Société :

Comment lutter contre les prédateurs de l’environnement

Si on vous parle de criminalité environnementale, à quoi pensez vous ? Cela vous évoque sûrement la déforestation en Amazonie, le braconnage, le trafic d’animaux ou la pêche d’espèces protégées… Mais la nature de ces crimes a évolué. De nouvelles formes de criminalité environnementale ont vu le jour et se développent, telles que le commerce des émissions de dioxyde de carbone, la criminalité liée à la gestion de l’eau, le trafic de déchets électroniques non traités… Un enjeu grandissant qui nous concerne tous.

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Le crime contre l’environnement représente la quatrième source de revenus du crime organisé, selon Alain Juillet, directeur du FITS (forum international des technologie de sécurité), présent lors de la conférence consacrée à la sécurité et à la criminalité environnementale qui s’est déroulée le 9 septembre dernier. Le problème est là : les gouvernements ne sont pas au point et n’ont pas encore les moyens de lutter contre ces nouvelles formes de délits et de réseaux très organisés. Les condamnations sont rares et les sanctions trop faibles, pourtant la criminalité environnementale est un problème émergent, en pleine expansion, qui nous concernent tous et qui mérite une réponse forte de la part des Etats.

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Prendre conscience

Ces infractions, de plus en plus nombreuses, sont devenues plus rentables que les trafics de drogue ou d’armes. Elles représentent 213 milliards de dollars (environ 156 milliards d’euros) de ressources chaque année, selon Interpol. Les gens prennent conscience de l’existence et de la gravité de ces crimes petit à petit. Mais comme trop souvent, ils réagissent à des problèmes mineurs qui touchent un large public comme la mort du lion Cécil au Zimbabwe en juin dernier. Bien que cet événement fût triste et déplorable, le braconnage n’est qu’une toute petite branche des crimes environnementaux. On a toujours tendance à imaginer les problèmes ailleurs, or la majorité de ces crimes se passent au sein de l’Union Européenne, selon Alain Juillet, président du FITS.

Plus qu’un enjeu environnemental 

Ces problèmes sont bien sûr intolérables pour l’environnement, mais en regardant plus loin, on s’aperçoit qu’il existe aussi un enjeu économique : les entreprises sont directement touchées. Ils faussent le jeu de la concurrence et provoquent un déséquilibre économique. Une entreprise qui paye pour traiter ses déchets sera en désavantage par rapport à une autre qui les rejettent dans l’océan. L’enjeu peut aussi être sanitaire : par exemple les trafics d’oiseaux porteurs de virus qui passent les frontières et viennent contaminer d’autres pays. L’enjeu est aussi social : les crimes environnementaux, aussi malsains soient-ils, rapportent énormément d’argent et, surtout, créent beaucoup d’emplois.

Concrètement, existe-il des solutions ?surpêche

Les équipes d’Europol et d’Interpol sont en train de créer de nombreux projets concernant la biodiversité, la déforestation en Amazonie, les animaux en Asie, la pêche… « La formation des services de police intègrent désormais une prise de conscience importante de ces crimes », a expliqué Ioana Botezatu, représentante d’Interpol, lors d’une conférence consacrée à la sécurité et à la criminalité environnementale qui s’est déroulée le 9 septembre dernier.

Laurent Neyret, professeur de droit à l’université de Versailles, est l’un des auteurs du rapport juridique « 35 recommandations pour mieux sanctionner les crimes contre l’environnement », paru en début 2015. Il a également travaillé en collaboration avec les journalistes du journal «Le Monde » pour aboutir au livre « Les prédateurs » qui sera publié le 1er octobre. Pour lui, la France a les capacités d’agir, mais il faudrait qu’elle s’en donne un peu plus les moyens.

Nous lui avons demandé de nous éclairer sur l’état actuel du droit pénal dans le monde face à ces nombreux délits.  Il nous confie également les solutions qu’il imagine.

Encore une fois, beaucoup de problèmes pour trop de peu de solutions. Une prochaine conférence se tiendra à Nîmes les 9 et 10 novembre prochain qui réunira tous les experts et les partis concernés par cette question (ONG, chercheurs, Interpol, entreprise, collectivités territoriales). Laurent Neyret espère que des propositions concrètes à destination des décideurs politiques en ressortiront. Il a également proposé de rédiger un appel avec un bilan des propositions de tous ces acteurs, afin de laisser une trace, de faire avancer les choses, et de servir d’exemple aux autres pays.

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Pauline Oheix

En école de journalisme, Pauline est passionnée de voyage et de.... natation synchronisée. Tantôt au Viêt Nam, en Slovénie, au Canada, prochainement à Dublin, elle ne tient pas en place. Préserver la planète est un combat qui lui tient à cœur. A la fois sportive et rêveuse, à 20 ans, Pauline porte avec elle la joie de vivre et l'envie de découvrir les quatre coins du monde.