EXCLUSIF : NEOPLANETE RENCONTRE NOAH AVANT SON DEPART A NEW-YORK

A MON EPOQUE, L’ECOLOGIE, C’ETAIT UN TRUC POUR BABAS COOL !

Avant de partir aux Etats-Unis, Yannick Noah a accordé une interview à Néoplanète. Il quitte la France et part à New-York pour se ressourcer. Il veut partager plus de moments avec sa famille. Et il avoue que ce sont ses enfants qui l’ont sensibilisé à l’écologie et poussé à enregistrer « Aux arbres citoyens ».

Propos recueillis par Franck Rousseau

C’est sur la terrasse de sa villa, nichée au cœur d’une forêt des Yvelines que nous avons rencontré l’ami public numéro un des Français. Avant de partir s’installer pour une période d’un an à New-York, l’ancien tennisman reconverti dans la chanson a voulu jouer la carte de la transparence en matière d’environnement. Eh oui, des erreurs, Yannick en a fait avec la planète. En « jouisseur » de la vie, il a consommé et même gaspillé de l’énergie sans se soucier des lendemains. Des « erreurs » qu’il assume d’ailleurs pleinement et dont il parle ouvertement. Cette prise de conscience, il la doit à ses enfants. Grâce à eux, un nouveau grand champion est né. Celui de la cause verte…

C’est aujourd’hui officiel, vous vous installez à New York pendant un an. Avec femme et enfants. Qu’est-ce qui peut bien vous attirer aux Etats-Unis ?
Ma vie outre-Atlantique sera complètement différente de celle que je mène en France. Ce qui m’attire beaucoup aux Etats-Unis et surtout à New York, c’est que je vais devenir un anonyme. Là-bas, mon existence sera beaucoup plus spirituelle qu’ici. Je connais bien les « States ». Lorsque je jouais au tennis, j’ai été blessé. Ma convalescence a duré dix mois. Du coup, j’en ai profité pour rouler ma bosse à bord d’un mobile home ! Enfin, s’il y a bien une ville au monde que j’aime par dessus tout, c’est New York. Je descends dans la rue et je suis spectateur de la vie alors qu’en France, j’en suis constamment l’acteur !

Vous avez également dit que c’était un moyen de réunir votre famille ?
Oui, je lui dois bien ça. Ces derniers temps, je me suis consacré à fond à ma musique, à mes concerts, à ma passion, à mon public. Je suis fatigué. J’ai envie de me ressourcer au milieu des miens, partager plus de moments avec mes enfants. Je veux les voir grandir !

On a tous un mentor dans la vie, quelqu’un qui nous montre le chemin. Qui est le mentor de Yannick Noah ?
Bob Marley. Il m’a influencé à tous les niveaux. C’est lui qui m’a enseigné à être à l’écoute des autres. C’est surtout lui qui m’a appris à donner de l’amour. A m’ouvrir sur le monde. A fédérer. Au niveau de la religion, je me sens un peu Rasta, j’ai aussi un peu « touché » au bouddhisme. Je prends ce qu’il y a du bien dans chacune de ces philosophies. J’englobe le tout. Je déteste les extrêmes. Je ne fais pas partie d’une « association de Français » ou d’une « association de Blacks ».

Et quel est votre héros aujourd’hui ?
Obama ! Je fonde tellement d’espoir en lui et je ne pense pas être le seul ! Lui seul pourra redonner un visage humain aux USA !

Pendant votre « exil » américain, vous reverra-t-on sur les plateaux de la télévision française ?
Qui sait ? J’ai enregistré mon dernier disque il y a deux ans puis j’ai enchaîné avec une tournée très exigeante physiquement. Aujourd’hui, je n’aspire qu’à une chose. M’arrêter. Trois ou quatre ans, je ne sais pas encore. Peut-être serais-je contraint de recommencer plus tôt, je n’en sais rien. Ce que je sais, en revanche, c’est que dans mon esprit, il va se passer quelque temps. Je dois me reposer. Prendre du recul pour mieux me ressourcer !

