Du comment au pourquoi, une révolution cognitive !

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

« On se gargarise tellement du terme développement durable qu’il finit par me donner la nausée ». Cette déclaration de Nicolas Hulot reflète bien le sentiment que l’on peut éprouver devant l’étalage de stratégies, de communications, de produits «développement durable ».  Ces démarches qui consistent à faire « moins mal » pour pouvoir continuer à vendre (de préférence davantage), quitte à ériger le désir en besoin, ne saurait être qualifiée de « stratégie » de développement durable. Cette approche ne répond pas à la question de choix de société et, disons le, de civilisation qui se pose à nous.

On le sait aujourd’hui, le modèle de civilisation dominant depuis la révolution industrielle et sublimé par les 30 glorieuses se traduit par une pression croissante sur les ressources, une surconsommation – particulièrement énergétique-, il est basé sur des indicateurs inadaptés (ne tenant pas compte de la destruction), il ne peut se déployer ni se généraliser au regard de la finitude desdites ressources. Nous avons appris, nous devons désormais désapprendre, nous devons reconsidérer notre apprentissage comportemental basé sur le comment pour redéfinir des valeurs directrices basées sur le pourquoi.

La stratégie du « comment » répond à un apprentissage comportemental qui guide notre raisonnement et nos actions : « j’agis, j’évalue, je corrige ». Cette pratique de l’apprentissage permet une amélioration des performances par la répétition, mais reste restreinte à un système déterminé, sans possibilité d’en sortir (le fameux paradigme !).  L’apprentissage comportemental ne pose pas la question du « pourquoi », il s’ensuit une sorte de schizophrénie devant la réalité de nos contradictions. Comment concilier croissance et environnement, concurrence et respect des individus, etc.

Si l’objectif de diminution de l’impact environnemental reste destiné pour l’entreprise à vendre toujours plus, en érigeant le désir en besoins, nous ne pourrons atteindre cette notion de développement durable.  Une véritable stratégie en la matière ne peut faire l’économie d’une réflexion basée sur le « pourquoi ».  Elle nécessite la requalification de nos valeurs directrices, une révolution cognitive. Le chemin est long et difficile car remet en cause une façon de penser, de vivre, d’agir. C’est pourtant à cela que s’attellent certains acteurs et non des moindres.

Lorsque Joseph Stiglitz étudie les nouveaux indicateurs de développement, c’est par le prisme d’une requalification de valeurs. Lorsqu’un fleuron de l’industrie agroalimentaire français présente à ses actionnaires et investisseurs une philosophie d’action où la « création de valeur » n’en constitue plus l’axe angulaire, lorsque l’on remplace la notion de valeur ajoutée par la valeur partagée, lorsqu’un laboratoire pharmaceutique refuse par principe la distribution de dividendes, lorsque les principes de l’économie sociale et solidaire connaissent  un engouement croissant, alors on peut commencer à parler de « rupture » face aux savoirs existants : le début d’une révolution cognitive.

Intervention de Joseph Stiglitz : les limites du PIB comme indicateur de développement : Attention, vidéo en anglais.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=QUaJMNtW6GA[/youtube]

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.