Ecologie : Pitt ne se Brad-era jamais ! ENTRETIEN EXCLUSIF

Brad Pitt : L’homme qui a redonné le sourire à la Louisiane

Depuis des années, ce quadra sexy est connu pour faire léviter les dames,  pour faire imploser le box-office et pour alimenter les gazettes « people ». Brad Pitt est pourtant bien plus qu’un sex symbol, c’est l’un des rares acteurs à s’être à ce point investi pour la cause écologique. Passionné d’architecture,  Monsieur Angelina Jolie à la ville a su mettre son talent et sa générosité au service des plus démunis. Ebranlé par le drame du cyclone Katrina qui frappa durement la Louisiane en 2005, la star s’est lancée dans un ambitieux programme de reconstruction d’un quartier de la Nouvelle-Orléans. Sous les bons auspices de Brad, les premières maisons « vertes »  viennent d’être livrées. Et ce n’est-là qu’un début…

En roulant sur l’autoroute de Los Angeles et en voyant ces immenses affiches de « The Curious Case of Benjamin Button », votre nouveau film pour lequel vous êtes nominé aux Oscars, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire : « Mon Dieu que de papier gâché ! ».

Vous pensez que ce film ne méritait pas une telle publicité ? (rires)

Non, pas du tout, je songe tout simplement à ces forêts entières qui disparaissent dans les campagnes publicitaires. Et cela ne concerne pas que l’industrie cinématographique bien entendu…

Ce sont des choses que je ne contrôle pas. Mais je comprends votre réaction. Vous savez, cette surexposition me gêne autant de vous. Je suis un « red neck » (Ndlr : un gars de la campagne) qui n’a jamais aimé la ramener. La célébrité ça me donne plutôt l’envie de tourner la tête, d’aller voir ailleurs ! Vous voulez que je vous fasse un aveu, je préférerais voir sur le devant de la scène des personnes comme les médecins qui oeuvrent pour l’humanitaire, des scientifiques qui nous alertent sur la situation de la planète ou  des gens qui prennent les bonnes décisions géopolitiques pour que le monde dans lequel nous vivons n’implose pas.  Ce sont eux les vrais héros. Moi, au fond, je ne fais que du vent !

C’est toujours bon pour les éoliennes !

Touché ! (rires)

Cessez de jouer les « profil-bas » Brad, tout le monde sait que vous avez donné de votre argent (5 millions de dollars) et de votre temps pour une noble cause : reloger des centaines de familles qui se sont retrouvées sans toit après le passage du cyclone Katrina grâce à « Make It Right » ( www.makeitrightnola.org/ ), cette fondation que vous avez créée …

Cette fondation ne fonctionne que grâce aux dons et à la vente de produits comme la vente de vêtements en coton 100 % bio ! Sans la générosité des gens, « Make It Right » aurait été tuée dans l’œuf !  Avant toute chose, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse. Je trouve que le cyclone Katrina a eu bon dos !  L ‘administration Bush a beaucoup communiqué sur le fait qu’il s’agissait d’un caprice de la nature, d’un acte de Dieu contre lequel nous ne pouvions rien ! En définitive,  cette catastrophe est la conséquence de la folie des hommes. La nature,  dans cette histoire,  n’a été qu’un catalyseur. Elle a révélé – une fois de plus – qu’essayer de contrôler les éléments ne nous réussit pas !
Nous n’en serions probablement pas là si nous avions écouté les experts. Que nous disaient ces experts ? Qu’une telle catastrophe n’aurait jamais eu lieu si le Mississippi n’avait pas été canalisé et rendu à l’impuissance. Le problème, c’est que le gouvernement n’a jamais agi quand il le fallait. Les digues qui ont été construites n’ont jamais été entretenues pour des raisons bassement budgétaires. En fonctionnant à l’économie, la Nouvelle-Orléans a donc payé le prix fort. Et ce prix fort ce sont 1500 décès, 80.000 logements réduits en poussière et 30 000 personnes qui vivent encore aujourd’hui dans des caravanes trois ans après ce drame !  C’est enfin une vraie désertification de la région. La moitié de la population n’est toujours pas revenue sur les lieux !
Objectivement, on sait aujourd’hui que lors des catastrophes comme celle de Katrina, il vaut mieux prévenir que guérir. Si de vraies mesures préventives avaient été prises, l’Etat aurait épargné 90% des sommes investies en réparations ! (Ndlr : Katrina est la tempête la plus chère de l’histoire américaine avec un coût dépassant les 80 milliards de dollars).

