Directeurs du Développement Durable, vous avez dit stratégie ?

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Dans les rapports, les conférences, les interviews, nous entendons les directeurs du développement durable nous exposer leur stratégie. Nous entendons des termes comme «diminution des émissions de GES», «diminution de la consommation d’énergie», «diminution des emballages», etc. Le tout emballé dans des grands principes de durabilité, d’équilibre, de respect, de responsabilité pour un « monde meilleur ». Diminuer de 25% ses émissions de gaz à effet de serre ne constitue pas une stratégie, au mieux il s’agit  d’un objectif qui s’inscrit dans un plan d’action, lui-même issu d’une stratégie. Trop souvent, les moyens sont confondus avec les objectifs et on aimerait davantage entendre parler de stratégie que de tactique !

Paysage quotidien...
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Certes, ces objectifs sont louables et dans la plupart des cas ne peuvent pas faire de mal. Mais l’expression de ces dispositifs correspond au mieux à une adaptation des activités à une législation potentiellement contraignante et à un contexte économique exigeant plus de frugalité. On comprend mieux dès lors la difficulté de déployer le message du développement durable en interne : comment faire adhérer ses équipes à un projet si on en exprime pas l’objectif, la finalité (46 % des français pensent que leur entreprise ne fait rien ou presque pour l’environnement), comment les différents départements pourraient-ils s’approprier des enjeux et suivre un chemin si la ligne d’arrivée n’existe pas ? Audits, plan d’actions et tactiques ne font pas une stratégie.

Il s’agit pour la direction du développement durable de répondre  à la question majeure : « comment garantir la pérennité de mon entreprise et de ses activités face aux incertitudes (ou aux certitudes) pesant sur son environnement écologique, économique et social ?». En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’analyser les impacts de son activité sur  l’environnement mais aussi (et peut être surtout) de prendre en compte l’impact de l’environnement écologique et social sur son activité. Ceci engage le directeur du développement durable dans une réflexion stratégique profonde, un exercice de projection, de prospective, pour définir « quel sera le contexte futur de mon entreprise ».

La grande idée du développement durable réside dans ce qu’on appelle communément un changement de « paradigme ». Les stratégies de développement durable résident trop souvent dans l’analyse des actions et de leurs conséquences sans prendre en compte les valeurs directrices qui définissent l’action. Or, l’effort doit être principalement porté sur cette valeur directrice pour définir l’action. Lorsqu’un fabricant de pneumatiques de poids lourds passe de la vente de pneumatiques à de la location au kilomètre, il y a changement de modèle économique, changement de paradigme. Lorsqu’un groupe agroalimentaire attribue les primes de ses salariés en considérant au même niveau la performance économique, environnementale et sociale dans ses critères d’évaluation et déclare dans le même temps que le profit n’est plus une fin en soi, il y a changement de paradigme.  Jacques Attali pose le début d’une nouvelle réflexion pouvant mener à la redéfinition de cette valeur directrice : « considérer le profit comme une contrainte et non comme une finalité ». La stratégie du développement durable est l’occasion pour l’entreprise de repenser sur le long terme son canevas stratégique. La contrainte environnementale et sociale (l’impact de l’entreprise et l’impact sur l’entreprise) doit la pousser à innover et procéder à un « reengineering » de son modèle.

Ce qu’on attend des directions du développement durable, ce n’est pas un accompagnement de l’entreprise pour faire « moins mal », ni d’avoir pour objectif l’obtention de bonnes notes auprès d’instituts de notation. L’objectif doit être de dégager une vision stratégique, de piloter le changement. Ce qu’on attend de ces directions, c’est la capacité de se projeter dans un futur incertain, d’innover et de bousculer les habitudes, de sortir des idées reçues et de prendre le risque de créer de nouveaux espaces stratégiques, de bouleverser les valeurs directrices d’une organisation, d’ouvrir les yeux de ses collaborateurs sur un autre avenir possible, sur un « faire  autrement ». La direction du développement durable est amenée à occuper un rôle stratégique déterminant dans l’organisation à condition qu’elle sache convaincre (notamment et en premier lieu la direction générale). L’avenir reste ouvert, la fonction est exceptionnelle, il faut maintenant l’assumer !

Valinkeo

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.