Dieu est-il écolo ?

Dans un monde en pleine crise écologique, quel est le message des religions ? Leur participation au débat est d’autant plus fondamentale que l’homme est indissociable de la nature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de connaître quelle position adoptent les cinq principales religions pratiquées en France sur l’écologie, rappelons que, pendant l’Antiquité, les philosophes pensaient que l’homme faisait partie du cosmos, un tout harmonieux et divin. C’est la tradition judéochrétienne qui a construit le socle « métaphysique » sur lequel la modernité repose aujourd’hui, en mettant l’homme au sommet de la hiérarchie et en lui donnant un pouvoir sur son environnement dont il abuse.
« Dans la Bible, un Dieu absolu et créateur confie la Nature à l’Homme et lui donne tout pouvoir. Il devient le maître de la création. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une distance incommensurable se crée entre le créateur et la création. Commence alors un processus d’autonomisation de la Nature et aussi de l’Homme, puisqu’il est le maître de la création. […] Il y a déjà en germe tous les problèmes actuels de dérive de la modernité, c’est-à-dire une destruction possible de la Nature », nous explique André Fievez, auteur de La Nature – Représentations et genèse de la crise écologique.

LE CATHOLICISME

Dans la tradition judéo-chrétienne, l’Homme a été créé à l’image de Dieu, il est au centre de la création. « Alors que le potentiel de la promotion de la justice sociale est très influent dans le christianisme, écologiquement, cette spiritualité est déconnectée de la nature. C’est pourquoi cette spiritualité n’arrive pas à établir une interdépendance pertinente avec le monde naturel. La conscience de la présence d’un esprit inné à la nature est réduite », soulignent Dominique Bourg et Philippe Roch dans Crise écologique, crise des valeurs ? Défis pour l’anthropologie et la spiritualité.
Ce n’est que sous le règne de Jean Paul II que l’on commence à associer l’homme à son environnement.  « Il faut ouvrir tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l’étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste. […] L’importance de l’écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence », a déclaré le pape Benoît XVI, en septembre dernier, devant le Parlement fédéral allemand.
Certains chrétiens explorent particulièrement cette question, comme l’ONG consultative Pax Christi, dont le président Marc Stenger explique : « Nous considérons que la protection de la nature est source de paix parce que l’agression contre la nature est source de violence. »

LE PROTESTANTISME

La sensibilité à l’environnement chez les protestants est présente dans ce courant du christianisme. Ils ont, d’ailleurs, influencé les mouvements écologistes grâce à des personnalités comme Jean-Luc Bennahmias, fils et frère de pasteur, membre des Verts en 1984 et député européen écologiste. Ou Noël Mamère, séduit par la pensée de Jacques Ellul, philosophe et théologien protestant, à qui l’on doit la formule « Penser global, agir local ». Quel modèle de société prônent-ils dans un monde en crise ? « Nous ne devons pas agir pour notre salut, mais par reconnaissance pour tout ce qui nous est donné », résume Jacques Varet, le vice-président de l’association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable), qui est chargé du groupe de travail Environnement et Développement durable au sein de la Fédération protestante de France.
« Nous devrions parvenir à un mode de développement qui soit équitable. Mais une sorte de religion, celle de l’économie florissante, de la foi dans la technique sans contrôle, vient se substituer à une parole que nous devrions tenir, mais que nous ne faisons pas. Cette parole tient au message biblique qui consiste à dire que nous avons reçu en grande abondance cette planète – ces hommes, cette diversité et ce don asymétrique – dans laquelle nous sommes. Nous devons en témoigner une gratitude. »

