Christian Laborde : un poète dans l’arène

Parce ce que la protection de l’environnement et de la nature passe également par la défense des animaux, Christian Laborde, dans son pamphlet « Corrida, basta ! », cogne le torero et les aficionados, tout en rendant hommage aux majestueux taureaux. Un texte saignant sur un sujet qui l’est tout autant…

Propos recueillis par Stéphane Aitaissa
Photo : Ulf Anderson

Christian Laborde / (c)Ulf AndersonLa sortie de votre livre « Corrida, basta ! » (1) a fait l’objet de boycotts de la part de certains médias. Vous attendiez-vous à ces réactions ?
Je ne suis ni surpris ni désarçonné. Je sais que la tauromachie est un business et, comme dirait Jacques Brel, « chez ces gens-là, on ne cause pas, monsieur, on compte… ». Ils défendent leur fric, protègent leurs liasses, et moi je continue ma route d’écrivain. Et l’on ne boycotte que les écrivains qui font leur métier d’écrivain. Les auteurs inoffensifs n’ont pas de souci avec les censeurs : on les laisse profiter et pulluler.

Pourquoi cet assaut contre la corrida ?
Parce que j’aime la beauté, la poésie, la solitude, les taureaux, les ours, la neige, le vent, la vie. Et la corrida pue la mort. Il faut en finir avec ce spectacle cruel qui arrache un animal à la paix paradisiaque des prairies  et abaisse l’homme. Je suis contre la corrida parce que j’aime le taureau et parce que j’aime l’homme.

Avez-vous, à travers la dureté des mots employés à l’égard du torero en particulier, voulu traduire la douleur du taureau ?
Absolument ! De plus, écrivant de la sorte, je n’ai fait que respecter les règles du pamphlet. Pas de pamphlet sans violence, sans outrance, sans injure, sans insulte. Insulter signifie « faire assaut contre ».  Ce livre est donc une charge contre le torero, tueur en série couvert par l’article 521-1 (2)  du code pénal.

Vous allez plus loin que la cruauté de la corrida en dévoilant notamment l’origine de ce spectacle…
Il y a la cruauté et il y a le cirque. La corrida, c’est le cirque du sang. Rien à voir avec l’Antiquité, avec la religion antique, comme le prétendent les aficionados. Dans l’Antiquité, on pouvait sacrifier un animal. Mais on le faisait pour s’attirer la clémence des dieux. Où sont les dieux dans la corrida ? Qui est Dieu dans l’arène : les gens assis sur les gradins ? Le divin n’est pas dans l’arène. Dans l’arène, il n’y a que la foule et la foule a toujours soif de lynchage et d’exécution.

Vous convoquez dans votre texte des écrivains, des philosophes, des scientifiques, des imams et même le Dalaï-Lama. Était-ce aussi une manière de démontrer que « l’anti-corrida » est finalement un thème universel ?
Tous ceux que je cite, que je mentionne dans mon livre, d’où qu’ils viennent, quel que soit leur chemin, ont un point commun : l’empathie, la compassion, la proximité fraternelle avec les bêtes. Et, plus largement, l’amour de la nature, le désir de savourer, de célébrer l’harmonie entre les hommes et les animaux, entre les animaux et les arbres, entre les tuiles de nos maisons et le vent de partout. Cette empathie commune à toutes les cultures, fruit de la sensibilité et de l’intelligence, s’oppose à la cruauté féroce, carcérale, fondement de la tradition tauromachique.

Corrida Basta !Que répondez-vous à ceux qui clament haut et fort que la corrida n’est rien de plus qu’un spectacle « haut en couleurs » respectant une tradition ?
Je leur dis que leur spectacle a le goût du sang et que leurs couleurs sont criardes. Je leur dis qu’ils sont vulgaires, ringards, que, sous couvert de tradition, ils s’appliquent à humilier, à torturer et à tuer un animal. Et la mort du taureau plonge la lune dans un chagrin immense. Car le taureau est l’amant de la lune. J’oppose à leurs traditions poussiéreuses, sanglantes, le soleil inondant de la poésie.

N’est-ce pas l’affaire des politiques que d’arrêter le massacre ?
Oui. Il faudrait que le palais Bourbon supprime l’alinéa 7 de l’article 521-1 du code pénal. Un vrai combat. Il faut saluer ici la persévérance de Muriel Marland-Militello (députée des Alpes-Maritimes, ndlr), qui se bat pour que la loi change.

Comment voyez-vous l’avenir de la corrida ?
Nous faisons tout pour qu’elle n’ait pas d’avenir. Bientôt les taureaux seront libres, libérés par une jeunesse espagnole qui, si j’en crois un sondage paru dans le quotidien El País tourne le dos à ce spectacle atroce, jeunesse espagnole que ne manquera pas d’imiter la jeunesse française. Quant aux aficionados, qui sont de plus en plus âgés, ils ne vont pas tarder à être atteints par la maladie d’Alzheimer. Oui, les jours de la corrida sont comptés.

(1) « Corrida, basta ! », de Christian Laborde, éditions Robert Laffont, 16 euros.
(2) L’article 521-1 stipule que « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ».

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