Sur la piste des grands singes

Nous ne descendons pas du singe. Il est certes notre cousin, mais pas notre ancêtre contrairement à ce que l’on peut dire. Que connaissez-vous vraiment de ces primates ? Partez à leur rencontre à travers l’exposition « Sur la piste des grands singes », installée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, du 11 février au 21 mars 2016. L’évolution et la vie des chimpanzés, gorilles et ourang-outans dans la forêt tropicale n’auront plus de secrets pour vous. Leur avenir, loin d’être rose, y est aussi exposé. Dégradation de l’habitat, braconnage, maladies… tous les singes sont en danger d’extinction. Il est cependant possible d’agir et les clés vous sont données pour que vous puissiez les protéger.

 

Séance de jeux chez les chimpanzés en Ouganda ® Jean-Michel Krief

Il y a environ 25 millions d’années, apparaissent les premiers grands singes en Afrique, où règne un climat tropical chaud et humide. Mais qui sont-ils ? Partez sur leurs traces dans la première partie de l’exposition qui présente les grands singes africains (chimpanzés, gorilles), asiatiques (orangs-outans) et fait un focus sur les gibbons, de “petits” grands singes. Les grands singes ne sont en revanche pas présents dans le bassin amazonien où s’étend la plus grande forêt tropicale du monde.

Au fait, pour rappel, le terme “grands singes” (great apes en anglais) désigne six espèces de primates dépourvus de queue et ayant, comparativement à leur taille, un cerveau volumineux leur conférant des capacités étonnantes de mémoire, d’apprentissage et de communication.

Orang-outan de Borneo femelle adulte ® M.N.H.N. - François-Gilles Grandin

La première partie de l’exposition pose également la question de la place de l’homme par rapport aux grands singes et replace ces derniers au sein des primates en détaillant leurs principales caractéristiques morphologiques.

Saviez-vous que les orbites des primates sont orientées vers l’avant ? Le chevauchement des champs visuels de l’oeil droit et de l’oeil gauche permet une vision en relief et une appréciation précise des distances et des profondeurs. Pratique pour saisir des fruits de quelques millimètres ! Grâce aussi à ces doigts agiles, les chimpanzés peuvent par exemple pêcher des fourmis à l’aide d’une brindille ou se régaler d’une noix bien grasse après l’avoir cassée entre deux pierres.

Brigitte Senut, paléontologue Namibie ® Jorge Morales

La seconde partie de l’exposition retrace l’histoire évolutive des grands singes, depuis l’apparition des premiers primates il y a environ 55 millions d’années, jusqu’à aujourd’hui. Saviez-vous qu’il y a 8 millions d’année, un refroidissement en Europe et en Asie n’ a plus permis aux grands singes de trouver de la nourriture ? À partir de ce moment, on ne les trouve qu’en Afrique et dans le Sud-Est de l’Asie, comme aujourd’hui.

Cette partie met aussi en avant le travail croisé des scientifiques, paléontologues et généticiens, dans la longue quête du passé de ces animaux. Les paléontologues procèdent à l’étude de leurs fossiles ainsi que des faunes et des flores associées. L’examen des couches géologiques leur permettent de comprendre la formation des gisements, leur âge et de préciser les environnements. De leur côté, les généticiens travaillent sur l’ADN des grands singes actuels qu’ils utilisent pour dater la séparation des espèces.

Le caractère parcellaire des données nourrit le débat : les fossiles sont souvent fragmentaires et les scientifiques arrivent parfois à des conclusions différentes. Chaque nouvelle découverte permet ainsi de préciser et de compléter notre histoire évolutive commune.

Oeuvres complètes de Buffon_Georges-Louis Leclerc Buffon ® M.N.H.N. - Bibliothèque Centrale

La troisième partie de l’exposition retrace l’histoire des connaissances sur les grands singes, du XVIe au XXe siècle. Elle témoigne aussi de leurs représentations à différentes époques, dans l’iconographie scientifique et dans l’imagerie populaire.

Ne manquez pas le spécimen de Jocko, le premier chimpanzé exhibé vivant à Paris en 1740 et adopté par Buffon. Saviez-vous que c’est le médecin anglais Edward Tyson qui a réalisé la première étude précise de l’anatomie du chimpanzé ? Une espèce selon lui à part, “chaînon intermédiaire” entre l’homme et le singe, qu’il baptise “pygmée”.

