De l’école de la nature… à la nature de l’école

Comment est-on passé d’une école de la nature à une école où la nature semble dissoute dans le « développement durable » ? Quels sont les enjeux ? Olivier Sigaut explore ici la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Extraits d’un texte publié dans L’ECOLOGISTE n°36 – VOL.13 N°1, JANVIER-MARS 2012

De l’école de la nature... à la nature de l’écoleC’est avec les grandes lois scolaires de la Troisième République (1882-1884), produits de la volonté d’un monde rationaliste redevenu dominant sur le plan politique, que les sciences naturelles vont progressivement s’affirmer dans les programmes et les manuels scolaires (…). Mais le mouvement d’introduction de la nature à l’école est loin d’être uniforme (…). La formation des élèves dans les écoles rurales va progressivement se différencier de ce qui sera enseigné dans les écoles urbaines. La conception de la nature deviendra de plus en plus utilitariste, au fur et à mesure qu’un enseignement spécifique de l’agriculture s’affirmera. Dans le monde urbain, un vaste mouvement d’éducation nouvelle va faire de la nature un support éducatif de choix, ce qui aura une influence sur le contenu des manuels. Puis, dans les années soixante, c’est la diffusion de la pensée écologique qui gagnera le grand public ainsi que le monde de l’édition (…).

La nature et l’agriculture en milieu rural

Dans le domaine de la botanique par exemple, c’est la connaissance des « simples », c’est-à-dire des plantes locales qui constituaient la pharmacopée populaire, qui va progressivement disparaître avec la modernisation agricole. Dans le monde rural, la botanique comme l’entomologie se réduisent essentiellement aux espèces cultivées et cultivables. Nous observons que ces pratiques vont progressivement codifier la relation aux espèces dans le monde agricole (…)

Il est important d’observer qu’aujourd’hui globalement les bases de l’enseignement agricole n’ont pas changé. En effet le savoir s’avère encore aujourd’hui essentiellement dispensé dans les disciplines techniques par d’ingénieux ingénieurs. Dans le cadre de programmes encore sous le contrôle des lobbies professionnels agricoles, même si un habile verdissement pédagogique est pratiqué depuis quelques années : l’enseignement agricole comme savoir « vert » ! Au final, nous sommes plus en présence d’adroites opérations de communication, voire de greenwashing, que dans une situation de remise en cause d’un enseignement répondant à une idéologie dominante agricolo-agricole de type productiviste.

 

En page 2 : Dans les villes, on assiste à la mise en place de jardins scolaires

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone