Espagne : polémique autour d’un hôtel édifié dans un parc naturel

Au « Parque Natural de Cabo de Gata-Níjar », en Andalousie, un énorme hôtel a été construit de manière illégale dans une zone protégée. Citoyens et associations écologiques ne cessent de protester depuis plusieurs années, en vain. Retour sur ce feuilleton judiciaire.

En novembre 2005, Greenpeace a occupé un hôtel gigantesque de 411 chambres et 21 étages. Pourquoi ? Car cet hôtel était alors en construction dans le « Parque Natural de Cabo de Gata-Níjar », dans la province d´Almería, au Sud-est de l´Espagne. L’association demandait déjà à l’époque sa démolition. L´hôtel, baptisé El Algarrobico, tient son nom de la plage voisine. La licence de construction a été donnée par la mairie de Carboneras, le petit village à laquelle appartient cette plage.


Pourquoi s’agit-il d´un hôtel illégal ? Parce qu’il ne viole pas une loi, mais deux ! D’abord la loi du Littoral qui stipule qu´il faut garder au moins 100 mètres entre le rivage et les zones constructibles. Ensuite la loi de Conservation des Espaces Naturels, qui atteste que le Parque de Cabo de Gata est un terrain non constructible. Comment est-il possible alors de construire un hôtel dans un endroit protégé ? Avec de l´argent, sûrement… Mais aussi avec la connivence des administrations impliquées, de la mairie de Carboneras au Gouvernement Régional d´Andalousie.

Après la protestation des organisations écologistes et des citoyens, le ministère de l´Environnement espagnol a commencé les formalités pour exproprier l´hôtel et le démolir plus tard. De son côté, le Gouvernement Régional andalou a publié sur son site Internet les cartes du controversé site naturel. Elles montraient clairement que la plage El Algarrobico était un lieu constructible. Reste cependant un problème : l´hôtel est à 14 mètres de la plage et non à 100 mètres… Malheureusement pour l´entreprise constructrice, Greenpeace a réussi à trouver les anciennes – et vraies – cartes de la zone qui montrent bien qu’il s’agit d’un lieu protégé et donc non constructible.

Et qu´est-ce qu´a fait le Gouvernement andalou devant cette situation ? Nier l´existence des anciennes cartes… Avant de présenter un nouveau « Plan de Ordenación de los Recursos Naturales del Parque Natural de Cabo de Gata-Níjar » (Plan d’Ordonnancement des Ressources naturelles du Parc Naturel de Cabot de Gata-Níjar). Un texte qui déprotège quelques endroits du parc naturel, dont la plage El Algarrobico, plage où justement l´hôtel se trouve. En 2006, les administrations publiques annoncent que l´hôtel va être démoli et que la zone abîmée va être restaurée. Un espoir ? Non, car l´hôtel a continué d´être construit malgré tout.

Changement de ministre, changement de décisions

Au printemps 2008, le changement de Gouvernement national n’a pas été de bon augure pour l´environnement espagnol. « Avant mars 2008, la ministre Cristina Narbona a annoncé la démolition de l´hôtel, rappelle Pilar Marcos de Greenpeace. Le Ministère a reconnu que les administrations publiques avaient mal fait. Mais, avec Elena Espinosa, la nouvelle ministre, tout a changé. Ils ont décidé que les terrains étaient constructibles. »

À la fin de 2009, l´hôtel accumulait 12 procédures judiciaires contre lui. Cependant, l´expropriation a été abandonnée avec comme prétexte une possible perte des fonds publics. « La démolition aurait pu être faite à n’importe quel moment, souligne Pilar Marcos. Mais maintenant, le Gouvernement soutient qu’avec la crise, la démolition revient trop chère à l´entreprise constructrice. Néanmoins, comme c´est un hôtel illégal, le prix à payer devrait d´être de zéro. C´est, donc, un manque de volonté politique. »

Le peuple conteste l’invasion d’hôtels dans le parc naturel

Hier, plus de 300 personnes ont manifesté à Cabo de Gata en scandant « Le parc naturel ne se vend pas ». Pourquoi ? Parce que comme Pilar Marcos a dit à Néoplanète : « L´hôtel El Algarrobico est la pointe de l´iceberg, car une dizaine d´hôtels comme celui-ci devraient voir le jour ». Un parc naturel, des plages vierges, le soleil… En voilà un « marché juteux » pour le secteur touristique. Effectivement, les administrations publiques ont approuvé la construction d´un nouvel hôtel de luxe dans le parc naturel de Cabo de Gata, dans la zone du Campillo, à côte de Las Salinas (les mines de sel). Par contre, cette fois c’est le Tribunal Suprême qui a validé la licence de construction et le Gouvernement Régional d´Andalousie qui s´y est opposé en s’abritant derrière la protection environnementale.

Encore un problème environnemental, encore des groupes écologistes qui dénoncent inlassablement la situation et encore des administrations publiques qui n’en ont que faire. « La loi du Littoral est bonne, insiste Pilar Marcos. Elle existe dans d´autres parties du monde. Elle a été éditée pour arrêter les constructions en bord de mer. Mais le Gouvernement régional andalou dit qu´elle ne sert à rien. »

http://www.greenpeace.org/espana/footer/search?sort=newest&q=algarrobico
http://www.elmundo.es/elmundo/2010/07/04/andalucia/1278263137.html

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