Vous étiez sur place au moment des faits ?

Non ! J’étais devant ma télé lorsqu’on diffusa les premières images de ces familles entières désœuvrées, abandonnés au milieu des décombres. Ce cyclone balaya en quelques minutes des quartiers entiers de la Nouvelle Orléans.  J’étais ému. Je ne pouvais pas rester inactif. Autant que ma notoriété serve à quelque chose ! Passionné d’architecture depuis que je suis môme, j’ai donc eu l’idée  avec mes amis de Global Green USA (une société rattachée à la Croix verte, une ONG à but environnemental) de reconstruire dans l’une des zones les plus affectées  et les plus pauvres de la Nouvelle-Orléans : le quartier du Lower 9th Ward .

J’ai lancé un concours à l’échelle internationale. Quatorze cabinets d’architectes ont été retenus. Les contraintes : des maisons respectueuses de l’environnement,  abordables – entre 100 000 et 150 000 dollars – et surtout construites sur pilotis pour éviter tout risque d’inondation.
Et tant qu’à faire, j’ai demandé aux architectes qu’ils intègrent dans leur plan des systèmes de récupérations des eaux de pluie à la fois efficaces, fonctionnels et discrets. Sur le cahier des charges, j’ai également exigé que toutes les maisons soient équipées de panneaux solaires répartis sur les toits.  Et qu’elles soient jolies avec des lignes simples et épurées, des volumes et des perspectives car comme le disait Raymond Loewy :«  la vendeur se vend mal ». Cela s’applique aussi à l’écologie ! Ce n’est parce que vous êtes respectueux de l’environnement qu’il faut proposer des trucs immondes et qui ne durent pas le temps ! Enfin et surtout, je voulais que les gens se sentent bien dans leurs murs. Qu’ils aient envie d’y élever leurs enfants…

D’une certaine manière, cette catastrophe a donc permis de transformer des quartiers entiers en quartiers « verts »….

Le quartier du Lower 9th Ward est aujourd’hui, aux Etats-Unis, la zone résidentielle la plus avancée en terme de « technologie » verte ! Nous avons démontré que nos maisons étaient fiables, économiques et écologiques. Après le traumatisme subit, des familles commencent à revenir, curieuse de voir nos maisons. Force est de constater que nos créations plaisent ! Bien entendu, plus nous en fabriquons, plus nous réduirons les coûts de fabrication. A terme, nous espérons développer le concept de ces maisons environnementales à tous les revenus modestes.
La Louisiane est une première étape. Mais nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin. Haïti et l’Asie sont des marchés potentiels. Le soleil, le vent sont des « énergies » inépuisables dans ces régions-là.  Bref, avec « Make It Right », nous avons prouvé que nous étions viables !
Je me souviens que beaucoup de gens à Washington étaient sceptiques au début quand à notre capacité à concrétiser ce projet. Aujourd’hui des politiques viennent en Louisiane et constatent que ça marche ! Le plus émouvant, c’est lorsqu’on voit la population locale relever ses manches pour nous aider à construire l’avenir. Leur avenir. Finalement ce cyclone aura un effet positif : il aura développé l’entraide, la solidarité, la cohésion au niveau d’une collectivité que ne croyait plus à ses valeurs !  Je suis convaincu que ce modèle de construction devra devenir un jour la règle dans notre pays si nous voulons laisser à nos enfants, une terre viable !

Quel est votre prochain challenge écologique ?

