Faut-il arrêter le diesel ?

 © Osvaldo GagoFaut-il taxer plus lourdement le diesel ? Cette question enflamme depuis quelques jours les débats au sein du gouvernement. L’ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage, y voit l’occasion de sortir de « 20 ans d’aveuglement ».

« Avec le diesel, nous payons 20 ans d’aveuglement volontaire sur l’impact du diesel sur la santé humaine et le refus d’appliquer la loi sur l’air votée en 1996. Désormais, avec le rapport de l’OMS et de l’OCDE, l’évidence d’un impact sanitaire ne peut plus être niée. L’attitude scandaleuse des constructeurs automobiles -qui ont exigé- et des pouvoirs publics -qui ont accepté- que les filtres à particules ne soient pas imposés à tous les véhicules, nous met aujourd’hui en face d’une situation insoluble avec un parc diesel à 60 %, non équipé pour l’essentiel des filtres à particules. L’Allemagne avait réussi à l’époque à les imposer donnant un avantage compétitif à son industrie, même si on sait qu’ils sont très insuffisants.

corinne_lepageIl faut sortir du diesel pour les véhicules particuliers mais pour cela, il faudrait que nos filières industrielles proposent majoritairement des véhicules essence ou électriques ce qui n’est évidemment pas le cas. Dès lors, envisager une prime à la casse pour acheter d’autres véhicules diesels ou pour acheter des véhicules à essence étrangers ne paraît guère être la solution. Une hausse progressive du prix du diesel accompagnée d’une baisse relative du prix de l’essence pourrait conduire déjà à une fiscalité neutre, ce qui donne objectivement un avantage au diesel puisque la consommation est plus faible. Dans le même temps, et comme cela existe déjà dans un certain nombre de villes européennes, les véhicules diesels les plus anciens pourraient ne plus entrer dans les villes, leurs propriétaires se voyant proposer un parking gratuit à leurs entrées et l’accès aux transports collectifs ou à des véhicules électriques en libre-service.

Mais, la vraie révolution ne pourra venir que d’un changement de nos filières industrielles. Ce n’est pas un hasard si précisément nos grandes entreprises, qui ont fait le choix du tout diesel, se trouvent dans une situation beaucoup plus délicate que celle d’autres fabricants européens ou internationaux qui ont fait le choix de l’essence et de l’hybridation. Le développement du véhicule électrique sur lequel nos entreprises ont misé pourrait être également une solution. »

Corinne Lepage

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