Eau grise : ça dégrise

Quelle quantité d’eau utilisons-nous en France ? On parle de 150 l par jour et par personne, que nous consacrons à l’hygiène ou la cuisine. Or il en a fallu aussi pour fabriquer les produits que nous achetons. D’après l’ONU, nous en consommerions, en réalité, indirectement 4 900 l sans le savoir ! De l’eau virtuelle… pourtant bien réelle. Explications. Par Elizabeth Pastore-Reiss *

Qu’est-ce que l’eau virtuelle (ou eau grise) et où se cache-t-elle ?
Cela englobe toute l’eau utilisée pendant le cycle de vie d’un bien, de la production de matières premières à son recyclage. Par exemple, confectionner un jean en coton (environ 1 kg) nécessite environ 10 000 l d’eau ! À l’échelle planétaire, 70 % des réserves d’eau servent à l’agriculture. C’est donc surtout dans notre alimentation qu’il faut chercher l’eau virtuelle. Pêle-mêle, produire 1 kg de boeuf en réclame 13 000 l, 1 kg de blé, 1 300 l, et 1 l de lait, 790 l. L’eau virtuelle est à l’instar de l’économie mondialisée. Les fruits, le chocolat, le café disponibles dans le commerce proviennent du monde entier. En toute ignorance, nous employons de l’eau du Brésil, de Côte d’Ivoire ou de Thaïlande tous les jours. Et aujourd’hui, dans notre pays, 47 % de l’eau consommée n’est pas made in France !

Est-ce un problème ?
Oui ! L’eau douce étant une denrée rare, nous participons sans le savoir à l’aggravation de la situation des zones qui souffrent de stress hydrique. Grand exportateur de fruits et légumes (et donc d’eau virtuelle), l’Espagne rencontre de graves problèmes de désertification **. Résultat, on y construit des centrales de désalinisation gourmandes en énergie, tout en développant l’arrosage au goutte-à-goutte ! De même, en achetant des haricots verts du Kenya ou des fruits du Chili, nous contribuons à la sécheresse de pays en voie de développement déjà vulnérables. Il est vrai que ces exportations agricoles créent de l’emploi et favorisent la croissance économique de ces États. C’est pourquoi des ONG, comme Rainforest Alliance, s’attachent à promouvoir des modèles de bonne gestion de la ressource et de réduction de la pollution des eaux (prise en compte dans le calcul de l’eau virtuelle) dans les pays tropicaux.

Que faire pour réduire son impact ?
D’abord, on diminue sa consommation directe d’eau à la maison : moins de bains, des douches plus courtes, des économiseurs d’eau sur les robinets… Pour baisser celle d’eau virtuelle, on privilégie les produits ayant un moindre impact, on mange moins de viande, on boit du thé à la place du café, on opte pour des vêtements en fibre synthétique, non en coton… Par exemple, un hamburger classique demande 1 000 l d’eau, alors que 270 l suffisent à réaliser son équivalent au soja. Enfin, on achète des articles fabriqués dans des zones qui ne connaissent pas de pénuries d’eau, ou qui ont un impact réduit sur cette ressource, et c’est là que l’affichage environnemental peut nous éclairer. Et pour calculer sa consommation d’eau virtuelle, on surfe sur www.waterfootprint.org

Cet article est extrait de Néoplanète 27.

 

* Cabinet Ethicity, www.ethicity.net
** Selon les analyses-études effectuées
pour le plan de travail du Programme d’action
nationale contre la désertification (PANCD).

© Illustration:Water Footprint Network

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