Ecophyto en Champagne-Ardenne : pour une baisse des produits phytosanitaires

Répulsifs, insecticides, herbicides, fongicides… la liste des produits phytosanitaires, ces substances utilisées pour protéger les végétaux, est longue. Avec les engrais, ils sont l’une des principales sources de pollution des eaux du secteur agricole. En 2008, suite au Grenelle de l’environnement, est né le plan Ecophyto 2018. Il vise à réduire de 50% l’usage des pesticides au niveau national en dix ans. Une mission relayée par les Chambres régionales d’agriculture. Reportage en Champagne-Ardenne.

« A peine 5% des terres agricoles font du bio, mais les autres ? », s’exclame Didier Marteau, président de la Chambre d’agriculture de l’Aube. Elles polluent en utilisant près de 76 100 tonnes de substances actives (1). Questions quantités, les fongicides -contre les champignons- arrivaient en première position, représentant 49% du volume, les herbicides 34%, les insecticides 3% et les autres produits 14%. En 2005, la France était ainsi le 3e consommateur mondial de pesticides et le 1er utilisateur européen.

Pour quitter le haut du podium, le gouvernement a instauré le plan Ecophyto 2018 dont l’objectif est de réduire la dépendance des exploitants aux produits phytos. Il comprend plusieurs volets : une taxation sur l’utilisation des produits, dont les sommes permettent de financer la formation des agriculteurs, via le Bulletin de santé du végétal (BSV), un document hebdomadaire relatif à la situation phytosanitaire (insectes, maladies…) de la région, et le Certiphyto, déjà remis à 127 000 exploitants volontaires (même s’il sera obligatoire en 2014).


Ce diplôme sanctionne la bonne utilisation des différents produits. « D’après nos retours de satisfaction, 60% des agriculteurs sont intéressés, explique Didier Marteau. Les gens ont fait le pas, surtout les jeunes et ceux poussés par des femmes, car ils s’inquiètent pour leur santé lorsqu’ils sont exposés à des produits chimiques. » Les Chambres régionales d’agriculture développent également la recherche de méthodes de substitution et mettent en place un réseau de fermes expérimentales (Dephy) pour adapter à grande échelle les changements du système de production.











En matière d’expérimentation, le site central de Thibie excelle depuis 1989. Il a été choisi pour mener l’étude Phyteau-Ref qui mesure des traces éventuelles de produits dans l’eau en profondeur. Sur les trois hectares, diverses cultures d’orge de printemps, de betteraves, de blé d’hiver et de colza d’hiver sont testées.

Sur une partie de la parcelle, l’Arep (Association régionale d’étude des productions végétales en Champagne) pratique le non-labour : il limite le niveau du stock semencier dans le sol et permet d’enfouir les graines si le désherbage a échoué. Sur une autre, on teste le « zéro phyto » depuis 2008. Plus loin, l’Arep change la rotation des cultures, très utile pour perturber le cycle des adventices (mauvaises herbes), aider à l’absorption de l’eau ou à la prévention des insectes. Enfin, on limite les transferts de phyto par le désherbinage, le choix des produits ou en utilisant des doses réduites. A cela s’ajoutent 32 plaques lysimétriques qui captent et récoltent l’eau sortant du système (reliée à une bonbonne) pour, in fine, étudier le niveau de pollution des eaux et acquérir des références.

Selon Didier Marteau, « les agriculteurs sont prêts à accepter des pertes de culture en utilisant moins de produits phytosanitaires. Il y a eu un changement de mentalité. Avant, il fallait avoir le plus gros tracteur, mais aujourd’hui, la rentabilité économique motive aussi. Et les produits phyto sont chers ! »

Résultats, les producteurs s’y mettent. Jean-François Perrare cultive sur 99 hectares du blé, des pois d’hiver, du colza et de l’orge. Selon lui, « on y arrivait plus avec la chimie. Il fallait changer le système. » Ce qu’il met en pratique ? « Je cultive le colza après le pois d’hiver, parce qu’il m’apporte des solutions de désherbage, je n’utilise qu’un seul fongicide, j’ai placé des pièges sur mon champ de colza (bac jaune qui capture les insectes dans du liquide), je surveille mes hectares… J’ai même essayé les produits biologiques ! » Rémi André, lui, met du blé dans ses vignes pour qu’il désherbe son champ.

Pour Sébastien Sanchez, récoltant-manipulant à Cumières, ces nouvelles pratiques font redécouvrir aux agriculteurs leur culture. « On se rapproche de notre vigne : on la surveille de haut en bas, on regarde la météo… ». Autre solution : le piégeage sexuel. Des hormones féminines sont diffusées pour attirer les mâles, ce qui évite la prolifération d’insectes. Cette technique est particulièrement employée dans les champs de blé, attaqués par les femelles Cécidomyie qui pondent dans les épis et dont les petits se nourrissent des grains.

Qu’en est-il des résultats ? Difficile de se faire une idée : le programme, voté fin 2008, n’a vu le jour qu’en 2009. Le Nodu, l’indicateur pour le Nombre de doses unités, est passé de 67 millions en 2008 à 65 millions en 2009, mais cette évolution est à confirmer : les chiffres sont plus réalistes sur le long terme. Des quatre grands groupes de produits, seuls les herbicides connaissent une légère hausse car en 2009, le désherbage reste le premier poste d’utilisation des phytos. Il est suivi par les fongicides et les insecticides.

A noter toutefois : le plan Ecophyto ne concerne pas seulement le milieu agricole mais près d’un million de personnes en France. Conseillers agricoles, agents de la DDE (Direction départementale de l’équipement), de la SNCF, employés espaces verts des mairies… tous les utilisateurs professionnels de produits phytosanitaires seront soumis au Certiphyto. Bien sûr, dans votre jardin aussi vous pouvez agir. Pensez à adopter de bons gestes !

(1) quantités vendues en 2004. Étude de l’Inra -Institut scientifique de recherche agronomique- et le Cemagref, un organisme de recherche spécialisé en sciences et technologies pour l’environnement.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone