George Clooney : what earth ?

Il roule en Tesla, mais investit à Las Vegas, il milite pour des actions humanitaires et se méfie des mouvements écologistes… L’acteur sera à l’affiche de The American, en salle le 27 octobre, et vient de recevoir le prix Bob Hope pour son engagement au Darfour. Entretien avec un beau gosse qui ne nie pas ses contradictions. What else ? Vous le saurez en lisant cette interview « espresso »… Propos recueillis à Los Angeles par Frank Rousseau.


Entre les voitures et vous, c’est une grande histoire d’amour ?
Yep ! La plus longue jusqu’à présent ! (rires)

Dans votre nouveau film « The American », vous incarnez un tueur à gage qui conduit une Fiat Chroma en Italie. C’est votre genre de voiture ?
Non ! Je possède une Tesla, une voiture électrique qui, en plus d’être très économique et très rapide, ne fait aucun bruit. C’est la bagnole idéale pour arriver, en douce, derrière les paparazzi et leur faire une petite frayeur en klaxonnant ! J’avais une Tango avant la Tesla. J’ai eu également une Lexus Hybrid. Quand je suis à Los Angeles, le trafic est tellement dense que je préfère rouler en moto, 80 % de mes déplacements sur les freeways de la Cité des Anges s’effectuent sur un deux-roues !

Vous l’avez acheté quand votre première voiture éco-responsable ?
Au moment où je tournais Syriana. Je ne pouvais pas rester au volant d’un Hummer ou d’une Ford Bronco alors que je dénonçais dans ce film la corruption des compagnies pétrolières !

Et, aujourd’hui, quand vous faites le plein, vous vous arrêtez dans une station BP ?
(Éclat de rires)
. Vous savez, sur les routes de Californie, on ne voit pas beaucoup de panneaux BP ! Ce pétrolier n’est pas beaucoup représenté sur la côte Ouest. La question d’un boycott ne se pose donc pas !

Il paraît que vous avez, un jour, fait un coup pendable à Brad Pitt. Une blague impliquant sa Toyota Prius.
Ça remonte au tournage de Ocean’s Twelve. Brad ne cessait pas de me charrier. Alors, je me suis vengé en collant un sticker à l’arrière de sa Toyota Prius. Sur cet autocollant, on pouvait lire : « Je suis gay et je vote ». Un autre jour, sur sa portière, j’avais collé : « Petit pénis à bord ». Brad a pris l’autoroute à Los Angeles ainsi. Sur le chemin, les autres automobilistes le klaxonnaient. Certains lui faisaient des signes mais, lui, il croyait que c’était pour ses beaux yeux. C’est seulement 48 heures plus tard qu’il s’est aperçu qu’il se trimballait avec un tel macaron au cul de sa bagnole !

Après votre documentaire « Urgence Darfour », vous avez prêté votre voix à « Sand and Sorrow », un film de Paul Freedman sur les zones d’ombres de ce conflit. Comment avez-vous pris conscience qu’à des milliers de kilomètres de chez vous, des hommes, des femmes, des enfants souffraient ?
En lisant une série d’articles dans le New York Times, j’ai pris connaissance de ce conflit. La tragédie du Darfour, rappelons-le, c’est plus de 250 000 décès des effets combinés de la guerre civile, de la famine et des maladies, et 2,2 millions d’individus chassés de chez eux. Or, il aura fallu quatre ans pour que l’on commence à se bouger. Du temps, remarquez, nous, les Américains, nous en mettons toujours dans ce genre de dossier. Regardez comment nous nous sommes comportés dans les Balkans et au Rwanda !!!

Vous avez dit un jour : « Un drame humanitaire est toujours annonciateur d’un autre drame, écologique cette fois-ci… ».
Lorsqu’une population n’a plus les moyens de se nourrir, elle essaye de trouver des moyens de subsistances sur place. Et généralement, c’est l’éco-système qui en pâtit. Comme à Haïti par exemple. Jeunes pousses d’arbres arrachées afin de manger les racines, raréfaction du bois pour faire bouillir de l’eau, etc. C’est ensuite un cercle vicieux infernal. Je vous invite à lire les déclarations du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. Pour lui, le drame du Soudan a été provoqué par le changement climatique : le niveau des pluies a baissé d’environ 40 % pendant les vingt dernières années, alors qu’une hausse des températures de l’océan Indien a perturbé les moussons. La Somalie, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et d’autres pays africains vivent aussi dans l’insécurité en matière d’eau et d’alimentation. (Ndlr : George est « Messager de la paix » pour l’ONU). Chaque Africain ne dispose que du quart du volume d’eau disponible en 1950. L’Asie et l’Amérique du Sud, du tiers seulement !

