Des insectes dans nos assiettes

Troqueriez-vous votre entrecôte contre un sauté de grillons ? Pas évident… Pourtant, ces petites bêtes pourraient éradiquer la famine, mais aussi protéger les cultures des pays du Sud, limiter la déforestation et fournir une véritable « corne d’abondance » pour les générations à venir… Extrait du magazine NEOPLANETE 17.

En Europe occidentale, l’entomophagie (le fait de manger des insectes) est considérée comme une pratique étrange, voire dégoûtante. Pourtant, le développement de la consommation d’insectes comme substitut à la viande ou au poisson fait partie des pistes très sérieusement étudiées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization – FAO). Lors du Congrès mondial de la biodiversité en mars 2009, à Chang-Mai en Thaïlande, les experts ont appelé les États à « soutenir et développer » la production d’insectes afin d’assurer la sécurité alimentaire mondiale des décennies à venir. L’enjeu est de taille : il faudra nourrir plus de neuf milliards de personnes en 2050.

1400 espèces consommées dans le monde

Manger des insectes vous répugne ? Mais nos escargots farcis et nos cuisses de grenouilles donnent bien la nausée au reste du monde ! Tout est question de culture. Attention, tout comme les champignons, ils ne sont pas tous comestibles. De plus, à la différence de nos batraciens et autres gastéropodes, les sauterelles, criquets et scorpions sont loin d’être des exceptions culturelles. La FAO a recensé près de 1 400 espèces d’insectes, consommées dans plus de 90 pays. Au Cambodge, par exemple, on raffole des salades de fourmis et de vers à soie. Au Nigéria, on déguste les larves  de Cirinia Forda (une espèce de papillons nocturnes). D’autres pays comme la Chine, le Japon ou encore le Mexique ne sont également pas en reste dans ce domaine.

Même dans nos pays occidentaux, nous consommons beaucoup d’insectes sans le savoir. Ils sont utilisés dans la préparation d’aliments sous vide et sous couvert d’une réglementation stricte définie par l’État. En effet, la loi autorise l’utilisation d’un maximum de 75 fragments d’insectes pour 50 grammes de farine de blé, 30 œufs pour 100 grammes de pâte à pizza ou encore deux larves par boîte de maïs. Au total, nous consommons, à notre insu, 500 grammes d’insectes par an. Alors, si nous mangeons régulièrement des insectes et que nous ne nous en portons pas plus mal, pourquoi ne pas nous libérer de nos préjugés ?

Un meilleur rapport prix/calorie/environnement

Si la FAO appelle au développement de la production d’insectes, elle s’appuie tout d’abord sur des raisons économiques. En effet, selon une étude réalisée en 2003, les besoins caloriques des populations augmentent. De 2 800 calories, par personne et par jour en 1999, ils devraient passer à 3 050 en 2030, tandis qu’en même temps la consommation de viande devrait s’élever à 37 kg par personne (contre 29 kg aujourd’hui).

Mais, produire de la viande, c’est cher et polluant ! La FAO estime que 70 % des terres arables sont consacrées à l’élevage, provoquant ainsi près de 20 % de la pollution mondiale. D’où la nécessité de se tourner vers d’autres alternatives, comme les insectes, dont le rendement est bien meilleur que la viande. D’autant que les bovins ont besoin d’une dizaine de kilos de nourriture végétale, alors que les insectes se contentent, eux, d’un ou deux. Ils ont, par ailleurs, besoin de moins d’eau.

De plus, la production d’insectes serait une source de revenus complémentaires pour des familles africaines, par exemple. La récolte n’est pas onéreuse et peut s’effectuer à mains d’hommes. Un commerce qui ensuite s’exporte. Ainsi, et toujours selon la FAO, la Belgique et la France, notamment, en importeraient respectivement trois et cinq tonnes par an.

Une solution contre la famine ?

Selon le biologiste néo-zélandais V.B. Meyer-Rochow, et si la technologie le permet, on pourrait endiguer les invasions de nuages de criquets ou de sauterelles qui ravagent les récoltes en les transformant en compléments alimentaires. Car leurs apports en minéraux, protéines et vitamines sont parfois bien plus importants que ceux issus de la viande. La recherche montre que 100 grammes d’insectes couvrent plus de 100 % des apports journaliers recommandés en minéraux et en vitamines.

La récolte et la consommation des insectes sont soumises aux aléas des saisons. Ils se conservent très mal et la présence d’insecticides et de maladies (le ténia dans le ver de farine, par exemple) à de quoi en rebuter plus d’un. Cependant, des solutions existent. Il semble qu’un élevage contrôlé éviterait ces désagréments et la réduction des insectes en farine pallierait la péremption du produit. Des solutions qui seront peut-être exposées lors du premier colloque international sur l’entomophagie prévu en 2012. Un étonnant menu en perspective…

– Mise à jour : 9/12 – 10h – V.B Meyer-Rochow est néo-zélandais et non allemand –

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