A voir aussi dans cette partie, le moulage du buste d’un des premiers gorilles arrivé en France en 1851 dans un tonneau d’alcool. A noter qu’il faut attendre 1847 pour que le gorille soit décrit par Savage et Wyman comme une nouvelle espèce proche du chimpanzé. En 1851, Geoffroy Saint-Hilaire le classe à part, dans le genre Gorilla. Les naturalistes constatent les similitudes morphologiques avec nous mais s’emploient à lui préserver scientifiquement sa supériorité. Avec la publication de L’Origine des espèces en 1859, puis de La Descendance de l’homme en 1871, Charles Darwin fait l’hypothèse de l’existence d’un ancêtre commun aux grands singes et à l’homme bien avant que des preuves ne soient apportées…

Séance d'épouillage parmi les chimpanzés en Ouganda® Jean-Michel Krief

La quatrième partie de l’exposition vous immerge dans une forêt fictive où vous partegez le quotidien des grands singes dans leur environnement : vivre en groupe, se déplacer dans les arbres ou au sol, construire un nid pour se reposer, communiquer, utiliser des outils pour trouver sa nourriture…

Etes-vous plutôt gorilles – les gorilles de l’Ouest vivent en petits groupes rassemblés autour d’un seul mâle adulte dominant, le “dos argenté”, qui règne sur plusieurs femelles et ses petits – ou orangs-outans, qui sont la plupart du temps solitaires ?

Gorille de l'Est femelle adulte ® Jean-Michel Krief

Saviez-vous que les grands singes se reposent dans des nids qu’ils construisent dans les arbres, parfois au sol dans le cas des gorilles ? Chaque nid est construit par et pour un individu (sauf les mères qui y accueillent leur petit dernier), à partir de branches qu’il ploie, qu’il superpose et entremêle en une plateforme confortable. Ils se mettent ainsi à l’abri des prédateurs, de l’humidité, et évitent les parasites et les moustiques.

Chimpanzé traversant une route en Ouganda ® Jean-Michel Krief

La dernière partie de l’exposition alerte sur la menace d’extinction qui pèse
sur les grands singes et en examine les causes : la déforestation, le braconnage, le trafic d’animaux vivants et les maladies. A savoir que toutes les espèces ont perdu au minimum 70 % de leurs effectifs au cours des 50 dernières années ! Il ne reste que 6 500 orangs-outans de Sumatra, soit 8 % de la population qui vivait là il y a 50 ans ! De 2005 à 2011, 1 808 grands singes vivants ont été saisis par les douanes (643 chimpanzés, 48 bonobos, 98 gorilles, 1 019 orangs-outans) puis accueillis par des sanctuaires.

Comment les protéger ? En consommant moins mais mieux. Nous sommes en effet partie prenante, par notre consommation courante, de la déforestation. Téléphones portables (tantale, tungstène), pâtes à tartiner (huile de palme), meubles de jardin (bois tropicaux)… contiennent des matières premières issues des forêts tropicales. La réduction de la consommation, le recyclage, le choix de produits “durables*”, l’attention portée aux provenances, sont autant de gestes quotidiens qui participent de la lutte contre l’extinction des grands singes.

Création d’une station de recherche sur la forêt tropicale et les chimpanzés, forêts communautaires pour les bonobos… Des actions de terrain concrètes vous sont exposées dans cette exposition alors courrez-y !

Exposition "Sur la piste des grands singes" au jardin des plantes du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris du 11 février 2015 au 21 mars 2016

Ouvert de 10h à 18h, tous les jours, sauf le mardi et le 1er mai.
Tarifs : 9€ plein tarif / 7€ tarif réduit (billet couplé avec la visite de la Grande Galerie de l’Évolution).
Informations pour le public : 01 40 79 54 79 / 56 01
Site dédié : grandssinges.fr

A lire autour de l’exposition :

Les chimpanzés des Monts de la Lune, de Sabrina et Jean-Michel Krief
Un récit vivant, accompagné de 350 photos originales pour partager l’aventure scientifique et photographique de Sabrina et Jean-Michel Krief : quinze années d’observation dans les forêts du Congo, des milliers d’heures d’observation et à la clef une moisson de découvertes sur le comportement des chimpanzés. Éditions Belin / Muséum – 264 p. – 30€

Sur la piste des grands singes – L’album de l’exposition
Cet album, organisé autour des cinq thèmes de l’exposition, permet d’en retrouver les informations et de comprendre qui sont les grands singes, d’appréhender leurs modes de vie et de sensibiliser à la nécessité d’agir pour qu’ils continuent de partager notre planète. Éditions du Muséum – 64 p. – 10€

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.