Climat : des promesses sino-américaines fumeuses ?

flickrLoin de toute négociation internationale, les Etats-Unis et la Chine se sont engagés mercredi à Pékin sur des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre intéressants mais insuffisants pour que le thermomètre ne s’affole pas. Faut-il s’en féliciter ? Qu’en pensez-vous ?

 

Les Etats-Unis se sont dits prêts à une réduction de 26 à 28 % de leurs émissions d’ici 2025 (par rapport à 2005). Soit l’équivalent de leur engagement initial dans le cadre du protocole de Kyoto, fin 1997.

Factory_in_China wikipédiaLa Chine est moins précise. On va continuer à émettre ces gaz nocifs, dit-elle, mais il y aura un cap « autour de 2030 ». Ensuite la courbe s’inversera. Le problème, c’est que la croissance actuelle de ses émissions est d’environ 5% par an. A ce rythme, ses émissions auront été multipliées par deux en 2030 avant d’amorcer une décrue relative grâce à 20% d’énergies décarbonées (nucléaire, solaire, éolien) qui commenceront à prendre le relais.

Mais ne faisons pas la fine bouche : l’engagement chinois a toujours conditionné l’engagement des Etats-Unis, qui pourra difficilement être remis en cause par les Républicains. Et les Chinois renvoyaient toujours la balle aux pays industrialisés « qui avaient pollué le nid ». De plus, ces deux annonces interviennent trois semaines après l’adoption du « Paquet climat-énergie » de l’Union européenne (moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990).

US_101_entering_Downtown_Los_Angeles wikipédiaA l’exception de l’Inde, les plus gros responsables du changement climatique ont donc mis leurs cartes sur la table des négociations internationales. Pour Paris climat 2015, c’est bon signe ! Il ne reste plus aux autres pays qu’à afficher leurs ambitions, en mars 2015. Quant à ceux qui se sont exclus de la convention climat de l’ONU, comme le Canada, l’Australie et la Russie, ils peuvent toujours regarder le train passer en attendant d’être eux-mêmes victimes du changement climatique.

Rappelons que, selon les experts du GIEC, il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 70% entre 2010 et 2050, pour que le réchauffement ne dépasse pas + 2°C, ce qui est d’ores et déjà illusoire aux yeux de nombreux climatologues.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.