Johnny Depp, sex symbol écolo

49 ans, le 9 juin prochain – mais à quelle fontaine de jouvence s’abreuve-t-il ? Avec plus d’une cinquantaine de films à son palmarès, des productions d’auteur aux grosses machineries hollywoodiennes, on comprend pourquoi Johnny Depp est surnommé « Le Caméléon ». Cheveux souvent longs, bracelets ethniques et bagues ultra-gothiques, comme à son habitude, il dégage un magnétisme irrésistible et suscite toutes sortes de rumeurs, comme ces derniers temps. Rencontre avec un acteur qui, loin des strass et des paillettes d’Hollywood, prône les valeurs simples de la vie.

Est-il vrai que vous auriez été le premier à initier le mouvement grunge ?
(Rire.) Quand je lis ça dans la presse, cela me fait doucement marrer ! Je n’ai aucune notion de la mode. La seule chose que je vérifie quand je choisis un pantalon, c’est qu’il soit suffisamment chaud pour affronter l’hiver ! Et je n’ai jamais été un grand fan des vêtements fabriqués avec des tissus synthétiques, issus de l’industrie pétrolière. J’aime les matières naturelles, comme le coton, le lin, etc. D’ailleurs, mon dressing est à mon image ! C’est le bordel permanent ! Je n’ai jamais su associer les fringues, je les prends au hasard et me les mets sur le dos. C’est aussi simple que ça.

Un jour, vous avez déclaré que vous étiez un ennemi farouche de la mondialisation. Pourquoi ?
Aujourd’hui, en sortant d’un aéroport, on trouve quoi ? Les mêmes enseignes, la même bouffe,
les mêmes ambiances… Les sociologues nomment ça le progrès. Moi, j’appellerais plutôt ça un désastre socioculturel. Je pense notamment à certains pays du tiers-monde qui, pour des raisons économiques, renient leur histoire. Du coup, ce sont des milliers de personnes abandonnées sur le bord de la route. Les décideurs disent que c’est un processus normal. Mais qu’est-ce que la normalité? C’est très subjectif, finalement. Je me méfie de cette notion de « normal ou non ». Toute ma vie, j’ai décidé d’interpréter des rôles à contre-courant.

Comment réussissez-vous à rester si humble ?
J’avais posé cette même question à Hector Elizondo, un acteur de théâtre qui travaillait à Hollywood. Je lui ai demandé si l’argent l’avait foncièrement transformé. Et il m’a répondu : « Je ne crois pas que l’argent change les gens. Je crois, au contraire, qu’il révèle ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes. Il met en évidence leurs travers. Le montant du cachet n’a rien à voir là-dedans, et encore moins la notoriété. » En d’autres termes, quand vous êtes con, vous êtes con.

Pourquoi vous étiez-vous installé avec femme et enfants dans un village du Var, loin de tout ?
Je me sentais tellement bien dans le Sud qu’il m’arrivait de rester trois mois sans sortir de notre propriété de 15 hectares (à Plan-de-la-Tour). Je répétais toujours : « Je ne fais rien. » En fait, c’était faux. J’adorais regarder pousser mes légumes et mes fleurs. Profiter des bienfaits que nous donnait cette terre riche et noble. Ma petite famille et moi, les seules questions existentielles que nous nous posions étaient : « Va-t-on manger à la maison aujourd’hui ou organisons-nous un pique-nique ? »

D’ailleurs, n’aviez-vous pas envisagé de vous lancer dans la production de votre propre vin ? Un vin bio
J’en avais effectivement l’intention jusqu’à ce que je me rende compte que ce n’était pas une si bonne idée ! C’est un boulot qui passe par toute une série de procédures administratives imposées par le gouvernement français. C’est laborieux. Très décourageant surtout. J’ai donc jeté l’éponge. Ce qui ne m’empêche  pas de faire pousser des grappes de raisin et de les manger avec délectation ! Et puis, avec des vins si exquis – je pense notamment aux bordeaux –, je ne vois pas comment j’aurais réussi à être compétitif!

