Expérimentation animale, un espoir de sortie

12 millions. C’est le nombre d’animaux encore sacrifiés pour la recherche et le développement dans les laboratoires de l’Union Européenne. En tête de liste : lapins, souris et autres rongeurs utilisés dans 80% des tests. Les associations de défense des animaux se battent pour une recherche éthique et respectueuse du vivant, et encouragent un modèle d’alternative qui pourrait bientôt voir le jour.

De la mousse à raser ou du dentifrice enfoncés de force dans l´estomac, ça vous dit ? C’est le genre de traitement que subissent les animaux dans les laboratoires. Le plus courant : le test de Draize qui consiste à immobiliser un lapin, un animal qui ne secrète pas de larmes, et de lui verser dans l’œil des gouttes de produits chimiques utilisés dans l´industrie cosmétique pour voir la gravité des lésions oculaires qu’ils entrainent (irritation, brûlures…). Le lapin ne peut pas expulser le produit en pleurant et le test peut être mené à terme, rendant la majorité de ces rongeurs aveugles. En février 2011, la Peta (People for the ethical treatment of animals), un groupe de défense des animaux, avait aussi révélé que le géant anglo-néerlandais de l’agro-alimentaire Unilever utilisait régulièrement lapins, cochons et rats pour tester sa gamme de thé Lipton.

Une réglementation insuffisante

Pourtant, des textes encadrent ces pratiques. Actuellement c’est la directive européenne 86/609/CEE, devenue la Directive 2010/63/EU qui régule les expériences sur les animaux. En avril dernier, elle a été révisée. Bilan : 30 millions d’amis et d’autres associations la jugent insuffisante. Elle autorise les chercheurs à tester plusieurs fois l’animal tant que la douleur est considérée faible ou modérée, tout en laissant aux scientifiques la possibilité d’anesthésier ou non l’animal. Le texte autoriserait également les tests sur les chats, les chiens et les animaux domestiques errants.

Mais la pression exercée par les associations semble payer : dès 2013, les produits d’hygiène ou de beauté préalablement testés sur les animaux ne pourront être commercialisés en Europe. L’entrée en vigueur de ce texte n’est néanmoins pas certifiée : One Voice, association qui prône l’éthique du vivant et de l’animal, redoute que la Commission européenne ne recule la date de mise en application. Certains craignent aussi une délocalisation des laboratoires dans des pays moins regardants.

Vers une lueur d’espoir

La mobilisation ne doit donc pas faillir. One Voice a tout récemment amélioré son label pour que sa certification cible plus de produits de la consommation courante, comme les aliments, les vêtements, les produits d’entretien ou de jardinage. Le label certifie que le produit est bio, non expérimenté sur les animaux (ingrédients et formulation) et qu’il ne contient aucune substance animale (à l’exception du miel et de la cire d’abeille).

Depuis 2009, associations et fondations se sont également regroupées pour financer une méthode qui substituerait progressivement les tests sur cellules humaines aux tests sur animaux. Ce programme, orienté sur la Directive européenne Reach, mesure la toxicité de certaines substances chimiques pour l’homme. Sa fiabilité est de 70 à 82 % pour les effets de toxicité aiguë observés chez l’humain (contre 60 à 65 % pour les essais animaux). Plus de cent molécules de référence (médicaments, pesticides, additifs alimentaires…) ont déjà été testées avec succès, démontrant le large champ d’applications de l’expérience. Une méthode qui semble s’inspirer des expériences d’Outre-Manche. Les laboratoires anglais Pharagene utilisent des tissus humains et des modèles par ordinateur pour tester leurs produits, comme pour leur test « Irritation Assay Système », qui mesure le niveau d´irritation des substances grâce à un tissu synthétique qui imite la réaction de la cornée et de la peau.

Autre solution : adopter la philosophie de CAAT (Center for alternatives to animal testing). Le centre ne s’oppose pas à l’expérimentation animale mais encourage le développement de techniques alternatives pour la remplacer. Elle base son travail sur trois valeurs : « Remplacement », « Réduction » et « Raffinement ». Dans la première catégorie, on cherche des méthodes qui remplacent l’animal, soit complètement, soit de manière relative (utilisation de tissus ou cellules animales). Dans la phase de « Réduction », les scientifiques diminuent le nombre d’animaux sollicités. Enfin, en « Raffinement », on cherche à diminuer la douleur et le stress en ayant recours à des techniques moins invasives (ultrasons, IRM, utilisation d’organismes dits « inférieurs » comme les plantes ou les invertébrés).

La solution se trouverait-elle dans la demi-mesure ?


Delphine Rabasté, avec Alexia Decarme

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