Go de nuit, une exposition sur les travailleuses du sexe à Abidjan

La Maison des métallos, à Paris, accueillera l’exposition photographique « Go de nuit » du 15 novembre au 15 décembre. Après « Elles changent l’Inde », les photos nous emportent désormais à l’Ouest de l’Afrique. Réalisées par l’anthropologue et cinéaste Eliane de Latour, elles dévoilent les portraits de jeunes prostituées d’Abidjan.

C’est un projet de deux ans qui s’achève. Deux ans à photographier ces filles, ces travailleuses de nuit qui vendent leur corps pour survivre. Elles ont entre 14 et 25 ans et vivent dans les périphéries d’Abidjan. Eliane de Latour nous raconte sa première confrontation : « Je suis arrivée dans ce ghetto, encerclé par des hôtels de passe. J’ai entendu une fille hurler, elle sortait d’un de ces hôtels avec un homme qui la tirait par les cheveux et la frappait, nue, avec son ceinturon. Mes accompagnateurs m’ont dit de ne pas m’en mêler, de ne pas regarder, mais j’ai foncé vers eux. Ce garçon était en fait son mac, à qui elle devait 4000 CFA que je lui ai donnés. Une fois tout cela terminé, une autre fille est venue vers moi et m’a demandé quand est-ce que je reviendrai. Je lui ai dis demain. »

La suite s’affichera sur les murs de la Maison des métallos à partir du 15 novembre. Eliane de Latour a rencontré les filles et a commencé à les prendre en photos. Ces « go de nuit » se sont prêté au jeu, « comme si je leur restituais une confiance en elles qu’elles avaient perdue, confie l’anthropologue. Certaines n’ont pas voulu être prises en photo de nuit. Celles qui ont accepté voulaient montrer au monde leur quotidien ; « gbê », la vérité sans fard ».

Ces très jeunes femmes sont majoritairement arrivées à Abidjan après la partition du pays en 2002. Nombreuses sont celles qui ont quitté leurs familles, au Nord, pour la capitale. « Au début, je pensais faire un film dont les héroïnes seraient ces filles en rupture, explique Eliane de Latour. Finalement, je les ai prises en photo, comme pour restituer leur beauté. Une beauté qu’elles ne voyaient plus ».

L’exposition s’accompagnera de la projection de 3 documentaires et 2 fictions réalisés par Eliane de Latour depuis le début des années 1990. Son livre Go de nuit, aux éditions Taama sortira le 15 novembre. Il revient sur le phénomène dont a été témoin l’auteur, qui selon Le Monde, toucherait 600 millions de jeunes femmes.

Photos:
© Eliane de Latour

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Après des études de journalisme à Paris et Dublin, Julie s'est lancée comme correspondante pour des sites d'informations québécois, couvrant l'actualité française. En 2013, elle revient sur les bancs de Néoplanète, qu'elle avait déjà arpentés quelques années plus tôt. En parallèle, elle cultive son blog, consacré au voyage.