Fabrication des jeans : un ouvrier ensablé à Paris !

Le collectif « Ethique sur l’étiquette » a organisé ce matin à Paris une action symbolique pour dénoncer les dangers du sablage, une technique qui consiste à vieillir et délaver les jeans. Une méthode peu coûteuse, dangereuse pour la santé des ouvriers, mais aussi pour l’environnement…

11h00, quartier Haussmann à Paris. Au milieu des grands magasins, un homme en blouse de travail entre dans une cabine aux vitres transparentes. Autour de lui, une trentaine de militants et de journalistes sont réunis pour assister à son ensablage. En guise de sable, des milliers de petites billes de polystyrène sont déversées sur sa tête. En quelques minutes, elles s’amassent comme une montagne blanche.

Les passants incrédules s’arrêtent, et interpellent les militants qui distribuent des tracts portant le slogan « Il est mortel ce jean ». Les questions fusent. « Le sablage, c’est dangereux pour la personne qui fabrique ou pour celle qui porte le jean ? » s’interroge Benoît qui travaille dans le coin.

Emilie, elle, fait du shopping : « J’adore les jeans qui ont l’air un peu usés par endroits, mais je ne savais pas du tout que leur fabrication était nocive pour la santé des travailleurs. Les marques devraient indiquer clairement sur les étiquettes si elles ont recours ou non à la technique du sablage pour que l’on soit mieux informé. » L’ouvrier fictif lui ne peut déjà plus bouger, le voilà enseveli, seule sa tête dépasse de cet amas blanc.

Il est mortel ce jean !
« Cette action symbolique vise à interpeller les consommateurs, explique Nayla Ajaltouni, coordinatrice du projet. Les jeans vintage délavés sont très à la mode, mais certains ouvriers en paient le prix fort. La technique du sablage manuelle a en effet déjà causé la mort de 47 Turcs suite à des maladies pulmonaires, comme la silicose. On estime que plus de 5000 ouvriers seraient touchés par la silicose, ce qui représente la moitié de la main d’œuvre nationale dans ce secteur. La Turquie a interdit en avril 2009 le sablage sous la pression de médecins, mais des réseaux informels continuent à l’utiliser. Hélas, cette méthode se délocalise vers des pays moins regardants sur les conditions de travail, comme la Chine, le Cambodge, le Pakistan, le Mexique ou le Bangladesh. » Trois à 24 mois d’exposition au sable naturel suffisent pour contracter la silicose : ce sont les poussières de silice cristalline inhalées par les ouvriers qui sont toxiques.


Stop au sablage
Des techniques alternatives au sablage existent, comme le délavage à la pierre et le ponçage, mais on leur reproche d’être moins précises. Or, les marques aiment à proposer des modèles délavés spécifiquement sur les genoux ou les cuisses par exemple. « Il faut que les consommateurs se rendent compte que des gens meurent pour fabriquer des jeans qui répondent aux dernières tendances, insiste Nayla Ajaltouni. Et qu’ils boycottent les marques ayant encore recours au sablage. » L’ensablement de l’ouvrier à Paris sert justement de lancement à la campagne « Il est mortel ce jean ». Parmi les sept enseignes françaises contactées par le collectif « Ethique sur l’étiquette », trois ont déjà répondu positivement : Promod, Carrefour et Casino. Quant aux autres, à savoir Pimkie, Leclerc, Auchan et Kookaï, elles n’ont toujours pas donné suite. Pour les faire réagir, rendez-vous sur le site www.stop-au-sablage.org A l’échelle internationale, des poids lourds du secteur ont déjà banni la technique du sablage : H&M, Levi’s, Gucci, Esprit, G-Star…

Plus d’infos sur les alternatives au sablage et plus de conseils pratiques : Comment bien choisir son jean

Découvrez la vidéo de l’ensablage symbolique de l’ouvrier à Paris

IL EST MORTEL CE JEAN from GASP! FILMS on Vimeo.

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