Océans :

Encore 10 ! Pourquoi les baleines échouent-elles ?

Nous apprenions hier l’échouage de 10 baleines à Calais, sur les côtes de la Manche. Parmi elles, 6 étaient mortes à l’arrivée des secours. Les 4 autres ont été remises à la mer mais ce ne fut pas suffisant pour l’une d’entre elles qui n’a pas survécu. Des chercheurs de l’Université de La Rochelle et de l’Université de Liège ont décidé de se rendre sur place… Explications.

Globicéphales noirs
Globicéphales noirs

Communiqué diffusé par l’université de La Rochelle :

Les faits

Ce lundi 2 novembre 2015, au petit matin, 10 globicéphales noirs (Globicephala melas) ont été retrouvés échoués à marée basse sur la grande plage de Calais. Services municipaux, services de l’État (sapeurs-pompiers) et correspondants du RNE (Réseau National Echouages) se sont rapidement mobilisés pour remettre à l’eau et sauver ainsi 3 des 4 individus encore vivants au moment de la découverte. Pour les individus retrouvés morts, l’Observatoire Systèmes d’Observation pour la Conservation des Mammifères et Oiseaux Marins – PELAGIS (Université de La Rochelle/CNRS et coordinateur scientifique du RNE) et l’Université de Liège vont envoyer, d’ici demain, des équipes pour épauler les correspondants locaux du RNE (Coordination Mammalogique du Nord de la France) afin de réaliser les examens, de collecter des prélèvements et tenter d’apporter des informations sur la possible cause de cet échouage.

Les échouages de mammifères marins sur nos côtes

Les échouages de mammifères marins sur les côtes françaises sont réguliers, plus d’un millier de cas est recensé chaque année par le RNE. Dans la majorité des cas, il s’agit d’animaux morts en mer et échoués de manière isolée après plusieurs jours de dérive, les causes de mortalités sont variées.

L’échouage en masse est un phénomène beaucoup plus rare, il se définit comme l’échouage simultané de plusieurs cétacés vivants, (au moins 2 ou plus et hors couple mère/jeune). Ces événements se présentent à plusieurs échelles en fonction du nombre d’individus, de leur taille, de l’accès au site d’échouage et de l’environnement (topographie, marée, météorologie). Dans les cas enregistrés par le RNE, il s’agit le plus souvent de groupes de petits cétacés inférieurs à 10 individus, sauf quelques cas exceptionnels comme 150 dauphins communs échoués vivants sur les Côtes d’Armor en 2003, 3 grands cachalots échoués vivants dans les Landes en 2001 ou encore 96 globicéphales noirs à l’ile d’Yeu en Vendée en 1963.

Le globicéphale noir est une espèce qui fréquente de manière régulière les eaux françaises. Les observations lors des campagnes en mer sont fréquentes chaque année. Dans le golfe de Gascogne la population est estimée entre 2 000 et 4 000 individus en fonction de la saison (programme d’observation SAMM – données Observatoire PELAGIS). Les échouages sont également réguliers avec un gradient sud-nord : 360 échouages enregistrés depuis 1990, dont 310 sur la façade Atlantique et 50 en Manche. En Manche orientale, les échouages sont plus rares avec 11 cas depuis 1990 et 6 pour la région Nord-Pas de Calais, dont les derniers : à Sangatte en 1994 et à Bray-Dunes en 2000. Les données d’observations en mer et d’échouages suggèrent que l’espèce fréquente bien la Manche et le sud de la Mer du Nord mais de manière irrégulière.

Les causes possibles

Les échouages en masse concernent généralement des espèces grégaires formant des unités sociales stables. Les causes de ces échouages sont multiples, elles peuvent être naturelles comme un accident lié à la topographie et à la marée, ou à une pathologie (virale, bactérienne ou parasitaire) touchant un des individus, entrainant le reste du groupe. Il s’agit des raisons les plus fréquentes dans ce type d’échouage.

La cause peut être également d’origine anthropique, comme une activité humaine ponctuellement bruyante pouvant générer un état de stress et de fuite vers la côte où, des dommages irréversibles sur leur oreille interne provoquant des troubles de l’orientation. Un lien éventuel avec la pollution due au naufrage du Flinterstar devrait être rapidement écarté.

L’Observatoire PELAGIS a pris contact avec ses homologues belges et anglais afin de lister les éventuelles activités humaines inhabituellement bruyantes dans la zone ces derniers jours (en dehors des activités régulières comme le trafic maritime). »

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