Série Monsanto : dioxine, le poison mortel

Saviez-vous que la multinationale américaine, Monsanto, avait joué un rôle dans la guerre du Vietnam ? L’agent orange, massivement utilisé par l’armée, continue de faire des ravages dans le pays, quarante ans après à cause de son ingrédient phare : la dioxine. 

©USAF
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La dioxine est une substance fabriquée lors de la production de PCB. Elle est principalement présente dans la masse graisseuse des animaux. Sa capacité à passer d’un organisme vivant à un autre, sans être détruite, rend facile la contamination humaine par la chaine alimentaire. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), son exposition à long terme et à forte concentration entraine une dégradation du système immunitaire, une formation de cancers ainsi que des possibles malformations à la naissance car les foetus sont beaucoup vulnérables à la substance. La dioxine est très présente dans l’un des produits phares de Monsanto des années 40, l’herbicide 2,4,5-T (interdit en 1985).

Times Beach, une ville rayée de la carte

La Monsanto Chemical Company va être accusée d’être à l’origine de la contamination de la ville de Times Beach, voisine de son usine principale à Saint Louis dans le Missouri. Une incrimination que la firme a toujours nié. La ville avait fait appel en 1972 à un entrepreneur, Russell Bliss, pour recouvrir ses routes trop poussiéreuses d’huile. Celle-ci était mélangée à des résidus toxiques, récupérés dans des usines environnantes qui produisaient du 2,4,5-T (produit de Monsanto), à forte teneur en dioxine. Lors de recherches sur la mort inexpliquée de dizaines chevaux ayant foulé le sol couvert, des scientifiques de l’EPA (US Environmental Protection Agency) découvrent une concentration de dioxine sur les routes de 100 parties par milliard (ce qui équivaut environs à 100 microgrammes par kilogramme ou 10-9), alors que la dose maximale pour l’homme est de 0,7 microgrammes selon l’OMS. 2 000 personnes sont évacuées en 1982, huit ans après que la cause de la contamination est été établie. La ville est ensuite nettoyée en 1997 par l’EPA grâce au programme Superfund qui autorise l’agence à envoyer des équipes d’urgence pour purifier site. Une opération qui a coûté plus de 200 millions de dollars. Aujourd’hui il ne reste plus rien de la ville.

L’agent orange, le faucheur du Vietnam

Une mère et son fils physiquement et mentalement handicapé devant une affiche dénonçant l'opération Ranch Hand  ©Jbarta
Une mère et son fils physiquement et mentalement handicapé devant une affiche dénonçant l’opération Ranch Hand ©Jbarta

L’agent orange est un défoliant à très fort taux de dioxine. Il a été produit à partir du mélange de 2,4,5-T et de 2,4-D par Monsanto et d’autres industries comme Dow Chemical. Ce produit a été commandé par l’armée américaine pour l’opération « Ranch Hand » qui est expliquée par William A. Buckingham Jr, major de l’armée de l’air (USAF) , dans son livre : « The Air Force and Herbicides in Southeast Asia 1961-1971 ». Le défoliant est utilisé entre 1962 et 1971 au sud du Vietnam, pour détruire le couvert végétal et la source de nourriture du Front national de libération du Sud-Viêt Nam (FNL aussi appelé Viet-Cong). Aujourd’hui encore, de nombreuses malformations chez les enfants sont observées dans les zones touchées selon l’association Agent Orange Records. D’après une étude de l’Institut de Médecine des Etats-Unis, les soldats américains n’ont pas non plus été épargnés. Dans les années 70, les vétérans lancent une « class action » contre Monsanto et six autres entreprises productrices de  l’agent orange pour empoisonnement. 180 millions de dollars de dédommagements seront obtenus ainsi qu’un fond de compensation pour les soldats américains. Pour atténuer la responsabilité de la firme et la toxicité du produit, Monsanto avait présenté des études biaisés lors du procès. Une falsification découverte peu après par les enquêteurs de l’EPA en 1994.

Plus récemment,en juillet 2013, la Cour Suprême sud-coréenne a condamné Monsanto et Dow Chemical à reverser 466 million won, soit, 415 000 dollars à 39 vétérans de la guerre du Vietnam. Elle a reconnu le lien entre l’agent orange utilisé par l’armée américaine et les maladies de la peau qui affectent les plaignants mais pas le reste des maladies imputées au produit. Si la multinationale est loin d’être la seule à avoir fabriqué ce produit, elle en reste le symbole pour ses détracteurs.

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Victoria Putz

Née dans la petite bourgade tranquille de Saint-Cloud, Victoria a vite aspiré aux voyages. Étudiante en journalisme et disciple de la presse écrite, elle roule sa bosse entre web magazines spirituels, culturels et généralistes. Après avoir passé deux mois à l’hebdomadaire TelQuel dans la très animée Casablanca au Maroc, elle entre à Néoplanète pour assouvir sa soif de culture environnementale.