Interview de Daniel Craig 007

Good news. Nous n’avons pas eu besoin de torturer James Bond pour connaître sa position sur la protection de l’environnement. Dans la réalité, Daniel Craig se sent en effet très concerné par l’état de notre planète. Et quand le commander prend pour cible les gaspilleurs et autres pollueurs ça fait mouche !

Si l’on confiait demain à Daniel Craig et non à James Bond, une mission verte, sous entendue écologique, vous l’accepteriez ?

Si cela consiste à botter les fesses des gaspilleurs en tout genre, oui, pourquoi pas ! (rires). Je bouillonne de l’intérieur quand je vois par exemple des bus scolaires fonctionner au diesel, fenêtres ouvertes, avec des gamins à l’intérieur. Ou bien quelqu’un qui est à l’attente dans un véhicule stationné sur un parking avec le moteur qui continue de tourner. Ce qui m’enrage surtout, c’est la gabegie dans les restaurants. A quoi bon avoir les yeux plus gros que le ventre quand on sait que l’on ne finira pas son assiette. Je sais de quoi je parle. Quand je courais les auditions, je travaillais dans un resto. Il fallait voir ce qu’on mettait à la poubelle. A vous dégoûter à vie. Mon père qui a servi dans la Marine, me racontait que dans l’armée c’était encore pire. On jetait par dessus de bord des tonnes de légumes ou d’aliments sous prétexte qu’ils étaient sur le point d’être périmés. Dans les faits, il n’en était rien. Le cuistot avait tout simplement la flemme de vider son stock une fois débarqué à son port d’attache !  La mer, poubelle à ciel ouvert, c’est tellement facile et si pratique…

A quel moment, vous avez pris conscience que cette planète ne tournait plus rond ?

J’ai grandi à Liverpool. Dans un milieu où l’on ne roulait pas sur l’or. A l’époque, j’avais plusieurs passions, le foot, taper du pied dans des boites en fer – je n’avais pas les moyens de m’acheter un ballon de foot en cuir  – et pêcher du côté des chantiers navals. Quand je lançais mon hameçon, je voyais flotter sur l’eau des tas de détritus quand ce n’était pas carrément les poissons qui crevaient au milieu d’une nappe de fioul ou de caisses en bois flottantes. A la télé, on nous assurait que la municipalité allait se pencher sur la pollution de l’eau. Seulement il aurait fallu s’attaquer aux industries responsables concernées. Lorsqu’on parlait d’amendes ou des sanctions, ces firmes menaçaient alors de licencier en masse. Le cercle vicieux quoi !

Ne craignez-vous pas que le rôle du commander Bond vous emprisonne à jamais ?

007 m’a permis d’acquérir une stature internationale et une certaine sécurité financière, il m’a aussi « estampillé » jusqu’à la fin de mes jours : agent-secret-sauveteur de l’humanité. Où que j’aille, quoique je fasse, désormais, pour le commun des mortels, je serai James Bond for ever. Marqué au fer rouge. J’en ai pris mon parti, je suis en quelque sorte victime de la mythologie Jamesbondienne.  De toute façon, j’aurai beau expliquer à mes fans que ma voiture perso n’est pas équipée de lance-roquettes, que ma montre ne fait pas fax et récepteur, que mon stylo n’a jamais capté les satellites géo-stationnaires et que ma secrétaire ne s’appelle pas Money Penny…Les inconditionnels feront toujours l’amalgame !

Avec toutes ses explosions, ses déplacements aux quatre coins de la planète et ses gadgets divers, on ne peut pas dire que les productions James Bond soient très exemplaires en matière de protection de l’environnement ?

J’ignore comment se déroulaient les tournages de Bond à l’époque de Sean Connery mais depuis que je représente la franchise 007, je peux vous assurer que sur les plateaux, nous essayons d’économiser l’énergie. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais dans « Quantum of Solace », les véhicules utilisés sont beaucoup moins polluants que ceux utilisés il y a quelques années. Certes, Bond continue de rouler à bord de puissantes Aston Martin mais il n’est plus rare de le voir aussi conduite des voitures beaucoup plus modestes en terme de cylindrées. Et regardez la belle Olga, elle conduisait dans « Quantum of Solace » une petite bagnole qui s’apparente à un engin électrique.
J’ajoute que les thématiques abordées dans les James Bond tournent souvent autour de sujets qui nous concernent tous. Je pense notamment au pétrole dans « Le Monde ne suffit pas » ou « Quantum Solace » où l’on abordait la raréfaction de l’eau en passant par « Au Service Secret de Sa Majesté » où il était question de contamination des airs !

Mais sur le plateau d’un Bond, vous sentez que les techniciens sont eco-friendly ?

Ils n’ont pas le choix ! Il y a un cahier des charges très précis. Quand vous tournez dans un lieu qu’il soit en milieu urbain ou dans la nature, vous devez le quitter tel que vous l’avez trouvé. Que vous soyez dans votre pays ou à l’étranger. La pire des publicités pour un film aujourd’hui, c’est lorsque vous ne respecter pas les règles établies en terme d’écologie. Si vous partez en laissant un dépotoir derrière vous, je peux vous assurer que ça vous retombe dessus un jour ou l’autre ! Après le tournage de « Quantum of Solace », nous avions tiré dans une scène pas moins de 200 000 balles à blanc. Mais une fois que nous avons plié bagage, il ne restait plus une seule douille par terre ! Et puis vous savez, James Bond, à la base, il a toujours été un écologiste patenté !

Ah oui ! Expliquez nous …

Lorsque Ian Fleming cherchait un nom pour son espion, il y avait un ouvrage qui traînait sur son bureau. Celui d’un ornithologue qui étudiait les oiseaux des Caraïbes. Ce monsieur s’appelait Bond. James Bond. Double Seven a donc quelque part du sang vert qui coule dans ses veines…

Et vous Daniel, comment contribuez-vous, à votre niveau, à la préservation de notre planète !

Je suis quelqu’un déjà qui adore le sport, notamment le jogging et la natation. Courir ou nager au milieu de détritus, ce n’est franchement pas un plaisir. Quand je vois une bouteille de plastique traîner par terre, je m’arrête, je la ramasse et je la mets dans une poubelle. C’est un geste simple. Un geste sain. Et tant pis si ça casse ma foulée…
Mis à part embrasser les plus belles créatures de la planète et tester en avant-première des gadgets High-tech, quels sont les avantages que vous tirez de  Bond ?
Je vous aurais bien dit la meilleure des tables dans le plus sélect des restaurants mais mon rôle de Bond ne permet plus de goûter à ce plaisir simple. A cause de la notoriété, il m’est de plus en plus difficile de me rendre dans ce genre d’établissement. Vous allez me rétorquer: « Pas besoin de réserver. Il suffit de me présenter et on me trouve une table sur la champ ». Le problème, c’est que je déteste les personnes qui usent de leur pouvoir. L’autre solution, c’est de me commander au chinois du coin les spécialités cantonaises. Là aussi, cela peut provoquer des réactions que je préfère éviter. Comme ce livreur qui m’a demandé de lui dédicacer non pas une paire de baguette chinoise, mais dix. J’ai dû lui expliquer que je n’avais nullement l’intention de retrouver mes signatures sur e Bay même contre deux rouleaux de printemps gratuits !

Propos recueillis par Frank ROUSSEAU à Los Angeles

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…