Elevage : l’usage des antibiotiques pointé du doigt

L’injection massive d’antibiotiques chez les animaux d’élevage pourrait mettre en danger la santé de l’homme en renforçant sa résistance aux traitements médicaux. Et d’après un récent rapport de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), les quantités d’antibiotiques vendus ont baissé de 19,3 %, mais l’exposition des animaux aux antibiotiques a progressé de 12,6% entre 1999 et 2009.

A cause d’une forte promiscuité et de conditions sanitaires à revoir, les élevages intensifs exposent les animaux à de nombreuses maladies. Pour limiter la mortalité, la filière est très consommatrice d’antibiotiques : plus de 1 000 tonnes ont été vendues en France en 2009. Près de 92% de ces antibiotiques étaient destinés aux élevages d’animaux (viande, lait, œufs), le reste était utilisé pour les animaux de compagnie. 44% du tonnage vendu se retrouvait dans les élevages de cochons, 22% dans ceux de volaille et 16% aux élevages de bovins. Le hic ? L’utilisation massive d’antibiotiques renforce certaines bactéries qui, une fois transmises à l’homme via l’alimentation, réduisent l’efficacité des traitements dans les hôpitaux. Selon l’Institut de veille sanitaire, ces « bactéries peuvent (…) être rejetées dans l’environnement avec les excréments animaux, être présentes dans l’eau, contaminer la viande lors de l’abattage et se retrouver dans nos assiettes si la température de cuisson est insuffisante pour les détruire. »


L’antibiorésistance, comprenez « résistance aux antibiotiques », due à l’alimentation est la deuxième cause de maladie incurable chez l’homme, la première étant sa propre consommation d’antibiotiques. Comme il l’expliquait dans l’émission Pièces à conviction diffusée en juin dernier, Antoine Andremont, chef du laboratoire de bactériologie médicale à l’hôpital Bichat, juge que cette antibiorésistance constitue « une menace extrêmement sérieuse pour l’avenir. » Menace si sérieuse que l’Union Européenne a condamné et interdit l’utilisation d’additifs alimentaires comme facteurs de croissance en 2000 et 2006.

La baisse des quantités vendues (-19,3%) est essentiellement due au remplacement de certains antibiotiques par des molécules récentes plus actives. Ainsi, les tétracyclines et les sulfamides ont été moins utilisées, alors que le recours aux fluoroquinolones et céphalosporines a augmenté (respectivement de 49 et 106% entre 1999 et 2009). Au rapport de préciser : « Ces molécules ont une activité antibiotique accrue par rapport aux molécules les plus anciennes, c’est-à-dire que les doses sont plus faibles pour obtenir la même efficacité clinique. Les Fluoroquinolones et les Céphalosporines sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine car elles constituent parfois la seule possibilité de traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme. L’augmentation de leur utilisation en médecine vétérinaire doit donc être analysée avec attention dans les différentes espèces animales. »

Seule l’agriculture biologique semble garantir un contrôle strict des usages de médicaments. Le cahier des charges n’interdit pas les antibiotiques mais en limite l’utilisation : ils ne peuvent être administrés qu’en traitement curatif et non de manière préventive, comme dans les élevages industriels. Une pratique qui assure la bonne santé des animaux et des conditions d’élevages saines.


Jacqueline Bastien, vétérinaire en Auvergne, exerce depuis 30 ans. Selon elle, les professionnels ont recours aux antibiotiques de manière raisonnée.

Les critiques sur l’utilisation excessive de médicaments en élevage sont-elles justifiées selon vous ?

Non, les animaux reçoivent des antibiotiques lorsqu’ils sont malades et qu’ils en ont besoin. Il n’y a pas de surdosage. Le devoir des vétérinaires est d’administrer ces antiobiotiques que si besoin est. Nous savons que ces médicaments sont précieux et c’est dans l’intéret des hommes comme des animaux d’y avoir recours de manière raisonnée.

Les antibiotiques prescrits aux animaux peuvent-ils avoir des conséquences sur la santé humaine ?

Aucune étude scientifique ne le prouve. Aujourd’hui, on sait qu’une communauté de germes circule entre hommes et animaux, mais nos caractéristiques génétiques ne sont pas les mêmes. L’antiobiorésistance de l’homme n’est donc pas forcément la même chez l’animal. Mais pour éviter les risques, des précautions sont prises. Par exemple, un délais d’attente est fixé par le fabriquant de médicaments entre l’administration de l’antiobiotique et l’abattage. Cela permet d’éliminer les traces de produits dans le corps de l’animal.

« Les antibiotiques, c’est pas automatique »… même pour les animaux ?

Oui, des pratiques alternatives existent ! Dans la mesure du possible, nous vaccinons les bêtes. Nous renforcons aussi les mesures d’hygiène dans les élevages. La profession prend très à coeur le débat sur les antibiotiques. Le Ministère de l’Agriculture et l’Agence du médicament viennent d’ailleurs de lancer un « Comité National pour le bon usage des antibiotiques » qui cherchera des pistes pour diminuer leur usage.

Le rapport de l’ANMV met en avant les Fluoroquinolones et les Céphalosporines. Pourquoi ?

Ces médicaments, récemment mis sur le marché, ont une efficacité supérieure pour certaines maladies. Ils sont beaucoup utilisés parce qu’ils viennent de sortir. Mais c’est du ressort de chaque vétérinaire de jongler entre les médicaments anciens et les plus récents. Personnellement, j’évite de donner les molécules récentes pour préserver leur efficacité même si, bien entendu, c’est dans l’ordre des choses que les microbes deviennent plus résistants.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone