COP21 :

Enfin un pacte universel pour lutter contre le changement climatique

Le premier accord universel jamais conclu pour lutter contre le changement climatique a été adopté ce 12 décembre à Paris par les 195 pays de la communauté internationale, après douze jours de négociations intenses au cours desquelles les intérêts nationaux ont souvent prévalu sur l’intérêt général.

Capture-d’écran-2015-12-07-à-12.18.18

Alors qu’à Kyoto en 1997, seuls 37 pays ‘industrialisés’ étaient concernés par une baisse de 5% de leurs émissions, à Paris en 2015 ce sont tous les pays du monde qui s’engagent, des plus pauvres Africains aux riches Américains et Européens en passant par les « nouveaux riches » que sont devenus les Chinois et les rois du pétrole qui ont freiné des quatre fers.

Pour Laurent Fabius, dont tout le monde s’accorde à dire qu’il a mené les négociations de main de maître, il s’agit d’un accord « ambitieux et équilibré, juste, durable et dynamique », mais il ne sera contraignant que sur certains aspects. Rassurant pour les pays vulnérables : les financements pour l’adaptation seront bien à la hauteur de ce qui était espéré, c’est-à-dire 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 et davantage ensuite.

Le ‘pacte de Paris’ met la barre très haut : maintenir d’ici 2100 l’élévation de la température moyenne du globe sous un plafond de 2 degrés – alors que nous avons déjà atteint 1° de plus. Si le plafond de 1,5 degré souhaité par les pays les plus menacés ne semble pas tenable, l’important est de savoir comment on va s’y prendre pour éviter un trop fort réchauffement. Or les engagements des pays sont insuffisants et crèvent le plafond des 2 degrés pour conduire à un réchauffement qui se situerait entre 2,7 et 3,7 degrés, selon les calculs des scientifiques.

Alors que Kyoto exigeait une baisse chiffrée des émissions carbonées, Paris évoque seulement la « neutralité carbone » et encore seulement lors de la deuxième moitié du siècle, et non un objectif « zéro CO2 » en 2050.  Un tel compromis visait à ne pas contrarier les pays pétroliers et les asiatiques dépendant du charbon qui ont fait sauter l’objectif d’une baisse de 40 % à 70 %, voire davantage, d’ici à 2050, ce que les scientifiques avaient jugé indispensable. Seul a été retenu « un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible ».

Toujours sous l’influence de lobbies très puissants, certains secteurs d’activité sont carrément passés à la trappe, comme l’aviation civile et le transport maritime. Ils représentent pourtant près de 10 % des émissions mondiales, soit autant que l’Allemagne et la Grande-Bretagne réunies. Autre absente de taille, l’alimentation, un secteur aussi émetteur que le bâtiment et qui subira fortement l’impact du réchauffement. Idem pour les pertes et dommages : on reconnaît l’importance de les prévenir mais sans système de compensation.

Plusieurs solutions s’offrent désormais à nous parmi d’autres pour relever les ambitions :

1 – Se revoir rapidement pour mettre sur la table des engagements plus importants, ce qui sera le cas mais tous les cinq ans, soit en 2024 puisque l’accord entrera en vigueur en 2020. Un « dialogue facilitateur » sera cependant engagé dès 2018.

2 – Rendre des mesures efficaces en particulier en développant les alternatives dans tous les domaines d’activités : bâtiment, transport, énergie – grâce aux énergies renouvelables, dont il a été beaucoup question dans les couloirs de la COP.  Et cela ne dépend que de la volonté de chaque pays, de la société civile et des entreprises de se lancer et d’aider ceux qui n’en ont pas les moyens.

3 – Faire évoluer la diplomatie climatique, trop lourde et inadaptée car souvent condamnée à l’impuissance puisque toutes les décisions doivent être prises selon la règle intangible du consensus. L’opposition d’un seul pays suffit à bloquer la machine. Des alliances moins formelles, par exemple entre les pays les plus ambitieux, pourraient tracer de nouvelles voies. Les grandes villes du monde ont donné l’exemple en affichant leur volonté de passer à 100% d’énergies renouvelables en 2050. De nombreuses entreprises ont compris que leur intérêt passait par une économie bas-carbone. Et tout le monde peut agir à son niveau.

4 – Donner un prix au carbone. La COP est passée à côté alors qu’économistes et scientifiques plaident pour qu’on donne un vrai prix au carbone, une des façons les plus efficaces d’adapter l’économie à la nouvelle donne.

Si nous sommes loin de la volonté affichée le premier jour par les chefs d’Etat réunis à Paris, l’accord n’est boudé par personne tellement la crainte de la répétition de la COP de Copenhague en 2009 était présente dans tous les esprits. Certains sont restés sur leur faim mais c’est un accord mondial, un cadre qui pourra évoluer, un point de départ et aussi un formidable outil de prise de conscience de la réalité du dérèglement climatique.

Pour entrer en vigueur en 2020, l’accord devra être approuvé d’une façon ou d’une autre par au moins 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

un accord mondial

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.