tous, en particulier si cette vérité peut nuire aux intérêts d’une quelconque organisation.

Les journalistes préoccupés par les questions d’environnement peuvent subir de nombreuses pressions, des menaces, voire des violences par des groupes industriels aux pratiques douteuses et désireux de préserver leurs avantages. Reporters Sans Frontières met le doigt sur ce problème. Dans son rapport, l’organisation propose un portrait de ces journalistes verts victimes de leur métier.

Des menaces aux assassinats

Parmi eux, deux ont été assassinés en Inde. Le premier a été brûlé en juin 2015 lors d’une perquisition à son domicile par la police indienne, après avoir publié un article sur le ministre Ram Murti Singh Verma qui serait impliqué dans une affaire d’exploitation minière illégale. Le second a été brûlé vif douze jours plus tard dans l’Etat voisin, après avoir subi de nombreuses pressions de la mafia locale pour cesser son enquête sur leurs activités illégales dans une mine de charbon.

Et les horreurs ne s’arrêtent pas là ! Un journaliste est porté disparu depuis août 2014 après avoir dénoncé l’exploitation de pétrole dans les eaux Maldives, alors qu’un quatrième s’est fait poignarder en septembre 2015, pendant qu’il enquêtait sur l’exploitation illégale de minéraux par des entreprises privées.

Même en Europe les menaces sont grandes. C’est le cas pour Mimmo Carrieri, un journaliste menacé de mort par une mafia italienne. Ce reporter s’est par ailleurs fait passer à tabac en juillet 2015, après avoir photographié des campeurs installés sur une zone protégée et interdite d’accès.

Les pays les plus meurtriers se situeraient en Asie, où 10 journalistes environnementaux ont été assassinés depuis 2010, selon RSF. Cependant, les pays asiatiques, la mafia et les groupes industriels ne sont pas les seuls à harceler les journalistes. Les citoyens peuvent aussi se montrer agressifs, comme ce fut le cas au printemps dernier au Pérou, où six journalistes se sont dit « harcelés et violentés » lors d’une manifestation contre un projet de mine de cuivre à ciel ouvert.

Le réchauffement climatique, une des plus grosses préoccupations du XXIème siècle

Montée des eaux à Brisbane, en Australie, Janvier 2011.
Montée des eaux à Brisbane, en Australie, Janvier 2011.

Selon l’ONU, les catastrophes climatiques ont entrainé la mort de plus de 600 000 personnes en 20 ans. Avec la hausse des températures, cette progression devrait se poursuivre « dans les décennies à venir ». Un réchauffement climatique en partie dû aux émissions de Gaz à Effet de Serre, dont 67% sont produites par le secteur des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz).

Ces hommes et ces femmes journalistes s’occupent donc d’une des plus grosses préoccupations de ce XXIème la siècle. En enquêtant sur les déforestations, les exploitations minières illégales, les pollutions et autres,  un bon nombre d’entre eux nuit au business des trafiquants. D’après le rapport de RSF, « jamais un tel niveau de violence n’avait été atteint ».

Le témoignage de la journaliste égyptienne Abber Saady est accablant. Cette femme qui a fait la guerre en Irak et la révolution en Egypte explique que « faire des reportages sur la pollution a été l’exercice le plus difficile » de sa carrière.

Les gouvernements coupent aussi la parole aux journalistes

Alors que la COP21 vient d’être lancée avec 195 Etats, le rapport révèle que les gouvernements jouent aussi un rôle de barrage contre la liberté de parole des journalistes. Et cela n’arrive pas qu’en Chine, le Canada en est le parfait exemple ! Selon le rapport annuel de l’Association canadienne des journalistes pour la liberté d’expression (CJFE), les scientifiques fédéraux auraient été « muselés » par l’administration Harper, « qui les empêchait de communiquer avec les journalistes sur leurs recherches, notamment sur les impacts climatiques et environnementaux de l’exploitation des sables bitumeux ». Les sujets autours du changement climatique auraient par conséquent chuté de 80% en 2010 suite aux nombreux refus d’accréditation des journalistes pour interviewer les chercheurs de l’Etat.

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Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !