Deinove alimente nos voitures en faisant les poubelles

_D2A7603 - DeinoveLancée en 2010, l’entreprise française de biotechnologies Deinove est aujourd’hui numéro un mondial de la recherche sur des bactéries ancestrales utilisées pour produire du carburant automobile.

Saviez-vous que l’essence que vous mettez dans votre voiture contient environ 10 % d’éthanol, une proportion qui pourrait passer un jour à 85 % ? La société Deinove est le leader mondial de la recherche sur les déinocoques, ces bactéries capables de produire de l’éthanol en grande quantité à partir de biomasses non alimentaires, l’idée étant de remplacer les voies pétrosourcées.
L’éthanol est actuellement fabriqué à partir des produits agricoles, comme le blé et le maïs. « Notre objectif est d’utiliser les résidus agricoles, forestiers, et même les déchets urbains à cet effet. C’est-à-dire que nos poubelles alimenteront nos voitures en essence », indique Emmanuel Petiot, directeur général de Deinove.

Une bactérie préhistorique
L’entreprise a vu le jour en 2010 après la découverte du mécanisme par lequel le déinocoque, une bactérie vieille de trois milliards d’années, réassemble son génome. « Pour survivre aussi longtemps, le déinocoque a dû assimiler des gènes provenant de plantes, de lichens, et d’autres organismes, et a ainsi développé une robustesse phénoménale qu’on utilise maintenant au niveau industriel. Nous avons donc réussi à dresser cette petite bête », explique l’entrepreneur.
Deinove s’est depuis vu octroyer près de 6 M€ par l’Etat, sous forme d’avances remboursables, afin de faire progresser son projet. Une quarantaine de chercheurs, d’une moyenne d’âge de 28 ans, travaillent aujourd’hui à  incorporer certains gènes au déinocoque afin que celui-ci produise les enzymes nécessaires à la dépolymérisation des sucres, c’est-à-dire la transformation de composés complexes en molécules simples, qui sont ensuite mises à fermenter pour produire de l’éthanol.
La bactérie peut ainsi se nourrir de quatre types de biomasse non-alimentaire, dites de seconde génération, comme les résidus agricoles (paille de blé, drêche de maïs) ou la fraction organique des déchets urbains et ménagers. « Ce sont donc vraiment des énergies renouvelables, responsables et rentables », précise Emmanuel Petiot.

Un déinocoque polyvalent_D2A9942 - Deinove
« Nous visons aussi d’autres applications. La bactérie peut fabriquer de l’éthanol, mais c’est un peu comme un arbre généalogique : on peut obtenir différentes molécules, capables par exemple de remplacer l’isoprène, utilisé dans la fabrication des pneus », continue-t-il. L’industrie du parfum est également concernée, puisque les différentes molécules aromatiques, telles que le linalol (muguet) et le géraniol (rose), peuvent elles-aussi être remplacées. Cette méthode représente donc l’avenir de nombreux secteurs d’activité – un avenir très proche. « La bactérie sera prête dans deux ans. Des usines se construisent déjà un peu partout, notamment aux Etats-Unis et en Chine, où ils ont vraiment besoin de développer des énergies alternatives », explique Emmanuel Petiot, ajoutant qu’à terme, la société mondiale n’utilisera plus d’atomes de carbone fossilisé, et que les grandes quantités d’éthanol présentes dans nos réservoirs grâce aux déinocoques réduiront l’empreinte carbone de nos trajets de 90%.

Cet article a été diffusé dans Le Parisien Economie du 10 mars 2014. Retrouvez Néoplanète toutes les semaines dans le supplément économie du journal.

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Eddy Delcher

Après un séjour de sept ans en Angleterre et en Afrique du Sud au cours duquel il obtient un diplôme en journalisme, Eddy revient en France afin de poursuivre ses études. En 2014, il rejoint l'équipe de Néoplanète et contribue régulièrement au CNRS International Magazine ainsi qu'au journal du CNRS depuis 2012.