Gestion de la controverse et processus de décision

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

On le sait, le développement durable est un catalyseur des contradictions, un révélateur d’intérêts divergents qui rend la décision publique difficile car les parties prenantes affichent des attentes difficilement conciliables. Alors comment agir,  comment faire pour trouver un terrain d’entente et un compromis sur les actions à mener ?

Si nous demandons à la communauté des pêcheurs et aux associations de protection de la ressource halieutique de se réunir en huit clos et de trouver des solutions pour régler le problème de la surpêche aujourd’hui, il y a fort à parier qu’après plusieurs nuits blanches le résultat sera tiède et ne satisfera complètement aucune des parties. L’un voudra protéger ses ressources, l’autre la ressource. Il en est de même pour l’alimentaire (pro et anti OGM), pour l’énergie, le transport, etc. Si de surcroît on considère ces violents antagonismes au niveau mondial et si on l’agrémente d’un volet social conséquent, on comprend mieux les armées de négociateurs mobilisés par les différentes délégations internationales.

Arrantzaleen garraioa (Bermeo)
Creative Commons License photo credit: Barrenetxea (Argazkiak | Fotografías | Photos)

Les situations actuelles sont le résultat de décisions prises hier. Les décisions prises aujourd’hui verront leurs conséquences s’appliquer demain, dans un contexte dont nous ignorons les contours exacts. Pour ce qui est des problèmes contemporains, la décision du jour aura au mieux une vertu correctrice, mais ne répondra qu’à la marge à la difficulté rencontrée. En revanche, la décision d’aujourd’hui modifie inexorablement le paysage et le système futur. C’est donc bien sur la notion du « demain » qu’il faut réfléchir et trouver la convergence.

Posons donc la question différemment à nos acteurs concernés par la ressource halieutique sans leur demander de trouver des solutions au problème actuel (pourtant crucial). Si nous leur proposons de réfléchir au monde dans lequel ils souhaitent voir évoluer leurs enfants, si nous leur demandons l’effort de se projeter au-delà du problème (insoluble) rencontré, il est possible que la définition d’une vision partagée du futur puisse émerger. Les décisions à prendre pour atteindre ce futur désiré auront plus de chances de trouver des ambassadeurs de bonne volonté. Les parties prenantes, violemment opposées aujourd’hui pourraient même se retrouver et réunir leur force pour convaincre le décideur publique.

Dépasser les intérêts particuliers du jour, définir une vision partagée d’un futur désiré et travailler ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre, prendre les décisions au regard de ce contexte défini comme favorable, s’engager non pas en son propre nom mais au nom des générations futures. Utopie bien sûr, mais avons-nous la possibilité de nous en passer ?

Valinkeo

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.