Déco : cap sur l’Afrique du Sud

A l’occasion de la Coupe du monde de football, qui débute le 11 juin prochain, Néoplanète vous invite à découvrir le travail d’artistes sud-africains passés maîtres dans l’art de la récup’ et du détournement. Le tout dans le respect des règles du commerce équitable.

Dans quelques jours, des milliers de supporters vont converger vers l’Afrique-Sud. Cet événement sportif planétaire ne doit pas faire oublier que la renaissance de ce pays se joue aussi sur le terrain artistique. Du Cap à Durban en passant par Johannesburg, on observe en effet l’avènement d’une nouvelle créativité portée par des associations qui redonnent du travail aux habitants des townships, premières victimes du chômage et du sida qui ravagent le pays. En témoigne le « Forward group » fondé par Margaret Woermann en 2005. Cette organisation est un véritable tremplin pour des femmes séropositives qui sont formées dans le cadre d’un atelier de broderie.

« Elles sont originaires de régions très diverses d’Afrique du Sud, mais aussi du Zimbabwe et du Congo, raconte Margaret Woermann, également directrice d’une galerie d’Art et d’Artisanat au Cap. Le « Forward group » implique aujourd’hui 25 femmes. Il leur permet de toucher des revenus décents et d’acquérir de la confiance pour aller de l’avant. » Leurs œuvres brodées à la main sont vendues aux quatre coins de la planète, de la Suède au Japon en passant l’Australie et la France. Certains de leurs ours en peluche ont même été distribués par une association humanitaire à des enfants en Afghanistan. Chaque pièce est unique et  rassemble une vingtaine de tissus différents récupérés ici et là.

D’autres artistes ont choisi de sensibiliser à leur manière la population à la question du recyclage. Agée de 23 ans, Louise Casserley vit à Johannesburg. Son credo ? Travailler exclusivement à partir d’emballages récupérés. Ses collages dépeignent des scènes de la vie quotidienne dans les townships de sa région. Si ses œuvres peuvent être qualifiées de naïves, exprimant une certaine joie de vivre, elles contiennent néanmoins de nombreux messages dénonçant la pauvreté, la surconsommation ou encore les ravages du sida en Afrique du Sud. « J’essaie de donner une nouvelle vie à des emballages que la plupart des gens gaspillent et jettent, explique cette éco-citoyenne engagée. Je veux leur montrer que les déchets des hommes peuvent devenir des trésors. C’est ma manière à moi de m’engager pour la protection de l’environnement. »

Depuis quelques années, les créations sud-africaines revisitent aussi les traditions ancestrales. C’est ainsi que les techniques de tissage de fibres naturelles s’appliquent désormais à l’usage de matériaux de type industriel, tel le fil de téléphone. Le résultat ? Des œuvres modernes au graphisme sans cesse renouvelé. A l’image des vanneries ultra colorées signées Zenzulu (1) ou encore Egmund Dedekind. Originaire d’Elandskraal, une région rurale reculée et particulièrement touchée par le chômage, ce dernier est à l’initiative du projet « Senzokuhle Wire ». Depuis sa création en 2002, il a permis à plus de 300 hommes de se former à l’art du tressage du fil de téléphone. Les vanneries, garanties pour un usage alimentaire et lavables, sont déclinées dans des dizaines de formes et de combinaisons de couleurs différentes. En mariant subtilement tradition zoulou et modernité, elles incarnent la créativité de tous ces artistes sud-africains qui regardent vers l’avenir, sans pour autant renier leurs origines.
(1)   www.zenzulu.co.za

Shopping sud-africain à Paris
A des milliers de kilomètres du Cap et de Durban, le dynamisme et la diversité de la création sud-africaine trouve un écho dans le onzième arrondissement de la capitale. Depuis cinq ans, la boutique Mahatsara propose en effet un tas d’objets décoratifs, décalés et ludiques importés d’Afrique du Sud selon les règles du commerce équitable : de petits éléphants fabriqués à partir de cannettes, des têtes de vaches et d’antilope en plastique récupéré, des trophées animaliers en fil métallique et en perles, des lustres à pampille de papier magazine laminé, des rideaux fabriqués à partir de bouchons…
A écouter sur Néoplanète :
l’interview de Christophe Hillé, fondateur de Mahastara.
Mahatsara : 8, rue Oberkampf, 75 011 Paris. Tél. : 01 58 30 89 29. www.mahatsara.com

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