Interdiction des néonics :

Encore 4 ans de poison pour les ruches ?!

Deux heures de débat, 36 voix contre 31. Le projet de loi de reconquête de la biodiversité a été voté à grand peine par les députés dans la nuit de mardi à mercredi. Cette nouvelle lecture concernait entre autres les conditions d’interdiction des néonicotinoïdes ; ces insecticides agissent sur le système nerveux des insectes et ont pour effet secondaire de décimer graduellement la population des abeilles… Si l’interdiction prend effet en septembre 2018, un amendement très controversé prévoit d’accorder des dérogations jusqu’en 2020.

Proposé le 26 mars 2014 par le ministre de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie, le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages (son nom complet) vise à « faire évoluer les grands principes qui structurent la politique de conservation de la biodiversité en introduisant une vision dynamique des écosystèmes ». Après son édulcoration à la sortie de la deuxième lecture par le Sénat en mai 2016, c’est un accord qualifié par beaucoup de « bancal » qui a été atteint : malgré les exhortations de Barbara Pompili, la secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, le consensus n’a pas été atteint.

Une quasi interdiction des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018

Que prévoit finalement le projet de loi en ce qui concerne les néonicotinoïdes ? Leur interdiction, premièrement. C’est une évolution positive : l’ensemble des députés s’entendait sur la nécessité d’arrêter d’utiliser ces pesticides, qui déciment petit à petit la population des abeilles. Ceux-ci impactent directement leur système nerveux, ce qui peut les désorienter ou les empêcher de se reproduire et ainsi nuire à la santé de ruches entières… Si cette interdiction prend effet en septembre 2018, un amendement déposé par la rapporteure Geneviève Gaillard (PS) prévoit que « des dérogations à cette interdiction pourront être prises par un arrêté conjoint des ministres chargés de l’agriculture, de l’environnement et de la santé »  jusqu’au 1er juillet 2020, en s’appuyant sur les travaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Un accord « irresponsable » pour les associations environnementales

Cet amendement a provoqué le mécontentement d’un certain nombre d’associations, à l’image de Générations Futures, une association pour la défense de l’environnement. « Sachant que ces pesticides néonicotinoïdes déciment environ 300 000 colonies d’abeilles tous les ans en France, ce sont donc 1 200 000 colonies d’abeilles dont l’Assemblée nationale vient de décider froidement de la disparition en France au cours des quatre prochaines années ! », s’exclame le porte-parole François Veillerette, qualifiant ce vote « d’irresponsable ». « Le Gouvernement doit se reprendre et envisager une réelle interdiction dès 2018 au plus tard ! », martèle-t-il.

Réaction de Bernard Pancher (UDI) à cette absence de consensus

Des parlementaires de tous bords ont eux appelé « au sens de la mesure », comme l’explique Bernard Pancher, le représentant du groupe UDI, dans un communiqué de presse. Pour ces parlementaires, fixer l’interdiction en 2020 plutôt qu’en 2018 est « indispensable à l’adaptation et à la commercialisation de produits de substitution ». Bernard Pancher invoque notamment le risque pour le monde agricole qui subit une forte crise économique. Ce qui pour Générations futures constitue un « recul face aux pressions de la FNSEA et des lobbies agrochimiques » est pour Bernard Pancher « une faute politique qui laissera des traces », supposément au sein du monde agricole.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Les députés ont-ils été trop laxistes quant à la protection des abeilles ? Aurait-il fallu accorder plus de temps d’adaptation aux agriculteurs ? Le compromis vous semble-t-il équilibré ? Le texte sera encore sujet à une navette avec le Sénat, avant l’ultime vote de l’Assemblée Nationale qui aura le dernier mot. Rendez-vous en juillet !

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Marion Lefevre

Etudiante en sciences politiques et désirant faire du journalisme son métier. Jusqu'ici assez peu informée en terme d'écologie, c'est au contact de quelques amis vegan et végétariens que j'ai commencé à m'intéresser aux problématiques environnementales. J'étudierai l'année prochaine au sein d'une université montréalaise, où j'espère bien pouvoir en apprendre davantage sur l'écologie sauce québécoise !