Si vous deviez emporter une seule chose « made in France » dans vos valises, ça serait quoi ?
Le droit d’être contre ! (rires) Le Français que j’aime, il s’oppose, il ouvre sa gueule. Les deux dernières campagnes aux présidentielles américaines, que j’ai suivies en « live », je les ai trouvées affligeantes. J’avais le sentiment que je vivais au milieu d’un peuple de moutons. C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai senti une sorte de fierté cocardière monter en moi…

Vous avez déclaré un jour que si Nicolas Sarkozy devenait président, vous quitteriez la France. Ce départ aux Etats-Unis est-il politique également…
L’élection de Sarkozy a été la goutte qui a fait déborder le vase. Mais la vraie raison qui me pousse à partir, je le répète, c’est de réunir mes enfants et de jouer mon rôle de patriarche ! (rires) Maintenant s’il y a bien quelque chose que je déplore en France, c’est la mainmise du pouvoir sur les médias. Je trouve ça très grave ! J’ajoute même que cela m’inquiète au plus haut point !

Si demain Nicolas Sarkozy ou François Fillon vous proposait le portefeuille de Ministre des Sports, vous l’accepteriez ?
(longue pause). Je ne ferai pas pire que ce qui a été fait depuis vingt ans ! Mais cette vie ne m’intéresse pas ! Il y a quelques années, on m’avait approché pour un portefeuille et j’avais décliné cette offre. Entre nous, je préfère rester dans le milieu associatif. Gérer des petits projets que j’arrive à mener à bien ! Evidemment, je pourrais avoir un bureau dans un ministère, y passer de temps en temps pour y donner des conseils amicalement – pour peu que mes idées aient un poids. Seulement voilà, j’ai connu trop de ministres dont le seul objectif était d’être ministre ! Dès qu’ils ont atteint cet objectif, ils ne font plus rien alors que cela devrait être le début de l’histoire, de l’action ! En plus, pour se lancer dans ce genre de mission, il faut avoir un espace total ! Et moi, cet espace aujourd’hui, je veux le donner à ma famille. J’ai passé trop de temps loin de miens !

Et le Ministère de l’Environnement ?
Cela mériterait réflexion. Mais je n’ai aucune compétence en la matière ! (rires)

On connaît le Yannick tennisman, le Yannick chanteur, le Yannick au grand cœur. Qu’en est-il du Yannick éco civique…
Ce sont mes plus jeunes filles, Elijah 12 ans et Jénayé, 11 ans (Ndlr : fruits de son union avec le mannequin Heather Stewart-Whythe) qui m’ont fait prendre conscience qu’il fallait que je change mes désastreuses habitudes. Leurs institutrices respectives venaient de leur enseigner les rudiments de l’écologie. Je me souviens que le premier cours qu’elles avaient reçu concernait la préservation de l’eau. A écouter mes gamines, papa ne devait plus utiliser d’eau pour se raser et ne prendre qu’un bain par semaine ! (rires). Ce qui m’a surtout bluffé, c’est le sérieux avec lequel elles défendaient la cause environnementale. Moi, à leur âge, j’étais ignare en la matière…

Vous exagérez…
Mais pas du tout ! A mon époque, lorsqu’on parlait « écologie », ça nous faisait doucement marrer. C’était un truc pour des « babas cool » qui marchaient à côté de leurs pompes et qui fumaient de la marijuana ! On avait surtout le sentiment que la sauvegarde de la planète, ça n’était pas un problème immédiat mais un problème du futur. Un problème qui nous toucherait que dans un ou deux siècles ! Ce sont mes filles d’ailleurs qui m’ont poussé à enregistrer « Aux Arbres citoyens » et le clip « écolo » qui allait avec. J’étais loin de m’imaginer que cette chanson destinée à la fois aux enfants et à leurs parents allait avoir un tel impact !

Ce sont donc vos enfants qui vous ont instruit ?
Incontestablement ! Ce sont eux qui m’ont insufflé cette énergie. Avouons-le, avant, j’étais aveuglé par ma carrière, par le désir d’être aimé par le public. L’environnement, c’était de l’accessoire pour moi. Même lorsque j’étais en vacances. Je fais du bateau depuis vingt cinq ans. Avant, quand je pêchais, je ne me posais pas de questions, je lançais ma canne et je remontais du poisson sans trop de problèmes. Aujourd’hui, je constate que certaines zones en mer sont beaucoup moins poissonneuses qu’auparavant. Bref, que la planète n’est pas un « libre-service » avec des ressources illimitées…

