Di Caprio contre le naufrage des éléphants

On parlait ivoire et éléphants à l’occasion de la 16e session de la réunion de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES). Du 3 mars au 14 mars à Bangkok, les 178 Etats signataires se sont retrouvés pour parler protection des espèces menacées et limitation du commerce international d’animaux.[audio:http://www.neo-planete.com/wp-content/uploads/2013/03/Leo-pour-la-defense-des-elephants-124128503.mp3|titles=Leo-pour-la-defense-des-elephants]

©Saskia Jansen

 

Coup de projecteur sur les éléphants; à croire qu’ils ont la côte avec tout ce soutient people. Après Brigitte Bardot c’est Léonardo Di Caprio qui veut sauver le plus grand des mammifères terrestres.

Léo se sert de sa notoriété pour encourager et multiplier les soutiens et les signatures à la pétition ouverte sur – le site d’opinion en ligne – Avaaz. Et il n’en est pas à son coup d’essai: déjà, en septembre dernier il demandait des voix pour sauver l’Antarctique.

 

©wikimedia-commonsCe n’est pas nouveau mais ça s’aggrave

Cette fois l’acteur de Titanic s’est engouffré dans la brèche, et il a bien fait. L’organisation TRAFFIC et l’ONG écologiste WWF ont profité de cette seizième session pour tenter de faire changer les réglementations Thaïlandaises relatives à la commercialisation de l’ivoire. Le pays a de quoi être montré du doigt, selon WWF, 11 000 éléphants ont été tués depuis 2004. Quand on sait, qu’il ne reste environ que 100 000 éléphants dans le monde et seulement 2500 en Thaïlande. On comprend l’urgence et l’engagement de ces organisations, qui on su bénéficier d’un soutien de choix avec la participation de l’acteur américain au projet. L’objectif était de faire céder Yingluck Shinawatra, la Première Ministre Thaïlandaise et faire interdire le trafic d’ivoire.

 

©wikimedia commonsUn million de signatures

Pari tenu. L’acteur qui demandait 750 000 signatures, sur la pétition via le site internet  en est aujourd’hui à près d’un million. Mieux encore, la Thaïlande promettait, à l’issue de la réunion de la CITES, de durcir sa politique envers le trafic d’ivoire. Les engagés et les fans se sont si bien mobilisés qu’ils ont réussi à faire bugger la page Facebook de la Première Ministre Thaïlandaise. Face à tant de ferveur, le gouvernement n’a pas pu faire autrement que de faire des promesses pour calmer le jeu. Dicaprio jubile et écrit sur le site : « D’après le gouvernement Thaï, cette promesse est le résultat direct de notre mobilisation. » L’acteur ne vend pas la peau de l’ours (et encore moins la défense de l’éléphant). Sur le long terme, il souhaite enrayer la crise mondiale du braconnage et ne lâchera rien tant que la Ministre ne passera pas des paroles aux actes. Malheureusement les promesses ne font pas les changements et à part quelques paroles rassurantes, la Première Ministre ne s’est pas engagée à grand chose.

 

Un système largement corrompu

Les chiffres sont alarmants: plus de 90% de l’ivoire vendu en Chine serait illégal, selon la Environmental Investigation Agency. Le système est largement corrompu et depuis 2012 près de 32 000 éléphants auraient été tués illégalement, selon la Born Free Fondation, organisation de protection de la faune. Cette économie souterraine représente beaucoup d’argent: 2 600 dollars pour un kilos d’ivoire au marché noir.

Et si les Chinois « ont entre leurs mains l’avenir des éléphants » comme l’affirme Iain Douglas-Hamilton, fondateur de Save the Eléphants; ce n’est pas pour autant que leur préservation va devenir une priorité nationale. Au contraire, l’ivoire aurait une symbolique importante et de multiples vertus pour les asiatiques.

Profondément ancré dans l’identité asiatique, le commerce de l’ivoire alimente plusieurs mythes et croyances. La poudre d’ivoire est vue comme un remède en médecine, les baguettes en ivoire sont censées changer de couleur au contact d’un aliment empoisonné. Ce matériau noble n’est pas près de rester sur la tête de leur pachyderme de propriétaire.

Cette chronique « Environnement» a été diffusée le mardi 26 mars 2013 sur Europe1. Retrouvez chaque jour sur Néoplanète les chroniques « Bonne Nouvelle » et « Environnement » de Yolaine de la Bigne, enrichies de photos, de vidéos et de liens internet. 

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Yolaine De La Bigne

Femme en or de l’environnement en 2007, journaliste de presse écrite et radio, auteur de plusieurs livres, elle a été une des premières « rurbaines » à habiter entre Paris et la campagne. De sa collaboration avec Nicolas Hulot pour Ushuaia et Allain Bougrain Dubourg, en passant par le prix Terre de Femme de la Fondation Yves Rocher, la création de Fêt Nat’ en 2006 ( fête de la nature et de l’écologie ), Yolaine renforce son engagement personnel à travers le lancement de l’agence de presse Kel Epok Epik et de Néoplanète.