Interview de Michael Madsen, réalisateur d’Into Eternity

Look futuriste et interviews chocs… Into Eternity nous fait découvrir des milliers de kilomètres de couloirs souterrains en Finlande où, pour la première fois au monde, sont stockés des déchets nucléaires pour… 100 000 ans. Déchets que l’on ne sait pas recycler ! Un film dérangeant qui sort en plein drame japonais. Questions au réalisateur Michael Madsen qui s’interroge sur la présomption des hommes. Et sur l’avenir de nos enfants.

Comment avez-vous réussi à tourner à Onkalo, un site à priori top secret ?

Il ne m’a pas été facile d’obtenir l’autorisation. Pour convaincre les responsables de Posiva, la société de construction, mon producteur leur a dit que s’ils n’avaient rien à cacher, il n’y avait pas de problème. Il leur a fallu neuf mois pour donner une réponse ! Ce qui m’a intéressé dans ce tournage, c’est de voir comment on construisait un site destiné à durer 100 000 ans. C’est la toute première fois que les hommes bâtissent consciemment pour une ère posthumaine. L’objectif principal d’Onkalo (« cachette » en finnois) est de fi nir par fonctionner par lui-même, de manière silencieuse, sans aucune intervention. Finalement, les experts s’attendent à ce que la civilisation, telle que nous la connaissons aujourd’hui, cesse d’exister un jour et, avec elle, la connaissance et la capacité de gérer les déchets nucléaires.

Votre film sort dans une actualité sombre. On va y penser, avoir peur puis oublier ? Ou rien ne sera plus comme avant ?

Le traitement des déchets nucléaires est plein de paradoxes et d’inconnues. En fait, on pourrait dire que Tchernobyl est déjà un Onkalo. J’ai demandé aux spécialistes fi nlandais si toutes les nations nucléaires du monde seront en mesure de gérer les leurs. Pour le Japon, ils m’ont répondu que ce sera impossible car le pays est situé dans une zone fortement sismique. Tant que la seule solution sera de déverser de l’eau de mer sur un feu qui va brûler pendant 100 000 ans, la situation restera désespérée là-bas. L’énergie nucléaire est une nouvelle sorte de feu que nous ne pouvons pas éteindre. C’est pourquoi la Finlande tente de l’enterrer, dans le plus grand secret, sous les pieds des hommes.

Les intervenants qui répondent à vos questions semblent parfois gênés, mais n’utilisent jamais la langue de bois, ce qui est rare quand on parle nucléaire…

Il est difficile de prévoir des événements 100 000 ans à l’avance ! Même si vous êtes contre l’énergie nucléaire, les déchets qui existent déjà (environ 250 000 tonnes, soit 35 tours Eiffel !) ne vont pas disparaître. Si ce film s’adresse aux générations futures, c’est pour que les scientifiques puissent décrire ce qu’ils espèrent réaliser à Onkalo. Et rappeler que la communication vise à persuader les hommes politiques de l’infaillibilité de ce site. Or il s’agit d’un projet pionnier, on ne peut donc pas faire de comparaison et aucune garantie de sécurité absolue ne peut être donnée, y compris par les autorités de la sûreté nucléaire. C’est aussi pour cette raison que les salariés de Posiva préfèrent aborder les aspects techniques, plus tangibles. En fin de compte, la question des déchets nucléaires est morale et éthique. Into Eternity en pose une autre, existentielle : on cache l’installation lutter contre la nature humaine ? parce que l’on craint la curiosité des hommes. Mais comment lutter contre la nature humaine ?

L’article est disponible dans le NEOPLANETE n° 21

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Yolaine De La Bigne

Femme en or de l’environnement en 2007, journaliste de presse écrite et radio, auteur de plusieurs livres, elle a été une des premières « rurbaines » à habiter entre Paris et la campagne. De sa collaboration avec Nicolas Hulot pour Ushuaia et Allain Bougrain Dubourg, en passant par le prix Terre de Femme de la Fondation Yves Rocher, la création de Fêt Nat’ en 2006 ( fête de la nature et de l’écologie ), Yolaine renforce son engagement personnel à travers le lancement de l’agence de presse Kel Epok Epik et de Néoplanète.