Etait-il nécessaire de créer un ministère du Droit des femmes ?

Le 16 mai 2012, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confié à Najat Vallaud-Belkacem (34 ans) le portefeuille du Droit des femmes. Mais se doter d’un tel ministère est-il vraiment nécessaire ? Néoplanète organise le débat.

 

Yolaine de la Bigne, fondatrice et directrice de Néoplanète. Dans son livre« Sois belle et bats-toi ! » (La Martinière), elle défend l’idée d’un féminisme humaniste.

On peut se demander : créer un ministère du Droit des femmes, à quoi ça sert en 2012 ? Mais il faut se rendre à l’évidence: c’est nécessaire! Les humains sont trop conservateurs pour que les évolutions se fassent naturellement et tous les progrès de nos civilisations ont été acquis par des luttes, des dialogues, des lois et des obligations souvent financières.

Pour les droits des femmes, hélas, on cause, on cause mais on n’agit pas beaucoup. Comment accepter qu’une femme meurt tous les trois jours tuée par son compagnon ? Que les femmes violées n’osent porter plainte de peur d’être critiquées, dénigrées? Que 6000 petites filles soient excisées chaque année dans notre pays alors que la loi française l’interdit ? Que des milliers d’adolescentes (impossible de donner des chiffres exactes tant le problème reste tabou) soient mariées de force ? Que les femmes soient moins payées que les hommes à travail égal? etc. Il est nécessaire qu’un ministère enquête, informe et légifère. Ce n’est pas être « anti-homme » que de réclamer cette justice, bien au contraire. Il s’agit de défendre le droit au respect de tout être humain, quel que soit son sexe, sa couleur, ou sa caractéristique. On aide ainsi les femmes à mieux élever leurs petits garçons, à avoir des relations plus harmonieuses avec l’homme de leur vie et à développer une société évoluée et respectueuse de chacun.

« Toute vérité passe par trois étapes. Elle est tout d’abord ridiculisée. Elle est ensuite violemment combattue. Enfin, elle est admise comme étant évidente. » Schopenhauer

 

Patrick Guillot est enseignant, et auteur d’ouvrages sur les stéréotypes et les discriminations de genre. Il est cofondateur du Groupe d’études sur les sexismes (GES). Découvrez son dernier livre, La misandrie. Histoire et actualité du sexisme anti-hommes, ici.

La création d’un Ministère des droits des femmes n’est ni nécessaire, ni souhaitable. Depuis 1974 et sans interruption se sont succédé secrétariats d’Etat et ministères dédiés à la condition féminine, sous des appellations diverses. On peut donc faire un vrai bilan de leur action. Ils ont beaucoup travaillé, entre autres, les problèmes des violences familiales (faites aux femmes), des violences au travail (contre les femmes), de la promotion professionnelle (des femmes), de l’image (des femmes) véhiculée par les médias. Ce travail était légitime, et il a été utile.

Mais de ce fait et corrélativement, les mêmes problèmes affectant les hommes ont été complètement laissés de côté. Par quelque bout qu’on prenne la question, la sexuation de ce ministère n’a aucune raison d’être. N’existe-t-il pas des hommes victimes de violences conjugales, de mariages forcés ? Des employés masculins harcelés par leurs collègues ou supérieurs, y compris en tant qu’hommes ? L’image des hommes donnée par les médias n’est-elle pas souvent caricaturale ?

C’est injuste, et en plus c’est dangereux : du fait que les violences contre les hommes ne sont pas reconnues par l’Etat, l’opinion finit par croire qu’elles n’existent pas ; les victimes masculines, déjà peu enclines à se plaindre, ont d’autant plus honte et se cachent. Un ministère pour prévenir ou atténuer des souffrances diverses, pourquoi pas ? Mais à condition que ses bénéficiaires ne soient pas définis en fonction de leur sexe. C’est le minimum qu’on peut attendre d’un Etat républicain.

 

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