Vous êtes également propriétaire d’une île aux Bahamas. Quel Robinson êtes-vous ?
Je suis, en effet, extrêmement privilégié ! Car être l’heureux propriétaire d’une île et en jouir
à sa guise, c’est extraordinaire. D’autant que c’est grâce à la saga Pirates des Caraïbes que j’ai
pu m’offrir ce paradis terrestre ! D’ordinaire, les pirates ne payent pas cash, ils prennent possession des lieux, ils les colonisent sans se poser de questions ! Depuis que je suis gosse, j’ai toujours rêvé d’avoir mon éden. Vanessa et moi faisons notre possible pour consommer local et bio, nous ne gaspillons pas, nous recyclons. Des gestes simples à l’impact considérable sur notre micro-écosystème! J’ai aussi fait installer des capteurs solaires qui capturent l’air, le chauffent, puis le font monter vers une turbine qui produit de l’électricité. Mais ce que j’apprécie le plus sur cette île, c’est que nous baignons dans un monde primitif, isolé, sauvage. Il n’y a que les arbres, du sable, le soleil, l’océan et nous-mêmes avec… nous-mêmes !

Une star de votre envergure peut-elle se permettre de se couper ainsi du monde ? Vous n’avez même pas un téléphone portable pour qu’on puisse vous joindre ?
C’est même indispensable ! Il en va de ma santé mentale ! (Rire.) Le téléphone ? À quoi bon ? Il n’y a aucun réseau. Si vous voulez nous joindre, il faut venir nous voir.

Justement, qui vient vous rendre visite sur votre belle île du bout du monde ?
Les membres de la famille de Heath Ledger, par exemple. Je suis resté très proche d’eux. Après la mort de Heath, ils ont passé un peu de temps sur notre île (Johnny Depp n’avait pas hésité à remplacer au pied levé l’acteur australien, décédé suite à une overdose de médicaments, pour les besoins du film L’Imaginarium du docteur Parnassus, ndlr). Nous avons d’ailleurs donné son nom à la partie nord de l’île ! Qui d’autre ? Mon vieux pote Tim Burton, évidemment. Je me souviens d’avoir devisé avec lui sur Alice au Pays des Merveilles sur un banc de sable blanc perdu au beau milieu de l’Atlantique.

Il y a un endroit baptisé Heath Ledger sur votre île ? C’est étrange, non ?
Je ne trouve pas ! Nous avons aussi une plage baptisée Gonzo Beach, pour honorer le style de journalisme inventé par Hunter Thompson. Sur le versant sud, c’est Brando Beach. Il y a aussi Lily Rose Beach, Jack Beach et Paradis Beach. J’oubliais Keith Reef, la barrière de corail Keith, en hommage à mon pote des Rolling Stones, Keith Richards.

Pour conclure, quelle serait votre définition du courage en termes d’écologie ?
Un écolo courageux, c’est un ancien consommateur gaspilleur qui a pris conscience que son mode de vie était en opposition avec la préservation de la planète. Il faut avoir du courage pour admettre que l’on a commis des erreurs ! Le pire, ce sont ceux qui militent devant les caméras et qui reprennent leurs mauvaises habitudes dès qu’ils sont en position off. Nous vivons, hélas, dans une société de l’image, de la com. Ce qui manque, ce sont des individus qui parlent moins, mais qui réalisent un vrai
travail de fond ! L’écologie doit être, d’après moi, apolitique ! Elle doit tout simplement s’inscrire comme une prolongation, une extension de nous-mêmes. Un réflexe spontané. Naturel. Vous réfléchissez quand vous respirez ou vous marchez ? Non, bien sûr ! Faire du bien à la planète, et donc à nous-mêmes, à terme, c’est la même chose ! Mais pour cela, il faut déjà être capable de se regarder dans un miroir et de se remettre foncièrement en question. C’est à ce prix-là que l’humanité vivra en harmonie avec la nature ! Dans le cas contraire, nous disparaîtrons !

Le pirate met les voiles
Il avait juré qu’il ne quitterait jamais la Provence… avant que le fisc français lui demande de poser définitivement ses malles et de devenir un résident permanent. Il s’en est expliqué dans un entretien accordé au quotidien britannique The Guardian : « J’ai quitté la France parce qu’elle voulait un morceau de moi. Ils voulaient que je devienne un résident permanent. Un statut qui change tout. Ils veulent juste… de l’argent. Que je travaille gratuitement. Dans ces conditions, je ne suis certainement pas prêt à abandonner ma citoyenneté américaine. » Parce qu’il refusait de vivre dans notre pays plus de cent quatre-vingt-trois jours par an et de verser des galions d’argent sonnant et trébuchant à Dame Marianne, l’acteur – dont la fortune est estimée à 300 millions d’euros – a finalement décidé de mettre le cap vers les côtes hollywoodiennes ! Un départ qui risque de déboussoler bien des fans et de frustrer durablement notre cher Trésor… public !

Photo de couverture : © Franck Rousseau
Crédit photos 1 et 3 : DR

 

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…