Faire fleurir le désert, un rêve devenu cauchemar

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Il a fallu l’énergie, la créativité et l’effort de plusieurs générations pour donner une réalité à un objectif herculéen en pays d’Israël : faire fleurir le désert.
Un temps, cet objectif suscita une certaine admiration et on vint chercher en plein Néguev ce qu’on espérait être une solution pour de nombreuses régions arides du globe. Ainsi la volonté humaine devait pouvoir réaliser l’impossible : faire fleurir le désert, transformer la nature ou plutôt en dominer ses contraintes.

Mer Morte

Ceci passait par l’exploitation de toutes les ressources hydriques disponibles, pluies, rivières, fleuves, nappes phréatiques, eaux fossilisées. Il a fallu ensuite limiter au maximum les fuites, pertes et autres évaporations de cette eau si précieuse. Ainsi, nous pouvons voir le long des routes du désert d’étranges tuyaux sortir de terre et qui rappellent en toutes circonstances l’obsession permanente de l’or bleu. Les étranges trottoirs qui longent les routes au Nord de Tibériade couvrent des canaux transportant en toute sécurité l’eau du Jourdain jusque dans les contrées les plus reculées.
Durant un temps, la production agricole du pays dépassa toutes les espérances. Jusqu’au jour où confronté à une population en constante augmentation, population souhaitant conserver son style de vie et donc sa consommation d’eau douce, les ressources disponibles (2 milliards m3) rencontrèrent leur limite d’exploitation. On s’appliqua alors à exploiter de nouvelles « sources ». On pompa dans les eaux fossilisées et au prix d’une démesure d’énergie, on dessala l’eau de la Mer Morte. Cette mer, la plus basse du monde (-400m) continue depuis sa chute, sous l’effet conjugué de la baisse des pluviométries, des ponctions faites sur le Jourdain et du dessalement. (cf. tableau ci-dessous – niveau de la Mer Morte)

Niveau de la Mer Morte

Le cercle vicieux semble être bien en place, augmentation de la population, amélioration de la production agricole, augmentation du niveau de vie, augmentation de la demande  en eau, etc. A ce rythme, cette ressource ne tiendra pas plus d’une décennie, la situation est critique. On songe aujourd’hui à acheminer vers la Mer Morte l’eau de la Mer Rouge et de la Méditerranée ! Le cercle vicieux continue sa ronde…

La situation de stress hydrique en Israël (et ailleurs) génère des inégalités de plus en plus flagrantes et reste porteuse de conflits pour le coup insolubles. Il semble terriblement difficile pour l’espèce humaine d’accepter une quelconque « marche arrière », d’admettre qu’un style et un niveau de vie n’est tout simplement pas tenable. Il en va de même pour nos golfeurs de Palm Spring, Marrakech et Agadir ne sortent pas du triptyque « Palais – hôtel – golf », les pelouses, piscines et casinos de Las Vegas lui font tutoyer les limites d’une catastrophe hydraulique. Il faudra bien un jour faire preuve de sagesse et admettre finalement que parfois la beauté d’un rêve se confronte au cauchemar d’une réalité.

« Sources » , Webographie.
http://www.fao.org/nr/water/
http://exact-me.org/overview/p4144.htm
http://www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/2000_2009/2000/10/Zoom+sur+Israel-+La+mise+en+valeur+de+ressources+e.htm

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.