Françoise-Hélène Jourda, la passion du soleil

Elle avait encore tant à nous faire voir, tant à nous apprendre, tant à nous dessiner un avenir durable. Architecte du soleil, Françoise-Hélène Jourda va beaucoup manquer à la France. Le cancer a eu raison de sa soif de vivre et d’agir.

Festival du Vent 2010

Nous avons souvent parlé d’elle, nous avons souvent parlé avec elle, écouté sa passion et partagé ses convictions qu’il fallait construire autrement et s’attaquer à la rénovation urbaine. Mais combien l’écoutaient lorsqu’elle expliquait – depuis plus de 30 ans – qu’il fallait se servir de matériaux naturels comme le bois et d’aller chercher les services d’un astre sans lequel aucun de nous ne serait là ? Nous l’avions rencontrée un peu partout, à Paris (Femme en or de l’environnement), à Grenoble (Habitat durable) ou encore à Calvi, au Festival du vent. Le pavillon français (en bois jurassien) à l’expo universelle de Milan montre que la leçon a été comprise.

Pas de tours « mâles » d’architectes renommés chez FHJ, pas de gloriole, mais une architecture à taille humaine, une architecture faite pour durer. Le rêve de cette femme lumineuse, c’était de construire des bâtiments biodégradables, autosuffisants grâce aux énergies renouvelables voire à énergie positive, utilisant des matériaux à l’empreinte écologique minime. Un des plus beaux exemples de son travail restera la réhabilitation de la halle Pajol à Paris, avec ses façades bois et ses 3500m2 de panneaux solaires. « Les villes sont malades, disait-elle, il faut les soigner, mais avec des médecines douces. »

Elle a eu tort d’avoir raison avant tout le monde. D’avoir raison d’aller chercher le soleil alors que la grande messe était nucléaire. Alors elle rusait avec un grand sourire, racontant à ses interlocuteurs ce qu’ils voulaient entendre « pour les manger à la sauce du développement durable ». Cela se passait comme ça en France. Mais en Allemagne, on est allé la chercher il y a 25 ans pour créer un lieu de formation unique en son genre dans la Ruhr, le bâtiment étant inscrit dans une immense serre. En Autriche, sa chaire à l’université de Vienne était un véritable labo de l’innovation durable. En France, il a fallu le Grenelle de l’environnement pour que vienne, enfin, la reconnaissance officielle des apôtres du développement durable. Elle était, comme vient de l’écrire Télérama, « une belle personne ».

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.