J’ai plusieurs projets sur le feu actuellement mais le zéro gaspillage au nouveau énergétique est un sujet qui me tient vraiment à coeur. Nous pouvons y arriver si nous comprenons tous que « zéro gaspillage » ne signifie pas pour autant  un « retour à l’âge de pierre ».  Le problème des écologistes, c’est que pendant des années, ils ont « culpabilisé » la population en leur assenant des injonctions permanentes. A mes yeux, pointer du doigt untel ou untel lorsqu’il ne fait pas correctement leur tri sélectif ne sert à rien !  Ce qui est efficace, par contre,  c’est de leur faire comprendre qu’ils sont des « acteurs » qui peuvent avoir une réelle influence sur le destin de la planète et donc sur celui de leurs enfants. Il est inutile de forcer, car les gens vont associer l’écologie à une démarche liberticide !  Certes, protéger la nature implique certaines contraintes, mais tout est une question d’éducation. A ce niveau-là, j’ai toujours d’ailleurs autant de mal à me faire à l’idée que le pays le puissant de la planète, ce pays où je suis né, ne verse pas des salaires corrects aux instituteurs censés encadrer les jeunes générations. Je trouve ça d’autant plus absurde qu’en ne leur donnant pas des moyens et des rémunérations décents, nous nous dessinons un avenir au rabais.

Vous pensez qu’Obama est l’homme qui va permettre aux Etats-Unis d’être plus écologiquement correct ?

Il va s’y employer, j’en suis sûr. Un nouveau virage va être pris. Il était temps car la route empruntée par Bush nous faisait aller droit dans le mur !  Les Etats-Unis ont été durant ces huit dernières années critiqués par leur ingérence dans des différentes zones du monde. Nous avons aujourd’hui, la possibilité de nous racheter une conduite. Misons à fond sur l’écologie, innovons, initions, et nous redeviendrons une nation que le monde idéalisera à nouveau. L’Amérique a le capital humain, la technologie, il nous faut maintenant passer la vitesse supérieure.

Parlez-nous de ce nettoyant pour le corps à l’Aloe Vera 100 % biodégradable que vous avez élaboré pour la marque Kiehl’s ?  Une formule qui se rince facilement pour faire des économies en eau, sans paraben, ni colorants et conditionné dans un flacon recyclé. Rappelons que la totalité des bénéfices de ce produit  seront reversés à la Jolie Pitt Foundation Eco System dans le but d’aider les initiatives écologiques.

C’est un projet que nous proposa gentiment Kiehl’s pour financer notre association. J’ai apprécié leur démarche. Elle s’inscrivait parfaitement dans notre désir de préserver la planète. Mais ce n’était qu’un « one shot ». Je n’ai nullement l’intention de me lancer dans les cosmétiques…

Vous, Angeline et vos six enfants vous chauffez à quoi dans votre maison provençale ?

A l’énergie solaire ! Il eut été dommage de ne pas profiter de cette ressource inépuisable !  Nous nous intéressons aussi de très prés à la géothermie !

Que vous apportent vos enfants ?

Ils m’ont poussé à me « désacraliser ». Pendant le tournage de « Sept ans au Tibet », les moines bouddhistes m’avaient déjà fait comprendre que pour accéder à une forme de pureté éternelle, il fallait faire abstraction de la beauté, de la gloire et de la fortune. Dans l’univers dans lequel j’évoluais, j’étais plutôt mal barré ! Avec les enfants, je suis passé à la vitesse supérieure en m’asseyant définitivement sur mon ego ! (rires).

Et que pensez-vous leur apporter ?

L’équilibre, la joie de vivre, l’envie de s’épanouir, de se construire. J’adore leur faire découvrir la nature. Je m’efforce surtout de leur trouver de nouveaux jeux. Et croyez-moi, il faut avoir de l’imagination et la santé car s’il y a bien quelque chose que ne supportent pas mes enfants, c’est la routine !

Etes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à l’avenir de nos enfants sur notre planète ?

Relativement pessimiste. Et il y a de quoi. A l’heure de la mondialisation sous entendu de l’uniformisation, les hommes ne communiquent plus entre eux. Les connections entre les peuples n’ont jamais été aussi mauvaises, aussi houleuses. On nous a souvent répété que le XXIème siècle serait le siècle du rapprochement entre les peuples, de l’égalité dans le partage des ressources naturelles et des richesses. Un sixième de la population mondiale vit ou plutôt survit avec moins d’un dollar par jour ! 1,1 milliard de gens n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Un tiers de la population mondiale n’a pas l’électricité. Plus de 100 millions d’enfants ne vont pas à l’école enfin, un enfant sur six en Afrique mourra avant d’atteindre l’âge de cinq ans !!!

Propos recueillis à Frank ROUSSEAU à Los Angeles

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…