Interview de Kevin Costner

Lorsqu’une star de son calibre vous reçoit d’ordinaire dans les salons ultra-chics du Four Seasons, à Beverly Hills, on peut s’attendre à voir débarquer un type endimanché suivi d’une délégation d’impressionnants gorilles et/ou de publicistes sempiternellement « greffées » à leur téléphone cellulaire. Pas le grand K. Quand ce descendant d’Indien Cherokee se déplace, c’est quasiment seul et sans brasser d’air s’il vous plaît. Un gars simple Monsieur Costner, on vous le dit. Comme le personnage qu’il incarne dans « Swing Vote ». Dans ce film, l’ex héros de « Danse avec les loups » joue Bud, un écolo manutentionnaire dans une usine d’oeufs qui va voir  lors d’une élection présidentielle américaine, « son » bulletin de vote non comptabilisé suite à un bug informatique. Du coup, ce citoyen va se retrouver traqué par les médias et courtisé par les deux candidats souhaitant entrer à la Maison-Blanche.  Toutes ressemblances avec….

Crédit: DR

« Swing Vote », votre nouveau film est une sorte de farce sur la politique américaine et plus précisément sur l’opportunisme de deux candidats à la Maison Blanche prêts à tout pour obtenir LE vote qui leur permettra de faire la différence aux élections. Vous croyez que la mayonnaise va prendre avec un tel pitch ?
(rires) L’objectif n’était pas de faire un documentaire sur les coulisses de la politique américaine. Le but, c’était de faire passer un bon moment au public ! Il vous faut percevoir ce film comme une envie folle de se moquer de nos dirigeants !

La trame, vous ne la trouvez pas, un peu trop…américaine ?
La scénarisation est très américaine dans son découpage mais des histoires d’hommes politiques qui vous font des promesses et qui n’hésitent pas à se mettre en contradiction avec leur propres convictions, c’est un sujet ô combien universel. Des manipulateurs, des menteurs en col blanc, j’en connais. Vous en connaissez. Nous en connaissons tous. Et le pire, c’est que bien souvent, en glissant notre bulletin de vote dans l’urne, nous avons cru qu’ils changeraient vraiment la face de notre société ou mieux de notre monde. A tort. L’expérience m’a appris que les politiques sont des acteurs frustrés qui n’ont pas réussi à percer dans le show-business ! (rires)

Crédit: Touchstone Pictures


Et vous Kevin ? Quelles sont vos convictions en politique. Pro Obama ou pro McCain ?

Pro-independant ! J’ai roulé pour les Républicains durant des années. Jusqu’au jour où j’ai compris que l’homo-politicus n’était pas en mesure de respecter ses engagements. Notamment en matière d’environnement. Je suis un écologiste de la première heure et je suis atterré de voir que chez les démocrates comme chez les néo-conservateurs la protection de la planète n’est pas LA priorité numéro 1 ! C’est bien beau de parler de création d’emplois, de sécurité sociale, de réduction d’impôts, de l’augmentation du budget militaire, d’éducation mais si demain l’air que nous respirons n’est plus respirable et si l’eau que nous buvons devient inconsommable, le mot « futur » n’aura plus aucun sens !
L’Amérique doit se réformer profondément dans sa politique environnementale. Pour l’heure, nous n’avons fait qu’un grand show à l’américaine pour « rassurer » ou faire taire ceux et celles qui considèrent que nous sommes les plus gros pollueurs de la planète. Tout ça, c’est du vent !
Tant que nous n’agirons pas rapidement, profondément et durablement, nos actions environnementales seront toutes efficaces que l’application de mercurochrome sur une jambe de bois !

A quel moment, vous avez pris conscience que la planète filait un mauvais coton et qu’il fallait agir ?

C’était en 1989. Je regardais la télévision quand soudain, un « flash info », nous montra des images aériennes d’un super-tanker, l’Exxon Valdez, dont les cuves laisser s’échapper un liquide noir et visqueux.  Assister, impuissant au spectacle de ce pétrole qui « salopait » l’un des plus sauvages endroits de la planète, m’a profondément meurtri.  On nous avait, en effet, assuré qu’une telle catastrophe ne pouvait pas toucher les eaux territoriales américaines. Encore une fois, mon pays avait pêché par optimisme et s’était montré arrogant. Je rappelle tout de même qu’une nappe de 40 000 tonnes de pétrole brut finira par s’échouer sur plus de 800 km de cote. La bannière étoilée venait de faire face à la plus grave catastrophe pétrolière de son histoire. Bien sûr, certains organismes gouvernementaux imposèrent après ce drame, des navires à double coque, mais n’oubliez pas que ces vingt dernières années, le trafic maritime a sensiblement augmenté et que le risque de « télescopage » de ces monstres des mers est, du coup, devenu exponentiel !  Ce qui m’inquiète surtout, c’est qu’à cause de la fonte des pôles de nouvelles voies maritimes sont entrain de s’ouvrir.
(Ndlr : Des voies qui permettrait de relier l’océan atlantique à l’océan pacifique par le « passage du nord» réduisant ainsi de 6 000 à 8 000 km la route entre l’Europe et le Japon, et de 8 000 km celle entre les États-Unis et la Chine). Les grosses compagnies maritimes – qu’elles soient commerciales ou pétrolières – sont, d’ores et déjà entrain de lorgner sur ces voies vierges et tellement rentables !

