Des festivals sur une note écolo

Alors que le soleil pointe le bout de ses rayons, la saison des festivals, elle, bat déjà son plein. Du bal du village jusqu’au concert géant, ces évènements musicaux ont la cote, et intègrent de plus en plus d’exigences écologiques. Petit tour d’horizon des festivals de musique écolos cet été. Un été qui s’annonce festif… et responsable !

Les organisateurs des festivals font chaque année plus d’efforts pour que ces regroupements de masse ne riment pas avec pollution et dégradation de l’environnement. Tous les festivals (ou presque) diminuent leur empreinte écologique qui peut parfois peser très lourd… Imaginez un peu : 20 000 personnes réunies sur une zone restreinte pendant  trois jours, des quantités astronomiques de déchets, d’électricité et d’eau consommée, de pollution des sols…  Et encore, quand on sait que les Eurockéennes ont rassemblé plus de 95 000 festivaliers l’année passée, l’addition peut être très salée pour l’environnement !


Jamming
Recyclez, hippies !

A côté des objectifs de fréquentation, petits et grands festivals posent désormais noir sur blanc des objectifs environnementaux à atteindre. Parce que l’urgence climatique est internationalement reconnue ? Oui, mais pas seulement. L’esprit des festivals d’aujourd’hui se rapproche, année après année, de l’esprit hippie des années 1960 : respecter l’environnement, c’est naturel quand on s’aime ! Tout comme dans les rassemblements hippies d’autrefois, on mange bio, on limite et on recycle ses déchets, on utilise des énergies renouvelables… Un vent nouveau souffle sur de nombreux festivals délaissant ainsi un mode de fonctionnement consumériste. Fini, le temps des gaspillages inconsidérés. Les festivals se font durables ! Mais comment s’y prennent ils exactement?

 

2 verres par festivalier : qui dit mieux ?

L’initiative la plus souvent rencontrée, quoique récente, est le verre en plastique épais réutilisable, l’Ecoverre : les festivaliers doivent le rapporter pour être resservis ou remboursés du prix de leur consigne, qui s’élève à un euro. Les verres sont lavés et remis dans le circuit. On entend d’ici les critiques qui dénoncent une mesure sans réels effets : une façon de se racheter une conduite écologique sans remettre profondément en question le fonctionnement du festival. Mais à grande échelle, les résultats sont probants quand on pense au nombre de verres bus par un festivalier durant  deux, trois, voire dix jours… Au festival du Bout du Monde, premier à avoir mis en place ce système à grande échelle en 2007, un festivalier utilise deux verres seulement en moyenne. Et ces verres sont réutilisés à d’autres occasions. Ce festival breton prête en effet ses verres tout au long de l’année à des associations et à une centaine d’événements, de la fête de village au concert de masse. Dernier point : la quantité d’eau et le nettoyant utilisés ne gâchent pas les avantages verts de ce dispositif. En moyenne, un festivalier consomme 8 cl d’eau par jour pour faire laver ses verres. Une goutte d’eau dans les 150 litres quotidiens consommés par un ménage français.

 

Facile de boire à l’œil !

Le festival de musique solidaire Couleur Café fête cette année à Bruxelles l’arrivée de ses premiers verres biodégradables, fabriqués à base matières premières végétales telles que la fécule de maïs et la canne à sucre. Ces gobelets en PLA (de l’anglais Polyactic Acid), totalement biologiques, sont une alternative saine aux gobelets traditionnels, dérivés du pétrole. Toujours à Couleur Café, on vous offre un soft ou une bière (pour les plus de 16 ans) si vous ramenez 40 gobelets au point « Récup ». Une incitation au recyclage efficace qui a essaimé dans les festivals partout en Europe. Aux Eurockéennes, ramenez dix bouteilles vides et vous recevrez une boisson gratuite.

 

Tous ensemble tous ensemble!

Get on the bus.Le covoiturage, le vélo et les transports en commun sont aussi plébiscités par les organisateurs. Les sites Internet des festivals sont de formidables outils de communication : les festivaliers peuvent se retrouver pour partager voiture et essence en quelques clics ! Par ailleurs, les festivaliers bénéficient souvent de transports en commun à prix réduits, voire carrément gratuits grâce à des partenariats entre les organisateurs et les sociétés de transport. Sur les 60 000 personnes qui se déplacent jusqu’à la Presqu’île de Crozon pour assister au festival du Bout du Monde début août, 15 000 utilisent les transports en commun. A l’occasion des Eurockéennes, la région Franche-Comté a mis en place des navettes ferroviaires gratuites au départ de la gare de Belfort. En TER, en car, mais surtout par bateau, une manière originale et plus saine que la route pour se rendre au festival ! Le « bout du monde », un magnifique site au milieu du bocage breton, à 500 mètres de la mer, n’est qu’à 8 km de Brest en bateau. En 2009, 3000 personnes ont été conquis par ce mode de transport mis en avant sur le site Web du festival.

 

Goaaaaaaaaaaaaaal !

Impossible de trouver un festival sans des poubelles de tri. Le minimum syndical pour les grands rassemblements : trier papiers et cartons, verres, métaux et déchets compostables. Une campagne de sensibilisation au tri et au recyclage des déchets accompagne généralement les nombreuses poubelles de tri sélectif. Des « éco-agents » de la Surfrider Foudation sensibilisent ainsi le public tout au long du Sunset Music Festival, événement musical de la compétition de sports Freestyle, organisé par Orange en juin. Circulant avec un chariot de tri, les éco-agents ont un rôle capital à jouer en terme de pédagogie. Mais la sensibilisation ne s’arrête pas là. Avant chaque initiation – gratuite – à un sport de glisse de leur choix, enfants et adultes reçoivent un cours de tri. Les pauses sont consacrées au ramassage des déchets sur la plage. Et les effets sont là !