LE JUDAÏSME

« La halakha (loi juive) légifère sur un grand nombre de questions écologiques majeures, comme la prévention de la destruction d’éléments de la nature, la manière de traiter les animaux, la préservation des ressources naturelles, l’occupation des sols, la protection contre la pollution et les nuisances causées à autrui », lit-on dans une étude du Dr. Manfred Gerstenfeld, expert et consultant en écologie, détenteur d’un doctorat en sciences de l’environnement et d’un diplôme de professeur de matières juives.
L’un des points sensibles ? La fourrure ! En effet, selon la Torah, on doit adopter une attitude positive envers les bêtes. Si un animal est tué, il ne doit pas souffrir. Même position visà- vis de la corrida, comme l’explique Rav Ovadia Yossef, car c’est « La manifestation d’une culture de  pécheurs et d’individus cruels, étrangers au judaïsme. […] Quiconque y assiste et paie un billet d’entrée se rend complice de cette destruction et apporte son aide à des auteurs de transgressions ».
La surconsommation non plus n’est pas en odeur de sainteté. La Torah interdit au croyant de vivre dans le luxe, même si elle lui accorde le droit d’« acquérir les outils dont il a besoin pour réussir son travail – mais pas plus. En conséquence, il ne s’évertuera pas à étendre sa sphère d’influence de manière illimitée. Elle inculque la conscience de nos obligations envers la société et l’environnement ». (Extrait de A Compendium of Sources of Halacha and The Environment, édité par Canfei Nesharim au printemps 5765.)

LE BOUDDHISME

« Un vrai bouddhiste est, de toute nécessité, un écologiste, écrit Jacques Brosse, philosophe et historien du christianisme converti au bouddhisme, pour le respect absolu de la vie, de toute vie, sa condamnation de toute violence à l’égard de qui que ce soit. Ce principe éthique s’appuie sur l’interdépendance, la solidarité de tous les êtres, et l’interdépendance est, je souligne, un concept majeur de l’écologie. » Dans le bouddhisme, on ne parle ni de Bien ni de Mal. Les animaux sont indispensables à l’équilibre de notre environnement. Pas de chasse, ni de bêtes dans les abattoirs, de vivisection ni de concept d’animal nuisible : « On parle d’infestation, mais quand il y a infestation, c’est toujours l’homme qui en est le responsable, direct ou indirect. »
Selon Bouddha, il ne faut couper aucun arbre, ne pas polluer l’eau, respecter la nature, car hommes, espèces animales et végétales sont inséparables. La raison de la crise actuelle ? « L’avidité », affirme Tampalawela Dhammaratana, le vice-président de l’Organisation mondiale des bouddhistes, membre fondateur et ancien président de l’Union bouddhiste de France. Ce moine bouddhiste, d’origine srilankaise, souligne que les hommes ne sont jamais satisfaits et détruisent leur planète. « Pour sauver le monde, il faut commencer par soi-même. Il faut faire une révolution dans notre esprit. Si nous avons besoin d’avoir un monde harmonieux, il faut de la morale et de l’éducation, et non du matérialisme. » Très joli conseil à l’approche de Noël devenu une fête si commerciale !

L’ISLAM

En 2010, le prince Charles de Galles invitait le monde à s’inspirer des préceptes de l’islam, ardent défenseur de l’environnement, qui célèbre le lien indissociable entre la nature et l’être humain. Cette religion la présente comme l’émanation de « l’hospitalité divine » envers l’homme. Dans le Coran, « Ils sont unis pour former une partie intégrante d’une conscience vivante, explique Mustapha Cherif, penseur algérien, philosophe, expert du dialogue des cultures et des religions et professeur des universités. Le Livre sacré appelle à réaliser que tout l’écosystème est lié : si la Nature va mal, l’Homme va mal, et vice-versa ». Dans une société capitaliste, le croyant se doit de ne pas gaspiller les ressources naturelles, d’avoir une consommation éthique pour ne pas porter atteinte à la nature, don de Dieu. « La culture musulmane encourage au développement des espaces verts et l’amour de la patrie repose aussi sur l’attachement à la Terre. D’où la parole du Prophète, qui stipule que “Même un instant avant la fin du monde, il faut planter un arbre.” […] Sauver la planète et l’humanité du règne de la quantité, des prédations, des nuisances et des menaces écologiques qui polluent, détruisent, saccagent, est un mot d’ordre de bon sens, que tout musulman conscient doit garder en vue. C’est une responsabilité partagée », défend Mustapha Cherif.

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.