COP21 :

Climat : le compte n’y est pas !

Ce ne sera pas les « + 2 degrés » dont on nous rebat les oreilles depuis des mois : les promesses de réduction d’émissions de gaz à effet de serre des pays permettront tout juste de garder le thermomètre autour des + 3 degrés (entre 2,7°C et 3,2°C, selon les sources).  C’est ce degré-là qui fera toute la différence entre le supportable et l’insupportable.

Pixabay
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Les contributions nationales volontaires – INDC (*) – devaient permettre de rester sous le seuil fatidique des 2 degrés mais les efforts annoncés – certes encourageants – sont insuffisants à moins d’un mois de l’ouverture de la COP21, comme vient de le dire Christina Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention climat de l’ONU. « On a fait la moitié du chemin vers le seuil limite à ne pas dépasser. Reste à faire l’autre moitié du chemin, à Paris », espèrent les ONG dont le WWF ou des experts comme Pascal Canfin. Or c’est loin d’être évident.

D’autant que si l’accord de Paris est trop modeste, il faudra redoubler d’efforts après 2035

Simplement parce que tout est joué pour les vingt prochaines années, comme ne manque pas de le souligner le climatologue Jean Jouzel, qui insiste sur la nécessité d’agir « fort et vite » sans attendre 2020, année de la mise en route du futur accord de Paris. Car il y aura bien un accord à Paris même s’il n’est pas à la hauteur des enjeux. L’important, considère toujours Jean Jouzel, c’est que la volonté d’agir des pays pour limiter des émissions de CO2 « n’a jamais été aussi forte tout comme la sensibilisation des opinions publiques et de la communauté internationale. »

L’annonce des contributions nationales a donc également un aspect positif car c’est la première fois que toute la communauté planétaire est impliquée : jamais autant de pays n’avaient annoncé d’engagements de réduction : 149 pays soit les trois-quarts des membres de la Convention climat (représentant 90% des émissions mondiales de CO2), ont transmis leurs contributions chiffrées en général à l’horizon 2030. Ils étaient 60 en 2009, à Copenhague.

Quant à l’aide espérée pour les pays en développement (100 milliards de dollars par an  partir de 2020), elle attendra qu’on en reparle à Paris

Pour beaucoup de ces pays, l’effort de réduction et d’adaptation dépend de moyens jugés aujourd’hui insuffisants. La discussion la semaine dernière à Bonn a d’ailleurs beaucoup tourné autour de ces questions. Pourtant, l’aide internationale Nord-Sud a été chiffrée à 62 milliards de dollars pour 2014, selon une évaluation très récente de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques. D’autres efforts étant attendus, venant des banques de développement et de plusieurs pays européens, les 100 milliards ne sont plus très loin.

Enfin, quel sera le projet d’accord soumis aux 195 pays de la planète lors de la COP21

A Bonn, la semaine dernière, les négociateurs ont dû compléter la version précédente en y ajoutant les revendications des pays en développement, notamment sur l’aide attendue. De 20 pages, le projet d’accord est passé à 55 pages (contre 80 il y a quelques mois). Bien d’autres questions restent en suspens (adaptation, nature même de l’accord, mécanisme de révision, technologies, alimentation…) et ne pourront être négociées que dans la phase finale à Paris.

(*) Ces contributions – Intended Nationally Determined Contributions (INDCs) – seront un des axes majeurs de l’accord de Paris.

 

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.