Curitiba : la ville durable modèle cherche un second souffle

Curitiba (2) copyright EmbraturModèle de ville durable depuis plus de 25 ans, Curitiba avait été sacrée « ville la plus innovante du monde » en 1996 par le sommet international des maires à Istanbul. Visite guidée en partenariat avec GDF Suez. A lire aussi dans le Néoplanète spécial Brésil


Tout est parti d’un défi de taille : la population de cette grande ville du Paraná est passée de de 360.000 habitants en 1960 à 1,9 million en 2013 ! A l’origine de cette gestion urbaine en rupture, qu’on n’appelait pas encore « durable » : Jaïme Lerner, le maire qui voulait réconcilier environnement, sociale et développement économique. Grâce à une planification urbaine innovante et rigoureuse, une politique volontariste de développement des transports en commun, la ville a réussi à conjuguer densité urbaine et qualité de la vie, réservant de grands parcs en pleine ville. La fréquentation des transports publics a atteint des records, limitant du même coup les embouteillages et la pollution. L’AFD (Agence Française de Développement) a participé au financement de l’extension du réseau de transports publics et de la création d’un « corridor écologique » en pleine ville.

L’autre grand volet de cette politique concerne la gestion des déchets « qui ne sont pas déchets » : en collectant les déchets recyclables, les habitants des bidonvilles peuvent en effet les échanger contre des titres de transport ou de la nourriture provenant de surplus agricoles de petits paysans. Enfin, une « ligne pour l’emploi » a été créée pour favoriser la formation et la création de nouveaux emplois.

Mais la trop bonne fréquentation des transports publics s’est accompagnée d’une saturation du réseau, puis d’un retour massif de la voiture individuelle (1,3 par habitant) et donc d’embouteillages monstres, tandis qu’une autoroute coupe la ville en deux, géographiquement et socialement. De plus, un monopole privé bloque le développement de nouveaux modes de transport comme le métro. Enfin, l’expansion urbaine est moins bien maîtrisée et les « habitats clandestins » prolifèrent à nouveau comme les décharges à ciel ouvert.

zoom_68658GDF-SUEZ_logoSFR_RVBA Curitiba, comme dans les autres grandes villes brésiliennes, les habitants sont descendus dans la rue il y a un an pour faire entendre leur voix, déplorant le manque de consultation de la population et réclamant une meilleure implication des citoyens. Des élus pourraient donc suivre l’exemple de ce qui se fait depuis longtemps avec succès à Porto Alegre (Rio Grande do Sul) où la ville a inventé la notion « budget participatif » qui associe la population aux grandes décisions. En attendant, un nouveau plan directeur de la ville vient d’être adopté à Curitiba et pourrait être le signe d’un second souffle pour cette ville qui reste un exemple pour la planète.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.