JIM LOVELL : UN ASTRONAUTE TERRE- A-TERRE

Il est le héros malgré lui de la célèbre Mission Apollo 13. A 81 ans, l’homme se souvient de chaque moment passé en orbite autour de la lune. Cette expérience sidérale et sidérante lui a pourtant permis d’avoir encore plus les pieds sur Terre. Explications.

Propos recueillis à Houston (Texas) par Frank ROUSSEAU
Photo : NASA
De gauche à droite au premier rang : Kenneth Cameron, Robert Springer, Neil Armstrong, John Glenn, James Lovell et Kathryn Sullivan.
De gauche à droite au deuxième rang : Nancy Currie, Terence Henricks, Ronald Sega, Curt Brown, Gregory Harbaugh, Thomas Hennen et Carl Walz.
De gauche à droite au troisième rang : Mary Weber, Michael Foreman, Michael Gernhardt, Kevin Kregel, Donald Thomas et Suni Williams.

Astronautes américains réunis à Cleveland à l'occasion du 50ème anniversaire de la NASA / (c) NASA

Si vous deviez retenir une image, rien qu’une seule, de votre passage dans les étoiles, ça serait laquelle ?

Cela ne va pas vous paraître très poétique, mais c’est la vision (lors de la Mission Gemini 7) de nos urines qui, une fois au contact de l’espace réfrigérant, se sont transformées en une nuée de cristaux aussi innombrables que scintillants ! On aurait dit des millions de micro-étoiles ! Le survol de la face cachée de la Lune fut aussi un moment qui est à jamais gravée sur ma rétine. Sans oublier bien sûr l’apparition de la Terre dans le hublot du module. Elle était si petite que je pouvais la dissimuler derrière mon pouce. Je me souviens qu’à l’époque, je me suis fait cette réflexion : «Quelle dommage que les hommes et les femmes qui peuplent cette planète d’un bleu si profond, ne puissent pas la contempler avec moi ! Cela les pousserait peut-être à mieux l’aimer et donc à la respecter». Quand on la regarde comme ça, avec tous ces nuages autour, on dirait un diamant jaillissant de son écrin !  De retour sur Terre, je n’ai eu de cesse de dire à quel point je la sentais «en danger»…

A vous écouter, on a l’impression que ces virées spatiales vous ont rendu plus humain…

Quand vous avez la chance d’observer la Terre de cette hauteur, vous ne voyez pas Las Vegas ou New York et les autres folies urbaines des hommes. Encore moins les frontières géographiques que nous nous sommes imposés, nous  les Terriens. De l’espace, on ne voit pas non plus la couleur des gens. De l’espace, il n’y a ni Noirs, ni Blancs. Ni Juifs, ni Chrétiens. Ni pauvres, ni riches. C’est une vision quasi idyllique. Ainsi devait être la Terre avant que nous la rendions invivable !

On a souvent dit que l’exploration lunaire était de l’argent gaspillé. D’accord. Pas d’accord ?

C’est un peu facile ! D’autant plus si l’on songe au nombre d’emplois qu’elle a créés, aux industries nouvelles qu’elle a boostées. Prenons comme exemple l’informatique. Grâce à la conquête spatiale, nous avons stimulé sensiblement ce secteur de pointe. Quand je jette un coup d’œil sur ma montre aujourd’hui,  je n’arrive toujours pas à me faire à l’idée qu’elle a deux fois plus de capacités informatiques que notre ordinateur de vol sur Apollo XIII !

Et la pollution orbitale, créée par le nombre croissant de « déchets » laissés par les engins spatiaux et autres satellites, qu’en pensez-vous ?

Il est impératif de nettoyer les orbites de la Terre avant que ces détritus un peu spéciaux ne nous tombent sur le coin de la figure, mais tout cela a un coût. Des organisations gouvernementales ont bien essayé d’appliquer des mesures spécifiques comme la « Règle des 25 ans » qui limiterait le séjour de tout objet en orbite à 25 années. A voir.  D’autres solutions de désorbitation ont déjà été envisagées durant un temps mais toutes posent un problème majeur quant à l’énergie phénoménale à déployer pour aller chercher, collecter et ramener ces poubelles spatiales. Objectivement, aujourd’hui, la seule « technique » de nettoyage sur laquelle nous pouvons compter, c’est le processus naturel. La plupart des matériaux disparaissent lors de la rentrée à cause de l’échauffement très important, mais certains éléments peuvent survivre à ces conditions et atteindre le sol et c’est là le danger. Une chose est sûre, nous risquons bientôt d’atteindre un seuil critique. La quantité de débris augmentera dès lors de manière exponentielle en raison de collisions de plus en plus fréquentes…

Quelles en seront les conséquences d’après vous ? Si nous n’agissons pas…

Ni plus ni moins que l’arrêt de mort de l’exploration spatiale ! C’est en tous cas ce que je redoute !  (Ndlr : A 800 km au dessus de la Terre,  la durée de vie d’un déchet spatial est de l’ordre de un à deux siècles. Sur les orbites plus élevées, les durées de vie se comptent en millénaires ou dizaines de millénaires. Enfin, en orbite géostationnaire, il n’y a plus de trace d’atmosphère et cette durée est sans limite à l’échelle humaine.)

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…