Crédit: Touchstone Pictures

Vous êtes donc radicalement contre le passage des super-tankers dans les eaux arctiques…
Oui, parce que l’impact sur les écosystèmes locaux serait catastrophique. N’oubliez pas que les résidus pétroliers ont un effet polluant plus conséquent dans ces régions-là. Et ce, en raison des températures peu élevées. Plus il fait froid, plus le taux d’évaporation du pétrole diminue. Sans compter que l’absence de lumière durant la majeure partie de l’année diminue la radiation des ultraviolets nécessaires pour la décomposition du pétrole.

On raconte que vous auriez dépensé 40 millions de dollars pour préserver la planète. Vous confirmez ?
Je confirme avoir effectivement dépensé beaucoup d’argent. Avec mon frère, j’ai investi dans la recherche d’une sorte de centrifugeuse  – qui devait, théoriquement, permettre de séparer  le pétrole de l’eau lors de l’échouage d’un super-tanker ou un dégazage sauvage. Cette machine était une adaptation d’un système utilisé dans l’industrie nucléaire. Nous pensions que nous pouvions appliquer cette technologie dans le cadre de pollution maritime, mais nous avons échoué.
Nous avons travaillé aussi sur une batterie qui fonctionne à l’énergie solaire. Une batterie – non chimique –  si puissante et si performante qu’elle aurait pu, un jour, être capable d’envoyer des satellites dans l’espace. La Nasa et Boeing ont collaborés sur ce projet.  Mais là aussi, nous avons pu – faute de moyens – aller jusqu’au bout de cette belle initiative.
Je sais que les gens vont se dire encore: “ ce mec est complètement taré. Il ferait mieux de dépenser son fric autrement”. C’est vrai, je pourrai jouer en bourse et me faire avec mes placements des millions de dollars de plus-values. Mais que voulez-vous, les financiers ne me font pas rêver. Je préfère être entouré de scientifiques de haut niveau, eux au moins, ont des projets pour le bien-être de l’humanité.

Si Kevin devait définir Costner ?

Je suis un gars ordinaire. J’ai eu une vie extraordinaire qui m’a permis de faire de ma passion mon gagne-pain. À vrai dire, j’ai été très chanceux de pouvoir faire carrière dans le cinéma. Je n’ai jamais été bon en maths ni en mécanique, vraiment. Alors ça a été une bénédiction. Qu’est-ce que je pourrais vous dire d’autre concernant Kevin Costner ! (rires). Que c’est un idéaliste. Un type qui aime déplacer des montagnes. Qui adore « réinventer » sa vie chaque matin. Qui aime prendre des risques. Le risque pour moi, c’est justement de ne pas en prendre et de s’assurer une carrière juteuse avec des films calibrés pour le box-office. Le cinéma occupe une place spéciale dans notre vie. Son mystère est infini. C’est la religion de notre temps. Il faut l’honorer.
A ce propos,  est-il vrai que c’est à l’âge de quinze ans que l’on vous a briefé sur vos origines indiennes?
Oui, je l’ai su assez tardivement. Un jour mon père est entré dans ma chambre, m’a regardé droit dans les yeux et il m’a dit: « Il est temps que tu connaisses la vérité. Si tu regardes notre arbre généalogique, tu constateras que la famille venait de la Caroline du Sud. Puis, elle a traversé le Missouri et s’est arrêtée en Oklahoma. Or l’Oklahoma est l’aboutissement de la Piste des Larmes, suivie par les Indiens pendant leur migration… » Nos origines commencent à Noble Country, en pleine réserve indienne !

Crédit: Touchstone Pictures

Le Hollywood d’aujourd’hui, vous le percevez comment ?
Je suis consterné par pas mal de choses. Hollywood est devenu un lieu plein de confusions et de contradictions. On y valorise ce qui compte le moins et on y dévalue ce qui devrait être important. Vital La seule qui compte aujourd’hui sont les effets spéciaux. Regardons les choses en face, lorsque les critiques de cinéma parlent d’un film, ils évoquent plus le nombre d’effets spéciaux que le jeu d’acteurs. Résultat, c’est le cap sur la surenchère ! On en met plein les yeux pour compenser les scénarios faiblards. Et le plus triste, c’est que le public tombe dans le piège !
Pour finir, je vous dirais que je ne me transformerais jamais en crétin qui sniffe des lignes de coke tout en montrant son cul par la fenêtre d’une limousine sur Sunset Boulevard !

On dit souvent de vous que êtes un hyper chauvin et que seule l’Amérique trouverait donc grâce à vos yeux ?
J’aime et je respecte mon pays, c’est vrai. Je resterais toujours attaché à cette vision idyllique de l’Amérique. Ses vastes étendues, son histoire, ses racines, la diversité de ses ressources, les opportunités qu’elle vous offre, ainsi que sa capacité à rebondir face à n’importe quels événements. Si c’est ça, être chauvin alors je le suis ! Maintenant, je ne suis pas dupe, notre pays court droit au désastre si nous ne changeons pas notre état d’esprit.

Propos recueillis par Frank ROUSSEAU

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…