Vous qui avez bourlingué aux quatre coins de la planète, quels sont les pays que vous avez visités qui vous ont le plus « bluffé » en terme de prise de conscience verte ?
Comme vous le savez, j’ai deux enfants (Ndlr Joakin, basketteur et Yéléna), dont la maman est Suédoise (Ndlr :Cécilia Rhode, ancien mannequin et Miss Suéde 78). Quand vous vous rendez dans ce pays, personne ne s’étonne de voir les gens se balader à poil et vivre près de la nature. C’est dans le sang, dans les gênes. La dernière fois que je me suis rendu en Suède, c’était il y a deux ans. C’est aussi la dernière fois que j’ai eu l’occasion de boire l’eau d’une rivière sans me poser de questions sur sa pureté ! Il m’est arrivé aussi de plonger dans les rivières-là bas. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas de canettes de bières ou de pneus qui gisent au fond de l’eau. Comparé à l’Afrique, la Suède, il est vrai, a les moyens de sa politique. C’est même l’une des priorités « number one » dans ce pays !

Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe en Afrique ?
L’Afrique, c’est la catastrophe d’un point de vue écologique. L’Afrique, c’est la poubelle de l’Occident. Là-bas, les gens ne sont pas concernés. Ils ont, pour l’heure, d’autres problèmes à gérer. Comme le sida, la malnutrition, la pollution des nappes phréatiques, le déboisement des forêts… Sur le continent noir, lorsque vous parlez de l’environnement, les gens ont le sentiment que vous leur parlez de problèmes qui ne concernent que les riches ! Pour eux, la seule qui chose qui compte dans l’immédiat, c’est de survivre. Le reste, ça relève du superflu, de l’anecdotique ! Ils n’arrivent pas à se projeter !

Mais au Cameroun, lorsque vous vous retrouvez sur la terre de vos ancêtres, est-ce que vous essayez de leur ouvrir les yeux ?
Ce n’est pas évident de dire à quelqu’un qui crève de faim : « Recycle tes ordures et essaye de manger bio ! ». Une chose est sûre, la prise de conscience sur les questions de l’environnement en Afrique se fera grâce aux nouvelles générations. Les anciens sont beaucoup trop « conditionnés » pour changer de comportement. Mais il faudra donner du temps au temps. Vous ne pouvez pas, en claquant des doigts, changer des décennies de gabegies énergétiques et de mauvaises habitudes parce qu’un fonctionnaire blanc assis dans un bureau à un jour décrété qu’il fallait désormais revoir sa façon de consommer. Facile à dire pour quelqu’un qui a de quoi remplir son assiette quotidiennement.

A New York, vous comptez montrer le bon exemple écolo aux Américains ?
Je pense que l’on fait un vrai procès d’intention aux USA. Les Américains, pris en tant qu’individus, sont beaucoup plus soucieux de l’environnement qu’on ne l’imagine. Les vrais pollueurs, je pense, ce sont les grosses industries qui se moquent complètement de la quantité de CO2 qu’ils dégagent dans l’atmosphère. Et non pas le citoyen lambda !

D’un autre côté, nous sommes dans votre maison, je vois un gros 4X4 garé derrière moi. N’êtes-vous pas un peu en contradiction avec votre discours « écolo » ?
J’avoue avoir fait une « connerie » à ce niveau-là ! Quand je l’ai commandé, j’avais pris le modèle qui fonctionnait au bioéthanol. Bêtement, j’avais cru comprendre qu’il avançait avec le carburant du futur. Jusqu’au moment où on me l’a livré. Là, je me suis aperçu qu’il y avait , comme qui dirait, un gros problème de communication !!! (rires)

Vous comptez « investir » dans quel type de véhicule lorsque vous partirez vivre aux Etats-Unis ?
Dans le même modèle ! Mais en électrique ! Je ne ferai pas deux fois la même connerie (rires)

En tant que citoyen, le Grenelle de l’environnement, vous avez perçu cela comme une vraie avancée ?
Il y a deux façons de voir ce type d’action. D’un côté, vous avez les sous motivés qui vous disent que c’est une goutte d’eau dans un océan d’inutilité et puis vous avez les autres, les « positifs » qui partent du principe qu’il s’agit d’un pas en avant. Alors, même si ce n’est pas un pas de géant, ça reste une avancée. Ne crachons donc pas sur cette initiative éco-civique et espérons que les promesses ne seront pas des paroles en l’air…

Photos : Franck Rousseau

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…