Avec Randy Gerber patron de discothèques, vous avez investi dans un gigantesque complexe de casinos à Las Vegas, une construction démesurée dont la facture est estimée à plus de 3 milliards de dollars. Vous dites à la terre entière qu’il faut aider les pauvres gosses au Darfour et, d’un autre côté, vous promotionnez le luxe au milieu d’un désert, n’est-ce pas un paradoxe ?
Si tous ceux qui se font énormément de pognon, comme moi, n’en reversaient même qu’un infime pourcentage, nous n’aurions pas des gosses qui crèvent de faim comme aujourd’hui. En ce qui me concerne, j’ai décidé de reverser 25 % des revenus générés par le Las Ramblas à l’organisation Make Poverty History dont le but est de faire décroître la pauvreté dans le monde. J’ajoute que grâce à Not on Our Watch (Ndlr : une organisation humanitaire initiée par Clooney et qui compte aussi parmi ses membres les acteurs Matt Damon, Brad Pitt, le producteur Jerry Weintraub et le défenseur des droits de l’homme David Pressman), nous avons déjà levé des millions de dollars de fonds pour le Darfour. C’est bien la preuve que célébrité peut rimer avec efficacité ! Parfois, seul le secteur privé peut inverser la tendance, notamment en finançant des programmes de ce genre, comme Bill Gates et d’autres âmes généreuses.

Dans « Up In The Air », vous incarnez un cadre qui parcourt les États-Unis en avion pour virer les gens. Jusqu’à ce qu’une jeune recrue décide de mettre en place un système de visioconférences limitant ainsi les déplacements et donc l’empreinte carbone. Est-ce l’avenir selon vous ?
Incontestablement d’un point de vue écologique ! Mais comme nous le montrons dans le film, nos rapports avec les gens risquent de changer. Rien ne remplacera une bonne poignée de main et le contact humain à mon avis. Mais, si nous devons en passer par-là pour sauver la planète…

Vous avez dit un jour que vous vous méfiez des écolos extrémistes…
Oui ! Parce que le fanatisme ne règle rien. En matière d’écologie, il faut dialoguer. Cela ne sert à rien d’imposer. On ne pourra, hélas, pas changer des millénaires de mauvaises habitudes, de non respect de la planète, en claquant des doigts. Il faut du temps pour que la petite graine de nos responsabilités vis-à-vis de notre Terre pousse dans nos consciences d’ultra-consommateurs. Et l’eau qui lui permettra de germer, c’est l’information constante et l’éducation ! Moi même, je suis très mal à l’aise quand j’affirme que je suis concerné par l’effet de serre alors que pour des raisons professionnelles, il m’est arrivé de voyager en jet privé ! Du coup, j’essaye de compenser en conduisant des voitures électriques. Ok, c’est moins sexy que de piloter une Porsche Turbo, mais au moins je ne pollue pas ! Je pense que tout est question de compensation.

Sur le tournage de « En pleine tempête », vous n’aviez pas eu maille à partir avec des écolos bornés ?
Il ne s’agissait pas d’écolos, mais d’une association pour la protection des animaux. Quelques personnes étaient venues protester sur le plateau parce que, soit-disant, on faisait souffrir des merlans. Ce qu’ils ignoraient, c’est que nous tournions avec des poissons en caoutchouc naturel. Je revois ces gens gueuler en brandissant des pancartes « Laissez les vivre !!! » et moi je leur répondais : « Quoi  ? Le caoutchouc ! ».

Alors, à quand un poste de Président à la Maison Blanche ?
C’est compromis ! Comment pourrait-on élire un mec qui dispose d’un C.V. de fêtard patenté. J’ai couché avec quantité de femmes, mangé des champignons hallucinogènes et fumé des joints, enfin je suis trop sérieusement accro à la bière pour pouvoir m’installer dans le bureau ovale.

Interview extraite du numéro 15 de Néoplanète

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…