Le geste de tri entre rapidement dans les habitudes des festivaliers. Entre 2008 et 2009, les organisateurs des Eurockéennes ont constaté une augmentation de 85% de tri des déchets. En plus des 25 espaces de tri répartis sur le site et le camping, des spots de sensibilisation sont diffusés régulièrement sur les écrans géants. Une fois que les festivaliers ont bien travaillé, des acteurs publics et privés prennent le relais. Chaque soir après le Sunset Music Festival, la « Marseille Provence Métropole » (MPM) récupère les déchets de la journée pour les redistribuer dans les bennes spécifiques. A Charleville-Mezières, le festival du Cabaret Vert a carrément  installé un centre de tri sur son site.

 

Déféquer écolo

Les toilettes, un autre point noir des festivals, sont aussi repensées. Nombreux festivals installent des toilettes sèches, qui restent cependant minoritaires par rapport aux toilettes classiques fonctionnant à l’eau. Au festival du Bout du Monde, des tranchées sont creusées sous les 40 toilettes sèches. Et après le festival, les agriculteurs du coin récupèrent le compost !

 

Cantine alternative et self vaisselle

Au Cabaret Vert, pas de Coca ni de kebab. Les producteurs locaux sont mis à l’honneur, ainsi que les associations. A la cantine alternative, on mange des produits sains essentiellement  issus de l’agriculture biologique provenant des maraîchers à proximité du site. Les festivaliers s’impliquent en lavant leur vaisselle, forcément non jetable, après utilisation. Au festival Couleur Café, chaque restaurateur a l’obligation de proposer au moins un plat végétarien. Et les 55 restaurants des rues du Bien Manger utilisent des couverts et des assiettes en PLA, c’est à dire à base de matières végétales.


Evaluations et pistes d’action… l’écologie, c’est du sérieux !

Pour organiser puis évaluer leurs initiatives écologiques, les organisateurs utilisent des outils spécifiques ou font appel à des boîtes privées spécialisées. L’ADEME propose gratuitement un Auto Diagnostique Environnemental pour les Responsables d’Evènements (ADERE).  Accessible à tous via Internet, l’ADERE a déjà aidé une centaine d’évènements culturels. Une batterie de questions permettent de détecter les améliorations, difficultés et pistes d’action pour réduire l’impact environnemental à tous les niveaux de l’événement : alimentation, sensibilisation, transports, communication… Eh oui, même le marketing se responsabilise ! Le t-shirt officiel du festival Couleur Café est en coton bio, et les produits dérivés sont essentiellement issus du commerce équitable.

 

Boom Festival, l’écolo psychédélique

Un des festivals qui pousse le plus loin la protection de l’environnement est très certainement le Boom Festival, qui se déroule une fois tous les deux ans au Portugal, en synchronisation avec la pleine lune. Cette année, le Boom aura lieu du 18 au 26 aout dans la commune paisible d’Idanha-a-Nova, près du parc naturel de Tejo, au Nord-Est du pays. Dix jours pendant lesquels 26 000 festivaliers se retrouvent pour vivre une expérience psychédélique, et une communion avec la nature. Bien plus que le résultat d’une mode ou d’une obligation marketing, le Boom Festival est marqué par une certaine vision du monde, où l’homme vit en harmonie avec la nature.

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Pour éviter l’utilisation de matériaux neufs, le Boom Festival récupère ceux du festival « Rock in Rio », qui se déroule peu avant à Lisbonne. En 2008, deux des trois camions ayant fait le voyage pour ramener le matériel fonctionnaient à l’huile végétale. Bénévoles et salariés font marcher leurs méninges pour reconvertir tuyaux, planches, tissus de tente… La laine d’isolation d’un mur est arrachée pour devenir par exemple un matelas de couchage. Une vraie culture du recyclage !

 

Les générateurs d’énergie servant à charger appareil photos et portables fonctionnent avec l’huile végétale usée par les cuisines. En 2009, 45 000 litres d’huiles végétales recyclées ont épargné à l’atmosphère 145 000 kg de CO2 rejetés. L’énergie des cuisines provient quant à elle des panneaux solaires photovoltaïques. Une « éco-team » de 150 personnes s’occupe en permanence de ramasser les déchets « oubliés », de les trier et de les compacter sur place. Ils sont ensuite envoyés à la déchetterie communale pour être valorisés. La totalité de l’eau utilisée est épurée naturellement grâce à des plantes dépolluantes. Filtrée à plusieurs niveaux avec ces barrages verts, l’eau propre est ensuite rejetée dans le lac. Un véritable éco-système en miniature ! Si les festivals de musique français ont encore une marge de progression par rapport à leurs cousins à l’étranger, nos festivals deviennent décidément plus verts. A quand un Boom Festival psychédélique en France ?

 

Quelques liens :

Les Eurockéennes de Belfort, les 2, 3 et 4 juillet 2010

Le festival du bout du Monde (Presqu’ïle de Crozon), les 6, 7 et 8 août 2010

Le Cabaret Vert (Charleville-Mézières), les 27, 28 et 29 août 2010

Le Boom Festival (Idanha-a-Nova, Portugal), du 18 au 26 août 2010

 

Les initiatives écolo du Cabaret Vert en vidéo!

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